Le coup d’envoi de la 12ᵉ Assemblée générale de la Plateforme des régulateurs de l’audiovisuel des pays de l’UEMOA et de la Guinée (PRA-UEMOA-Guinée) a été donné ce 31 août, dans un réceptif hôtelier de la capitale. Durant deux jours, les participants vont plancher sur les principaux défis auxquels sont confrontés les médias et les régulateurs dans la sous-région, notamment dans l’espace numérique. 

La Plateforme des régulateurs de l’audiovisuel des pays de l’UEMOA et de la Guinée est une structure d’échanges qui réunit notamment la Guinée, le Sénégal, le Mali, la Guinée-Bissau, le Burkina Faso, le Niger, le Bénin et le Togo. Elle vise, entre autres, à favoriser la concertation entre les différentes instances nationales de régulation, à partager les expériences et à réfléchir aux moyens d’encadrer l’utilisation des réseaux sociaux et des plateformes en ligne, notamment pour lutter contre la désinformation. C’est dans ce cadre, et à l’occasion du passage de témoin entre le Togo, qui a assuré la présidence de la plateforme pendant deux ans, et la Guinée, que se tient à Conakry, les 31 août et 1er septembre, la 12ᵉ Assemblée générale de l’organisation. 

Encadrer les réseaux sociaux 

La cérémonie d’ouverture a réuni les représentants des pays membres, des invités, notamment venus du Tchad, ainsi que d’anciens responsables de la PRA-UEMOA-Guinée. Le thème de cette assemblée générale est : « La régulation des réseaux sociaux face aux défis de la cybersécurité et de la préservation de la cohésion sociale : quels mécanismes harmonisés pour les pays de l’UEMOA et de la Guinée ? » 

La cérémonie a été présidée par le ministre guinéen de la Justice, Ibrahima Sory II Tounkara. Dans son intervention, il a insisté sur les avantages, mais aussi sur les dérives liées à l’utilisation des réseaux sociaux : « Jamais l’information n’a circulé aussi vite. Jamais elle n’a autant rapproché les peuples et élargi l’espace du débat public. Mais jamais, également, la rapidité de sa diffusion et les possibilités de sa manipulation n’ont autant mis à l’épreuve la confiance publique, la cohésion sociale et la souveraineté de nos États », a-t-il déclaré.  

Selon le Garde des Sceaux, les réseaux sociaux ont démocratisé l’accès à l’information, favorisé l’expression citoyenne et offert de nouvelles possibilités à la jeunesse. Mais ils sont également devenus, a-t-il relevé, des vecteurs de désinformation, de discours de haine, de manipulation et de cybercriminalité. Le ministre a ainsi appelé les institutions de régulation à unir leurs forces afin de trouver un équilibre entre liberté et régulation : « Protéger sans étouffer, réguler sans censurer et sanctionner les abus sans affaiblir la liberté d’expression », a-t-il préconisé, estimant que cette liberté « ne saurait justifier l’appel à la violence, la manipulation organisée ou l’atteinte à la dignité humaine ». 

Pour Ibrahima Sory II Tounkara, aucun pays ne peut, à lui seul, réguler efficacement un espace numérique « sans frontières ». Les réponses doivent donc, selon lui, être « régionales et coordonnées » Il a notamment encouragé les participants à travailler sur plusieurs leviers : l’harmonisation progressive des cadres juridiques, la mise en place d’un mécanisme régional de veille et d’alerte, l’adoption d’une position commune dans le dialogue avec les grandes plateformes numériques, ainsi que le renforcement de l’éducation aux médias et des capacités des instances de régulation. 

Harmoniser les positions 

Durant ces deux jours, les participants vont notamment réfléchir aux moyens d’harmoniser les cadres juridiques régissant la communication dans les différents pays membres. Les discussions porteront en particulier sur la convergence des législations en matière de cybersécurité. Les participants devraient également se pencher sur la stratégie à adopter dans les échanges et négociations avec les grandes plateformes numériques telles que Meta, X, TikTok et Google. Président de la Haute Autorité de la communication (HAC), Boubacar Yacine Diallo, partage le constat du ministre : « Les réseaux sociaux sont devenus incontournables. Ils sont malheureusement aussi le vecteur de fausses informations, de discours de haine et de propos susceptibles de troubler l’ordre public. Autant ils sont utiles, autant ils peuvent s’avérer nuisibles lorsque leur usage est illicite, qu’il soit volontaire ou naïf. » Pour le président de la HAC, les pays membres doivent donc « harmoniser leurs positions pour lutter contre la désinformation et promouvoir les bons usages de ces outils ». 

Yacouba Dembélé, directeur général de la Haute Autorité de la communication audiovisuelle de Côte d’Ivoire et secrétaire technique permanent de la PRA-UEMOA, appelle pour sa part à un changement d’approche : « Nous devons passer d’une régulation essentiellement réactive à une régulation davantage anticipative, préventive, coordonnée et fondée sur la connaissance ». Cela suppose, selon lui, de renforcer les capacités des autorités de régulation, d’améliorer leurs outils de veille, de développer l’expertise technique des agents et de favoriser le partage d’informations et de bonnes pratiques. 

Il nuance toutefois la notion d’harmonisation des textes : « L’objectif ne doit évidemment pas être de rechercher une uniformisation mécanique de nos réglementations nationales. Nos systèmes juridiques et institutionnels présentent leurs spécificités. Il s’agit plutôt de dégager des principes communs, des mécanismes de coopération et des outils partagés, respectueux des compétences de chaque autorité ». 

Le Togo passe le témoin à la Guinée 

Jusqu’à cette assemblée générale de Conakry, la PRA-UEMOA-Guinée était présidée par Pitalounani Telou, président de la Haute Autorité de l’audiovisuel et de la communication du Togo. Il passe le témoin à la Guinée pour les deux prochaines années. Au terme de son mandat, il se félicite du travail accompli et appelle les membres à accompagner la nouvelle présidence : « Au terme de mon mandat, j’ai le sentiment du devoir accompli, convaincu que la construction d’une institution forte est une œuvre collective qui se poursuit bien au-delà des individus. » Le président sortant a ainsi invité les membres de la plateforme à apporter au nouveau président « le même soutien, la même solidarité et la même confiance » dont il dit avoir bénéficié durant son mandat. 

Yacine Diallo