Décédée le 8 juillet au Maroc où elle suivait des soins médicaux, Andrée Touré, veuve de l’ancien président Ahmed Sékou Touré, a été inhumée dimanche 12 juillet aux Cases Bellevue. Famille, proches, admirateurs et autorités guinéennes se sont mobilisés pour rendre un dernier hommage à celle qui fut Première dame de la Guinée de 1958 à 1984.

Samedi 11 juillet, à 18h, un avion de la Royal Air Maroc se pose sur le tarmac de l’aéroport international Ahmed Sékou Touré. À son bord, un passager pas comme les autres : la dépouille d’Andrée Touré, ancienne Première dame sous la Révolution du PDG-RDA. Au bas de la passerelle, plusieurs hautes personnalités pour l’accueillir, notamment le ministre directeur de cabinet de la Présidence, Djiba Diakité, celui des Affaires étrangères, Morissanda Kouyaté, le Premier ministre, Amadou Oury Bah, ainsi que de nombreux membres du gouvernement.

Le lendemain, 12 juillet, un symposium en hommage à la défunte est organisé au Palais du peuple. La salle des Congrès refoule du monde. Le Président Mamadi Doumbouya y assiste, entouré de la quasi-totalité de ses ministres. Tous ou presque de blanc vêtu. L’émotion est palpable. Le chef de l’État choisit toutefois de ne pas prendre la parole, laissant au Premier ministre le soin de transmettre son message.

Amadou Oury Bah évoque un double deuil pour la Nation : « La République est en deuil pour deux raisons fondamentales. Hadja Andrée Touré est le témoin privilégié de notre histoire, de notre identité et de notre réalité d’aujourd’hui. Elle est l’incarnation de l’image de la Nation. La deuxième chose, la Nation est en deuil du fait que Hadja Andrée Touré était l’épouse du premier Président de la République de Guinée. De par sa position, elle est aussi l’incarnation de l’image de l’ensemble du peuple guinéen. Par conséquent, son décès est, pour la République, celui d’une personnalité éminente. »

Une occasion pour la « réconciliation ? »  

L’organisation d’obsèques à caractère national, à l’initiative du Président de la République, répond, selon le Premier ministre, au devoir pour la Guinée de demeurer une « République qui transcende nos individualités et nos histoires personnelles ».

Bah Oury estime que l’événement peut contribuer à rapprocher les Guinéens : « Lorsque nous allons l’enterrer, nous enterrons un pan extrêmement important de notre histoire. Mais nous ouvrons une autre page : celle de la réconciliation véritable, de l’unité, de la pacification, de l’appropriation par tous les Guinéens de leur histoire, quels que soient les moments de ces faits historiques qui ont été des moments parfois de bonheur, parfois de tourmente, parfois de désespoir pour certains. »

Par décret, le Chef de l’État a élevé, à titre posthume, Andrée Touré au grade de Commandeure de l’Ordre national du Kolatier. Selon le décret, cette distinction récompense les services « éminents » qu’elle a rendus à la Nation : « Son comportement a démontré que le pardon n’est pas une faiblesse, mais une force ouvrant la voie à la guérison collective », a déclaré le Grand Chancelier, lors de la cérémonie.

Le Président Mamadi Doumbouya, à l’enterrement de Hadja Andrée Touré aux Cases Bellevue

À l’issue de l’hommage officiel, la famille de la défunte a formulé une requête particulière. Elle souhaite que le Président de la République attribue le nom d’Andrée Touré à plusieurs infrastructures sociales, notamment les Centres de promotion féminine, les Centres d’éducation de la petite enfance du Jardin du 2-Octobre, l’École des sourds-muets ainsi que le Centre de solidarité des groupes de pathologies vulnérables de Ratoma. Selon les proches de la défunte, Andrée Touré a joué un rôle déterminant dans leur création et leur gestion.

Après la prière funèbre à la Grande Mosquée Fayçal, Andrée Touré a été inhumée aux Cases Bellevue, domaine familial que les autorités actuelles lui avaient restitué en décembre 2021.

Yacine Diallo