À l’issue d’une installation ayant fait couler encre et salive, la Génération pour la modernité et le développement (GMD-Bâtir ensemble) s’est taillé la part du lion dans les exécutifs communaux. Le mouvement présidentiel, bien qu’écarté de quelques communes stratégiques, notamment dans la capitale, n’a laissé que des miettes à ses adversaires.

Avec l’installation des exécutifs communaux, le 2 juillet et les jours suivants, s’achève le processus présenté par les autorités comme le « retour effectif à l’ordre constitutionnel ». Celui-ci avait été amorcé avec l’élection présidentielle du 17 décembre 2025, remportée par Mamadi Doumbouya. En l’absence des principaux partis politiques, le mouvement porté par le Président de la République et ses alliés avait déjà largement dominé le scrutin, arrivant en tête dans la plupart des circonscriptions. Lors de la mise en place des exécutifs communaux, la GMD a confirmé cette suprématie en raflant quasi tout, au nez et à la barbe de ses concurrents.

Des 375 communes que compte le pays, pas moins de 310 maires ont été élus sous la bannière de la GMD. Les 65 autres reviennent principalement au Frondeg et à des listes indépendantes. Le PPC d’Aboubacar Biro Soumah et le RPR de Diabaty Doré ont toutefois créé la surprise en remportant respectivement les mairies de Ratoma et de Koundara. De Labé à Nzérékoré, en passant par Kankan, Siguiri, Kindia, Boké ou encore Mamou, les soutiens du Président de la République raflent presque tout. Ils sont également assurés de contrôler la quasi-totalité des conseils régionaux.

Pertes ou débarras ?

À Conakry, la GMD a certes perdu quelques communes emblématiques. Mais les candidats battus ne semblaient plus bénéficier de la pleine confiance des autorités. À cause des casseroles qu’ils traînent ? À Matam, Badra Koné, ancien président de la délégation spéciale et longtemps considéré comme un poids lourd du clan présidentiel, semble avoir été lâché. Il tente actuellement d’échapper à une condamnation devant la CRIEF pour, entre autres, « détournement de deniers publics » et « blanchiment de capitaux ». Même scénario à Ratoma avec Ahmed Sékou Traoré, ancien président de la délégation spéciale. Battu lors de l’élection, il fait également l’objet de poursuites devant la CRIEF pour sa gestion de la commune. À Kaloum, Mohamed Lamine Bangoura, du Mouvement libre de Kaloum (MLK), a remporté la bataille face à la GMD. En raison des fortes tensions, l’élection ne s’est tenue que le 4 juillet. Les élus du mouvement présidentiel avaient quitté la salle avant le scrutin, dénonçant des manœuvres destinées à les empêcher d’accéder à la mairie. Mais là encore, des observateurs estiment que des pontes du régime soutiendraient discrètement le vainqueur plutôt que le candidat officiel de la GMD.

Les élus peuvent tout perdre

La situation a suscité la colère d’Ahmed Sékou Camara, dit Ahmed de Paris, du mouvement présidentiel: « Des femmes et des hommes ont défendu jour et nuit la GMD, souvent sans moyens…Aujourd’hui, beaucoup d’entre eux se sentent humiliés, découragés et abandonnés… Dans plusieurs communes, des candidats de la GMD se retrouvent sans responsabilités malgré les sacrifices consentis. Cette situation mérite une analyse lucide et sans complaisance. Nous devons avoir le courage d’évaluer ce qui a fonctionné, mais aussi ce qui ne l’a pas été… »

Les heureux élus peuvent savourer leur consécration. Mais ils ont conscience qu’ils peuvent être débarqués à tout moment. Le ministre de l’Administration du territoire et de la décentralisation leur fait comprendre que le chapitre des délégations spéciales est loin d’être clos : « Il est important de rappeler que, si la normalisation démocratique réaffirme la primauté des élus, le recours aux délégations spéciales demeure un instrument légal de normalisation, de régulation et de sauvegarde de l’intérêt général, conformément au Code révisé des collectivités locales », a déclaré le ministre Ibrahima Kalil Condé le 4 juillet.  L’épée de Damoclès plane au-dessus des têtes des exécutifs communaux.  

Yacine Diallo