Un atelier régional de partage d’expériences et de bonnes pratiques sur l’éducation électorale en Afrique de l’Ouest s’est tenu les 26 et 27 août à Conakry, dans la commune de Kaloum. Cest une rencontre initiée par le réseau WANEP Guinée, en partenariat avec le Centre international du journalisme et du développement (CIJD) et de l’Union européenne. Il se tient dans le cadre du projet « Participation citoyenne éclairée pour la démocratie et la paix en Guinée » (PartiCip Guinée). 

L’atelier a réuni 35 participants, venus de différentes régions de la Guinée, du Sénégal, du Bénin, du Nigeria, du Ghana et de la Sierra Leone. Durant deux jours, participants et panélistes ont échangé autour du thème : « De la sensibilisation à l’action : faire de l’ECE un levier de confiance institutionnelle, d’inclusion, de résilience démocratique et de prévention des violences ». 

La cérémonie d’ouverture a été présidée par le Chef de cabinet du ministère de l’Administration du territoire et de la décentralisation, François Gono Condé. Il a insisté sur l’importance de l’éducation civique en matière électorale. L’ambassadeur de l’Union européenne a réaffirmé son engagement à soutenir les initiatives citoyennes dans le processus électoral. 

Les débats ont porté notamment sur les enjeux liés à l’éducation électorale dans les pays respectifs des panélistes et des participants, ainsi que les différents défis auxquels les acteurs sociaux sont confrontés. Ils se sont exprimés sur les pressions exercées par certaines autorités, qui empêchent les acteurs sociaux d’exercer pleinement leurs rôles, sur les réformes institutionnelles engagées dans plusieurs pays de la sous-région. La faible implication de certaines couches vulnérables dans les processus électoraux, notamment les femmes et les personnes en situation de handicap, a également été au cœur des discussions. Les participants ont insisté sur le rôle des acteurs politiques, la manipulation électorale, l’amateurisme, la désinformation, les intérêts politiques, la faiblesse des institutions ainsi que le manque de transparence de la justice. Les participants estiment que ces facteurs constituent autant de défis qui fragilisent les processus démocratiques et peuvent favoriser les tensions et les violences politiques et électorales. 

Recul démocratique dans la sous-région 

Cet atelier a permis aux participants de s’exprimer sur la multiplication des coups d’État dans la sous-région ces dernières années, les tentatives d’amendements constitutionnels. Ils ont évoqué 25 tentatives d’amendements constitutionnels depuis 2000. Parmi les cas les plus controversés cités figurent notamment la Guinée en 2001 et 2020, la Côte d’Ivoire en 2016, le Togo en 2019 et 2024, ainsi que le Bénin en 2019. Pour les participants, ces situations contribuent au recul démocratique dans plusieurs pays de la sous-région. Les participants imputent ces difficultés au manque de culture électorale et d’éducation civique. 

Ils ont ainsi proposé des solutions durables pour prévenir les violences politiques et électorales auxquelles les pays de la sous-région sont confrontés. Parmi les pistes évoquées, le renforcement de l’éducation civique, l’identification des zones les plus sensibles aux conflits, la diffusion de messages communs et l’adaptation de ces messages aux réalités de chaque zone. 

Ceux ont ensuite établi un lien entre le déficit de culture électorale, la faiblesse de l’éducation civique, la lutte contre la corruption et la mauvaise gestion financière. Selon eux, ces difficultés sont accentuées lorsque l’accès au pouvoir est perçu comme un moyen de s’enrichir plutôt que comme un engagement au service de la collectivité. 

Anticiper les risques  

Les échanges ont enfin porté sur l’importance d’identifier les moments les plus appropriés pour sensibiliser et prévenir les violences. 

Les participants considèrent que l’éducation électorale ne doit donc pas se limiter aux périodes électorales. Elle doit être menée de manière continue et adaptée aux réalités de chaque pays et de chaque zone, afin de renforcer la confiance des citoyens dans les institutions, favoriser l’inclusion et consolider la résilience démocratique. 

Mariama Dalanda Bah