Le Syndicat national de l’éducation (SNE) crie, depuis la fin des examens nationaux, fin juin dernier, à une fraude systémique et généralisée. La centrale syndicale pointe du doigt des cadres (en bois) du mystère de l’Éducation et certains bouffe-la-craie, qu’elle accuse d’être les parrains de ce phénomène qui gangrène le système éducatif guinéen.
Les résultats du Certificat d’études élémentaires (CEE) et du Brevet d’études du premier cycle (BEPC) sont déjà disponibles. Les petits intellos s’en sortent plutôt bien. Selon les chiffres officiels, un peu plus de 63% des candidats au CEE et 58% de ceux du BEPC sont admis. Une progression, notamment pour le BEPC, où le taux de réussite peinait, ces dernières années, à dépasser les 50%.
Tout le monde ou presque, se frotte les mains. Sauf le Syndicat national de l’éducation. La centrale syndicale dénonce des fraudes massives, commises lors du déroulement même des épreuves. Pourtant, le mystère de l’Éducation nationale se vante d’avoir appliqué une politique de tolérance zéro. Pour le SNE, ce n’est que de la poudre de perlimpinpin jetée aux yeux des moins avertis.
Michel Pépé Balamou, le secrétaire gênant du SNE dédouane les directions préfectorales de l’éducation (DPE), qu’il estime étrangères à l’organisation de la fraude : « Les DPE ne choisissent pas les sujets, ne désignent pas les délégués et n’acheminent pas les copies. » Pépé Bala-dur accuse plutôt certains cadres (en bois) tapis au département et gravitant autour du ministre : « Il y a des acteurs tout au long de la chaîne… Les vrais complices se trouvent autour du ministre, dans son cabinet, dans cette direction. Ce sont eux qui doivent répondre de leur responsabilité face à cette fuite de sujets et à tous ces dysfonctionnements constatés dans l’organisation des examens nationaux. »
Même commune, sujets différents
Le SNE explique aussi les dysfonctionnements par le manque de moyens mis à la disposition des acteurs de l’éducation : « S’il s’agit des élections, on trouve toute la logistique nécessaire : voitures, pick-up… remis aux formateurs qui se rendent à l’intérieur du pays. Mais quand il s’agit des examens nationaux, on envoie les délégués dans les transports en commun. Une fois sur place, ils sont même obligés de circuler dans le véhicule du DPE. »
Autre preuve, selon le syndicat, de l’existence des fuites de sujets au Bepc et au Bac : la décision de remplacer certains sujets prise alors que les épreuves étaient déjà en cours. La mesure n’aurait pas été appliquée partout : « Certains centres ont reçu un sujet différent de celui distribué dans d’autres centres. Dans une même commune, comme à Ratoma, certains candidats ont composé sur un sujet tandis que d’autres ont travaillé sur un autre. Aujourd’hui, il est franchement difficile de reconstituer exactement ce qui s’est passé. Mais il faut impérativement situer les responsabilités », poursuit Michel Bala-dur.
Le responsable syndical refuse toutefois d’apporter le soutien du SNE aux bouffe-la-craie interpellés pour leur implication présumée dans la fraude : « Nous n’avons aucun état d’âme pour les tricheurs, qu’ils soient élèves ou enseignants. »
Le SNE exige l’ouverture d’une enquête sérieuse et impartiale, un audit des copies d’examen afin de mesurer l’ampleur des irrégularités, ainsi que des sanctions exemplaires contre tous les acteurs institutionnels impliqués.
Si le Syndicat national de l’éducation se montre intraitable envers les fraudeurs, le Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG) adopte une position plus nuancée. La centrale dénonce les peines de prison ferme infligées à certains petits intellos convaincus de fraude : « C’est contreproductif. Il faut certes être sévère, mais pas au point d’envoyer des adolescents en prison aux côtés de bandits de grand chemin. Il faut une analyse plus objective pour mettre fin à cette fraude », estime un syndigaleux du SLECG.
Yacine Diallo

