Plus de quatre ans de travaux, les stades du 28-Septembre à Dixinn et Général Lansana Conté de Nongo sont toujours en chantier. Entre coûts initiaux dépassés, justifications techniques et promesses de transparence, ces deux infrastructures deviennent un véritable casse-tête financier alimentant les interrogations sur la gestion du pognon public.
Alors qu’ils ne sont toujours pas terminés, les travaux de rénovation et de modernisation des stades du 28-Septembre et Général Lansana Conté ont déjà englouti plus de 2 500 milliards de francs glissants, environ 250 millions de dollars ricains. Une facture salée qui interroge et relance le débat sur la gestion des fonds publics dans le bled.
Les chantiers ont respectivement débuté en octobre 2022 et août 2023. Le 19 septembre 2023, dans une émission télévisée, l’ancien ministre des Sports Lansana Béa Diallo indiquait que le coût des travaux était estimé à 52 millions de dollars pour le GLC et 45 millions pour le 28-Septembre. Les deux projets représentaient un cumul inférieur à 100 millions de dollars ricains.
Rapidement, les chiffres ont évolué. Le 24 juillet 2025, à l’Assemblée générale de la Fédération guinéenne de football, Kéamou Bogola Haba, successeur de Béa Diallo avait déclaré : « Nous avons dépassé les 2 500 milliards de francs guinéens, soit environ 250 millions de dollars investis dans la rénovation des stades de Nongo et du 28-Septembre. » Une flambée qui constitue aujourd’hui l’un des principaux points de controverse autour de ces chantiers.
Une facture à problème
Aujourd’hui, la question n’est pas seulement de savoir combien ont coûté les travaux. C’est surtout de comprendre ce qu’ont servi réellement ces millions de dollars. Le passage d’une enveloppe initiale de moins de 100 millions à un montant supérieur à 250 millions soulève nécessairement des questions sur le périmètre des projets, les avenants éventuels, les nouvelles constructions, les équipements et les marchés attribués.
Des petits mesquins s’adonnent à des comparaisons. Ils racontent que des infrastructures sportives neuves ou entièrement reconstruites en Europe et en Afrique permettent de mesurer l’ampleur de la somme annoncée en Guinée. En Italie, l’Allianz Stadium de Turin, inauguré en 2011 a coûté la misère de 155 millions d’euros. Le projet de modernisation et de restructuration du stade de Bologne est, lui, évalué à une misère de 200 millions d’euros. En France, l’Allianz Riviera de Nice, aux normes FIFA n’a couté que 245 millions d’euros, de sa construction à sa livraison.
Au Cameroun, le stade omnisports Paul Biya d’Olembé, à Yaoundé, (plus de 50 000 places) est financé à hauteur de 290 millions de dollars. En Côte d’Ivoire, les stades de Yamoussoukro, et de Korhogo, tous à 20 000 places ont couté entre 47 et 50 milliards de francs CFA. Au Sénégal, le complexe sportif Abdoulaye Wade, (50 000 places) a nécessité un financement de près de 238 millions de dollars, avec un stade neuf et plusieurs infrastructures annexes.
« Nous avons posé les bonnes questions »
Si ces comparaisons ne permettent pas de conclure directement à une anomalie dans les dépenses guinéennes, elles prouvent néanmoins que 250 millions de dollars pour la rénovation et la modernisation de deux stades est un montant considérable qui doit exiger la transparence.
Le17 août, en conférence de stress, l’actuel ministre des Scores, Cellou Ta-Baldé n’a pas contesté le montant. Il a indiqué que son département a cherché à comprendre ces dépenses. « Dès notre arrivée, nous nous sommes interrogés. Nous avons posé les bonnes questions, nous avons recueilli les bonnes informations ». Il a appelé à ne pas analyser les montants par rapport au francs glissants. « Une infrastructure internationale n’est pas indexée au franc. Elle est indexée sur la devise internationale ».
Malgré les 110 millions de dollars déjà investis au stade Général Lansana Conté de Nongo, sa pelouse sera couverte de Gazon synthétique. Ce qui a suscité de l’indignation dans le secteur du foot guinéen. Le ministre Ta-Baldé a appelé à relativiser : « Je ne présume de rien, j’ai juste envie qu’on évite le son des chiffres. Quand on entend un million de dollars, en francs guinéens on estime que c’est toute la mer. Quand vous prenez le cours du marché international par rapport aux infrastructures, nous sommes dans la fourchette. » Le ministre promet que son département n’écartera aucun dossier louche. Il a jurée, la main sur le palpitant, que « tout dossier suspect, tout contrat qui interroge sera examiné, vous pouvez compter sur le ministère ».
Bogola Haba se défend
Face aux critiques, l’ancien ministre des Scores Kéamou Bogola Haba monte au créneau. Dans une tribune publiée le 19 août, celui qui a dirigé le département au moment où les coûts des travaux ont augmenté a défendu le projet et indirectement son bilan. Il ne conteste pas les 250 millions de dollars. « Oui, la somme est importante, mais elle doit être appréciée au regard de l’ensemble des ouvrages et équipements qu’elle est censée financer. »
Rappelant qu’il a « porté une partie de ce chantier », Bogola Haba a cherché à démontrer que les 250 millions de dollars ne seraient pas uniquement consacrés aux tribunes, pelouses et travaux de rénovation. Il s’est donné du mal à faire croire qu’en plus de la rénovation, cette somme servirait à construire des infrastructures et équipements supplémentaires : nouvelles constructions, espaces commerciaux, parkings, hôtels, loges VIP, dispositifs de sécurité, équipements destinés à plusieurs disciplines, piscine olympique. Excusez du peu.
L’ancien ministre reconnaît que la question de la transparence demeure incontournable. Il estime que les citoyens sont en droit de connaître « le périmètre exact de chaque marché », la part consacrée aux constructions neuves et celle correspondant à la rénovation de l’existant. Il sollicite à ce que les dépenses soient publiées, « poste par poste ».
De la transparence
Le dossier des stades du 28-Septembre et Général Lansana Conté de Nongo dépasse donc désormais la seule question de l’état d’avancement des travaux. Il pose plus largement celle de la gestion des investissements publics en Guinée. Au-delà des déclarations politiques, des comparaisons et des justifications techniques, une question demeure. Puisque les travaux ne sont toujours pas achevés, où sont exactement passés les 250 millions de dollars ?
Au fond, le débat n’est donc pas de savoir si 250 millions de dollars sont « beaucoup » ou « peu » pour deux infrastructures sportives. Le véritable enjeu est de savoir combien a été réellement dépensé, pour quels travaux, dans le cadre de quels contrats, quels délais et avec quels résultats.
Si cet argent correspond aux infrastructures, équipements et ouvrages dont le périmètre dépasse la simple rénovation des deux stades, il appartient aux autorités de le démontrer, docs à l’appui. Contrats, avenants, décomptes, factures, études, marchés supplémentaires et état détaillé des réalisations permettraient de lever une grande partie des doutes. Eh, oui !
Abdoulaye Pellel Bah

