Conakry a abrité, du 1er au 3 juillet, le troisième atelier régional du CRPM2, Projet de   Coopération régionale des politiques migratoires, initié par Expertise-France. La rencontre a réuni des représentants de six pays partenaires, institutions publiques, la société civile, chercheurs et membres des diasporas autour d’un objectif commun : renforcer la mobilisation des diasporas au service du développement des pays d’origine.

Le projet CRPM2 vise à améliorer les outils de suivi des politiques publiques migratoires, favoriser le dialogue entre les différents acteurs, valoriser le capital humain des diasporas et contribuer à la mobilité humaine au développement économique et social des territoires partenaires. La deuxième phase du programme (2024-2028) réunit la Guinée, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Cameroun, les Comores et le Madagascar. Elle entend renforcer la coopération entre ces États, les organisations de la société civile et le monde de la recherche afin de développer des politiques publiques plus efficaces en matière de migration et de mobilisation des diasporas.

Après Madagascar en octobre 2024 et Cameroun en juin 2025, en Guinée, le projet entend consolider les acquis de sa première phase à travers le renforcement des capacités nationales et le développement d’actions concertées avec les autres pays partenaires. L’étape de Conakry a surtout été consacrée à la préparation du Salon des diasporas prévu à Paris en novembre prochain.

Antonin Cœur-Bizot, Directeur de l’Agence française de développement (AFD) en Guinée

Placée sous le thème : « La mobilisation des diasporas au profit du co-développement et du développement local », la rencontre de trois jours a permis aux participants d’échanger leurs expériences, partager les bonnes pratiques, renforcer la coopération régionale et réfléchir à des solutions innovantes pour mieux associer les diasporas aux politiques de développement.

« De véritables partenaires »

Bamadi Sanokho, chef du projet CRPM2, souligne que l’ambition du programme est claire, même si sa mise en œuvre demeure exigeante. « Valoriser la contribution des mobilités humaines et des diasporas au développement économique, social, culturel et territorial des pays d’origine. » Il rappelle que le projet repose sur trois axes : la mise en place de dispositifs nationaux de mobilisation des diasporas, le renforcement du dialogue régional et l’amélioration des mécanismes de réintégration des migrants de retour.

Bamadi Sanokho, chef du projet CRPM2

Selon lui, l’atelier de Conakry dépasse largement le cadre d’une simple rencontre institutionnelle. « Cet atelier n’est pas une simple séquence de visibilité, c’est un véritable espace de travail. Nous sommes ici pour partager les avancées, mais aussi pour parler franchement des difficultés. Notre ambition est d’en faire un lieu d’apprentissage collectif où les institutions dialoguent avec la société civile, où la recherche nourrit l’action publique et où les diasporas sont reconnues comme de véritables partenaires. » Bamadi Sanokho a exprimé le souhait que les trois journées débouchent sur des recommandations concrètes et une coopération régionale renforcée.

Des diasporas citoyenneté

Coordinatrice au CRPM et représentante du FORIM, Forum des organisations de solidarité internationale issues des migrations, Khady Sakho Niang a insisté sur l’importance d’une mobilisation fondée sur les compétences, les expériences et les ressources des diasporas. Selon elle, le maintien du lien avec les pays d’origine ne peut être dissocié d’un véritable droit à la mobilité. « Les réalités des diasporas sont faites de circulation, d’aller-retour, de liens entretenus et de double espace. Nous défendons une vision de la mobilité adaptée à ces réalités, plutôt qu’une approche centrée uniquement sur le retour définitif. »

Khady Sakho Niang, Coordinatrice au CRPM et représentante du FORIM

Elle estime qu’une mobilisation efficace ne saurait être envisagée sans une véritable reconnaissance citoyenne des diasporas. « Une diaspora doit être reconnue non seulement pour sa contribution économique, mais aussi comme un acteur politique à part entière. Cela suppose le droit de vote, des mécanismes réguliers d’information et de consultation ainsi qu’une participation effective à l’élaboration, à la mise en œuvre et au suivi des politiques publiques liées aux migrations. » Pour Khady Sakho Niang, une meilleure connaissance des réalités vécues par les diasporas est indispensable. « Pour se comprendre, il faut se rencontrer. Pour coopérer, il faut se connaître et produire ensemble des connaissances fondées sur des expériences partagées. Les ateliers comme celui-ci constituent de véritables opportunités. »

Des mécanismes durables

Directeur de l’Agence française de développement (AFD) en Guinée, Antonin Cœur-Bizot considère importante l’atelier de Conakry dans la mise en œuvre du projet. « Le CRPM2 est un projet plateforme. Il crée les conditions d’un dialogue plus large avec celles et ceux sans lesquels il ne peut y avoir de politique migratoire efficace ni de politique diasporique durable. » Il rappelle que les diasporas représentent un grand potentiel en matière de compétences, d’entrepreneuriat, d’innovation, de coopération scientifique, de solidarité territoriale et d’engagement citoyen. Elles doivent, selon lui, être pleinement associées à l’élaboration, à la mise en œuvre et au suivi des politiques publiques qui les concernent.

Antonin Cœur-Bizot espère que le projet permettra de mieux comprendre les enjeux liés à la mobilisation des diasporas, de partager les expériences des différents pays partenaires, de développer des outils adaptés et de poser les bases de mécanismes durables que les États pourront progressivement intégrer, consolider et financer dans leurs politiques publiques.

Luc Briard, Ambassadeur de France en Guinée et en Sierra Leone

L’ambassadeur de France en Guinée et en Sierra Leone, Luc Briard est revenu sur la complexité des politiques diasporiques, qui impliquent simultanément les pays d’origine et les pays d’accueil. « Il faut reconnaître la diaspora pour son rôle politique, économique, social, culturel et associatif, et la mobiliser comme un véritable acteur de la relation bilatérale. » Le diplomate a rappelé que la question des diasporas occupe une place importante dans le modèle républicain français et constitue l’une des priorités de la coopération entre la France et les pays africains.

Renforcer la coopération

Présidant la cérémonie de clôture au nom du ministre des Affaires étrangères, de l’intégration africaine et des Guinéens établis à l’étranger, la cheffe de cabinet Mariam Bailo Barry s’est félicitée de la qualité des travaux. « Les échanges riches, les analyses pertinentes et les recommandations formulées témoignent de l’engagement de l’ensemble des participants en faveur d’une gestion concertée, efficace et durable des enjeux migratoires. Nous sommes convaincus que les conclusions de cet atelier contribueront à améliorer nos politiques publiques et à renforcer notre coopération régionale. »

Mariam Bailo Barry, cheffe de cabinet du ministère des Affaires étrangères, de l’intégration africaine et des Guinéens établis à l’étranger

Au terme de la troisième édition régionale, le CRPM2 ambitionne de renforcer les espaces de concertation entre les États, les institutions publiques et les diasporas. L’objectif est de bâtir des mécanismes de coopération durables afin de faire des diasporas des acteurs incontournables du développement économique, social et territorial des pays partenaires.

Abdoulaye Pellel Bah