Détenu à la Maison centrale de Conakry depuis décembre 2024, l’opposant Mamadou Aliou Bah a changé de lieu de détention. Dans la nuit du samedi 15 au dimanche 16 août, il a été transféré de la Maison centrale de Conakry à la prison civile de Coyah, à quelques mois de la fin de sa peine. Ce déplacement suscite l’inquiétude au sein du MoDeL et soulève des interrogations sur les conditions de détention de l’opposant.

Aliou Bah a été arrêté le 26 décembre 2024 à la frontière entre la Guinée et la Sierra Leone, alors qu’il se rendait dans ce pays pour des raisons personnelles. Président du MoDeL, Mouvement démocratique libéral, l’une des formations politiques opposées au régime de Mamadi Doumbouya, il a été jugé et condamné à deux ans de prison ferme par le Tribunal de première instance de Kaloum pour « offense et diffamation » à l’encontre du président de la Transition. La condamnation a été confirmée en appel en mai 2025.

Près de 20 mois passés à la Maison centrale de Conakry, Aliou Bah est transféré à la prison civile de Coyah, où il doit poursuivre l’exécution de sa peine. Alors que les autorités n’ont pas communiqué les raisons de ce transfert, notre confrère de Mosaïqueguinee, rapporte que la Maison centrale de Conakry devrait prochainement faire l’objet de travaux d’aménagement, ce qui aurait entraîné le déplacement de plusieurs détenus vers d’autres établissements pénitentiaires du pays.

Dans un communiqué du 16 août, le MoDeL affirme suivre « attentivement l’évolution de la situation » et indique que le collectif des avocats d’Aliou Bah « prendra les dispositions nécessaires pour s’enquérir de ses conditions de détention et s’assurer du respect de son intégrité physique et morale ainsi que de ses droits ». Le parti appelle les autorités guinéennes à garantir le respect des droits de son président et à assurer l’exécution de l’arrêt rendu le 25 juin 2026 par la Cour de justice de la CEDEAO, saisie en février 2025.

Une inquiétude grandissante

Dans une vidéo publiée le 17 août, sur les réseaux sociaux, Moïse Diawara, porte-parole du MoDeL a déploré le silence autour du transfert. « Il n’y a pas eu de communiqué officiel de la part des autorités pour nous élucider par rapport au transfert d’Aliou Bah vers Coyah. Il y a eu beaucoup de spéculations et de rumeurs, mais pour le moment, nous sommes mobilisés pour chercher à comprendre davantage cette situation ».

Le porte-parole du parti rappelle que malgré son incarcération, Aliou Bah a des droits qui doivent être respectés. « Les avocats sont à pied d’œuvre pour s’enquérir de ses conditions de détention et de sa sécurité afin de s’assurer que ses droits soient respectés », a-t-il ajouté se disant particulièrement inquiet du fait que le transfert ait été effectué de nuit et sans information préalable. « Surtout qu’il n’y a eu aucune information autour du transfert d’un détenu politique comme Aliou Bah, cela peut inquiéter. Nous connaissons les conditions dans lesquelles il est détenu, nous l’avons tous dénoncé, car il a été injustement arrêté et incarcéré », a-t-il alerté.

« Je ne communique pas… »

Contactée par La Lance, Me Houleymatou Bah, l’une des avocats du MoDeL a refusé de commenter le dossier. « Je ne communique pas sur ce dossier et le collectif des avocats n’a prévu aucune communication pour le moment », a-t-elle simplement indiqué.

Me Pépé Antoine Lama, également membre de la défense d’Aliou Bah, lui, affirme n’avoir pas encore rencontré son client après son transfert. « Je ne peux rien vous répondre à ce sujet parce que je ne l’ai pas encore rencontré depuis qu’il a été transféré. Je vais le rencontrer dans les jours à venir. On pourra communiquer là-dessus ». Interrogé sur les conditions de détention de son client à Coyah, l’avocat a maintenu sa prudence : « Je ne l’ai pas encore rencontré depuis qu’il est là-bas. Je vous dis que je ne peux rien dire de plus. Le temps de le rencontrer et de voir ses nouvelles conditions de détention, on pourra communiquer. » Concernant le manque d’information sur les motifs du transfert, Me Pépé Lama indique que cette question pourrait être abordée ultérieurement : « Tout ça, on pourrait en parler éventuellement. Mais pour le moment, je ne peux pas en dire plus. »

Le transfert nocturne d’Aliou Bah, effectué sans explication des autorités continue de susciter l’inquiétude au sein du MoDeL et de ses militants. En attendant que les autorités apportent d’éventuelles précisions, les interrogations demeurent sur les raisons exactes de ce changement de lieu de détention et sur les conditions dans lesquelles l’opposant poursuit sa peine.

Abdoulaye Bah