Poursuivis pour « outrage à agent, violences et voies de fait », trois responsables syndicalistes de la Banque centrale de la Rémublique de Guinée ont comparu ce lundi 24 août devant le tribunal de première instance de Kaloum. Les prévenus plaident non coupables.
A la barre : Sidiki Camara, secrétaire général adjoint de la Délégation spéciale de la BCRG ; Aboubacar Yansané, chargé de la santé, sécurité et hygiène au travail et Momo Camara, chargé des affaires sociales. Ils ont comparu devant le tribunal de première instance de Kaloum, ce lundi 24 août. Les trois mis en cause réfutent en bloc les accusations articulées contre eux.
Tout a commencé le 6 août quand un groupe de 12 travailleurs, membres du syndicat de la BCRG, a rencontré Karamo Kaba, à propos de leur plateforme revendicative. Selon Momo Camara, le plaigant, l’adjudent-chef Daouda Sankhon, garde du corps du Gouverneur de la BCRG, a alors bloqué le groupe de syndicalistes venus rencontrer le premier responsable de l’institution. « J’etais devant tout le monde. Quand j’ai ouvert, le garde du corps du Gouverneur à mis pied sur la porte et m’a dit : Momo, tu ne vas pas entrer. Après vaine insistance, nous avons quitté. Mais l’attitude du garde du corps nous a surpris. [Il] a l’habitude de me bloquer avant de me laisser passer, en me taquinant », déclare-t-il. Le prévenu d’ajouter qu’ils étaient tous vêtus de rouge ce jour, pour exprimer leur mécontentement.
« Le dialogue n’est pas [son] point fort »
Aboubacar Sidiki Camara, comptable à la Direction de la comptabilité de la Banque centrale, abonde dans le même sens : « Le garde est posté à l’entrée du Secrétariat du Gouverneur. Nous n’avons pas forcé la porte. Nous ne l’avons ni injurié ni violenté. Vu qu’il nous a refusé l’accès, nous avons décidé de quitter. En sortant, nous avons croisé le Gouverneur. Nous lui avons fait savoir nos préoccupations. Le Gouverneur nous a dit que nous sommes indignes. Un de nos camarades a dit : M. le gouverneur ne vous fâchez pas, vous êtes notre père. Après, il nous a demandé ce qui ne va pas. Nous le lui avons expliqué. Après quelques échanges, nous nous sommes quittés. Le dialogue n’est pas le point fort du Gouverneur. Même s’il signe un engagement, son exécution est difficile. »
Aboubacar Yansané, comptable à la BCRG, arrivé après le blocage de ses collègues, a témoigné à son tour : « Quand je suis arrivé, j’ai dit que le garde devrait nous laisser entrer. Il n’y a pas eu de violence. Nous avons finalement rencontré le gouverneur et lui a expliqué nos problèmes. »
Le plaignant, en retard au tribunal, assure que Momo Camara a poussé la porte. « Il m’a dit qu’il veut voir le gouverneur. J’ai demandé s’il a rendez-vous, il m’a dit non. Alors j’ai repliqué en disant que je n’ai pas reçu l’ordre de les laisser entrer. Ils ont crié en disant : laisses nous enter. Donc cela m’a offensé. Je reconnais qu’ils ne m’ont ni insulté ni blessé et personne ne m’a touché. J’ai eu peur parce qu’ils étaient nombreux », dédramatise le gendarme, qui précise être par ailleurs l’aide de camp du Gouverneur.
Demande de comparution de Karamo Kaba
Après les dépositions de leurs clients et du plaignant, les avocats de la défense ont estimé que la présence du Gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée pourrait aider à la manifestationde la vérité. « Nous sollicitons la comparution du gouverneur de la BCRG pour connaître l’effectivité des faits. Nous voulons savoir aussi si c’est M. Sankhon qui gère l’agenda du Gouverneur ou la secrétaire », argumentent-ils.
Le parquet s’y oppose : « Les faits d’outrage se sont passés à l’absence du Gouverneur. Il n’a pas vécu ces faits. Le tribunal a suffisamment de résultats ici. La demande est fantaisiste, dilatoire. Il faut la rejeter, le Gouverneur a d’autres chats à fouetter. »
La partie civile appuie le parquet, et le tribunal l’a suivi en rejetant la demande de comparution de Karamo Kaba.
Le procès est renvoyé au 27 août, pour les réquisitions du ministère public et les plaidoiries des avocats des deux parties.
Souleymane Bah

