Depuis 1958, la politique minière de la Guinée a été inspirée par la volonté des dirigeants de n’entreprendre l’exploitation à grande échelle des gisement miniers que lorsque le bled disposera du capital humain doté des compétences requises. Cette ligne définie sous la période révolutionnaire a été maintenue en 1984 en dépit du choix du libéralisme politique et économique et a été poursuivie jusqu’à la sélection à la Présidence de la République du Prof en promesses, Alpha Grimpeur. Le militant de l’Internationale socialiste, auteur de La Guinée, Albanie de l’Afrique, renie la sacro-sainte posture de la révolution guinéenne.

Il change de paradigme et distribue à tour de bras les concessions d’exploration et d’exploitation des minerais, notamment dans le secteur de la bauxite, à des sociétés russes, chinoises, arabes dont certaines en joint-venture avec des entreprises guinéennes. Les entreprises minières de toutes tailles pullulent, le pays n’avait connu jusque-là que trois grandes compagnies de bauxite dont l’organisation professionnelle et sociale contribuait, dans une certaine mesure, à l’amélioration du bien-être du populo. Il suffisait de visiter leurs « corons » pour s’en convaincre. Qui ne se souvient, avec nostalgie, de l’économat et de l’hôpital Pechiney de Fria, cette petite agglomération se targuait d’avoir des services sociaux de base que même Cona-cris pouvait envier. La prolifération des sociétés minières a accru, de manière exponentielle, le volume de bauxite dont l’exportation est passée de 10 millions à 70 de millions de tonnes, au cours de la décennie 2010, boostant le taux de croissance économique.

Cette accélération de l’exploitation minière a entraîné dans le secteur une boulimie caractérisée par l’absence d’une société nationale, ce qui réduit considérablement la part de la nation dans la richesse générée par les mines. C’est sans doute pour pallier cette incongruité que le goubernement a acté le 25 août 2025, la naissance, par décret, dans ce secteur, la société Nimba Mining Company. Le capital de cette société est détenu à 100% par l’État guinéen. Elle a signé le 3 août 2026 sa première convention minière qui fixe le cadre juridique de l’exploitation du gisement de bauxite de Tinguilinta et son exportation par le port de Kamsar. À travers cette initiative, l’État entend maîtriser toute la chaîne de valeurs, de l’exploitation du minerai à son transport et sa commercialisation dans la perspective de sa transformation en alumine puis en aluminium, dans des raffineries nationales. La convention fixe les règles fiscales, douanières, sociales et environnementales.

L’efficacité et l’efficience de ce bel échafaudage conçu dans le cadre du méga Projet Simandou dépendront de la qualité de la gouvernance qui devra nettoyer les interstices de l’administration publique des éventuels prédateurs qui pensent à leur panse plutôt qu’à celle de l’État. Il n’est pas nécessaire d’être un talentueux économiste pour comprendre que la transformation en Guinée de la bauxite en aluminium génère de la valeur ajoutée qui améliore considérablement le bien-être des Guinéens. À la condition sine qua non d’une gouvernance vertueuse.

Abraham Kayoko Doré