La Coordination nationale de Tournons la page Guinée (TLP-Guinée) a saisi, jeudi 20 août, le procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) pour dénoncer des faits présumés de mauvaise gestion, de surfacturation, des zones d’ombre et de contradictions dans la rénovation des stades du 28-Septembre (commune de Dixinn) et Général Lansana Conté de Nongo (Ratoma).
Dans sa déclaration, le mouvement à travers son coordinateur national, Alsény Farinta Camara, affirme disposer d’éléments qu’il juge suffisamment concordants pour justifier cette saisine, tout en pointant l’absence de transparence autour du coût global annoncé pour les travaux.
Le 17 août 2026, rappelle la structure, le ministre des Sports, Mamadou Cellou Baldé, avait évoqué publiquement un investissement « de 250 millions de dollars. » Trois jours plus tard, précise la note, l’ancien ministre des Sports Kéamou Bogola Haba aurait confirmé ce montant, en indiquant une répartition de « 120 millions de dollars » pour le stade Général Lansana Conté de Nongo et « 130 millions de dollars » pour celui du 28-Septembre.
Pour TLP-Guinée, ces annonces suscitent des interrogations en l’absence de publication des documents contractuels. « Aucun détail sur les contrats, avenants, décomptes de l’ACGP [Agence de contrôle des grands projets], ni entreprises attributaires n’a été rendu public. » Toute chose qui empêcherait la vérification de l’utilisation des fonds annoncés.
Enquête judiciaire
Dans sa saisine, TLP-Guinée soulève également des écarts entre différents chiffres communiqués au fil des ans. Rappellant ainsi qu’en 2024, Kéamou Bogola Haba avait déclaré qu’il fallait « 540 milliards de francs guinéens » pour achever les deux stades, alors que « 21 milliards de francs guinéens » seulement étaient inscrits au budget. Selon l’ONG, l’ancien ministre évoquait également un coût global supérieur à « 2 000 milliards de francs guinéens. »
Ce rapprochement entre ces différentes estimations nécessite des explications techniques et financières, estime l’ONG. « Le passage de 2000 milliards GNF à 250 millions USD soit environ 2300 milliards GNF, sans justification technique, alimente une présomption de surfacturation. »
Autre point soulevé par TLP-Guinée : la nature exacte des travaux réalisés au stade Général Lansana Conté de Nongo. « L’ancien Ministre reconnaît que le chantier de Nongo, don chinois livré inachevé en 2011, nécessite une « reprise » totale : dépose de pelouse, éclairage, vestiaires. » Alors que que 90 % des équipements seraient importés. « Or, à ce jour, aucun rapport de contrôle technique, ni étude de coût détaillée ne justifie pourquoi « reprendre coûte plus que construire ». »
Face à ces interrogations, la Coordination nationale de TLP-Guinée demande au procureur spécial près la CRIEF d’ouvrir une enquête sur l’ensemble du processus notamment, « l’ouverture d’une enquête judiciaire sur la passation, l’exécution, le financement et la ventilation réelle des 250 millions de dollars ; la réquisition des contrats initiaux et avenants ; la communication des décomptes de l’ACGP ; la consultation des rapports de l’IGF [Inspection générale des finances], du contrôle technique et du Bureau de suivi Simandou 2040 ; l’examen des procès-verbaux de réception des travaux. »
Elle sollicite, enfin, l’audition des acteurs impliqués dans le processus depuis 2022. Désormais, la balle est dans le camp du procureur spécial Alphonse Charles Wright, l’empereur des poursuites.
Mariama Dalanda bah

