À la fin février dernier, les États-Unis et Israël ont violemment attaqué l’Iran à coups de bombes, de drones et de missiles. Dès les premières frappes, le régime iranien a été entièrement décapité sans pour autant s’écrouler. En dépit de la violence de l’attaque, les Américains et les Israéliens sont restés évasifs et dubitatifs sur les objectifs de la guerre. Le renversement du régime des Ayatollahs à Téhéran, le renoncement par l’Iran à son programme nucléaire militaire, à la construction de missiles balistiques et au soutien de ses proxys au Moyen-Orient (le Hamas, le Hezbollah, les Houthis).
Pire, entre Donald Trump et Benyamin Netanyahu, des divergences dans la hiérarchisation de ces objectifs sont souvent apparues, notamment en ce qui concerne le régime islamiste iranien dont le Premier ministre israélien considère la disparition comme un impératif existentiels alors que le président Américain s’accommoderait d’une gouvernance politique compréhensive, conciliante. Ces hésitations et divergences ne contribuent pas à la prise de bonne décision pouvant mettre fin à la guerre qui se poursuit, en dépit de nombreux protocoles d’accord signés entre les belligérants pour acter des cessez-le-feu qui font tous long feu. Non seulement les bombardements n’ont pas apporté de réponses idoines au problème qui existait déjà, ils en ont créé de nouveaux.
L’Iran a réagi à l’agression américano-israélienne en imposant un blocus dans le Détroit d’Ormuz et en y exigeant des navires, des droits de passage. Ces actes ont provoqué l’ire de Donald Trump mais aussi des cris d’orfraies des amateurs. La guerre contre l’Iran s’enlise même si le président américain n’avait prévu que quelques semaines pour la terminer. Amnésie ou méconnaissance notoire de l’histoire ? Depuis la deuxième guerre mondiale, les États-Unis ont enregistré moult débâcles militaires, en Asie. On peut citer la campagne d’Okinawa et le raid de Pearl Harbor lors de la deuxième guerre mondiale, la guerre de Corée et celle du Vietnam. De toute évidence, ils n’ont pas l’air d’avoir tiré les enseignements de leur épopée militaire peu glorieuse. Sinon, ils prendraient gare de se fourvoyer dorénavant dans les méandres des berges de l’Euphrate et du Mékong.
Si le nationalisme ombrageux et le fanatisme religieux des Iraniens sont bien connus, peu de gens sont au fait de la résilience militaire et politique de la République Islamiste. Ils le savent désormais. À l’allure où vont les choses, il faut craindre le pourrissement de la situation. Au bombardement de ses installations stratégiques et névralgiques par l’armée américaine, l’Iran répond par les frappes des bases américaines dans les pays du Golfe. Du berger à la bergère.
Abraham Kayoko Doré

