Transférés de la Maison centrale de Conakry à la Maison d’arrêt de Siguiri (Haute-Guinée), quatre détenus, dont un ressortissant américain, sont décédés en détention il y a quelques jours. De quoi susciter des rumeurs sur des prétendus cas de tortures quils auraient subis.
Débarqués à la Maison d’arrêt de Siguiri le 16 août dernier, quatre détenus y sont morts. Suite à des cas de tortures et de violences ? Le 31 août, chez nos confrères de Mediguinée.com, le procureur de la République près le tribunal de première instance de Siguiri, Dominique Loua, a démenti les allégations.
Tout est parti dun post publié par le confrère Abdoul Latif Diallo sur Facebook, le 31 août, faisant état de violences physiques qui auraient été infligées à des détenus par des gardes pénitentiaires. Des accusations rejetées par le magistrat : « Dans son article, le journaliste fait savoir que les détenus sont décédés à la suite des tortures et des violences. C’est regrettable qu’un journaliste de son envergure publie des informations non vérifiées. Nous avons reçu ces détenus de Conakry. Ils sont arrivés et sont bien traités. À la Maison darrêt de Siguiri, il ny a jamais eu de tortures. »
Le magistrat n’a toutefois pas nié les décès à la prison de Siguiri. Mais pour lui, la mort arrive dans toutes les maisons d’arrêt et dans toutes les prisons, sans quelle soit entraînée par des actes de violences ou de tortures. « Dire que les détenus ont été torturés par la garde pénitentiaire, c’est un gros mensonge. Cela ne devait pas venir d’un journaliste professionnel, parce qu’il a tout le temps de venir vérifier les informations à la source. Mais s’il entend des rumeurs et qu’il se met à écrire, c’est déplorable. Il n’a qu’à chercher à se renseigner », conseille Dominique Loua.
Il précise que les corps ont été remis à leurs familles. Ce qui, poursuit-il, permettra de procéder à des vérifications, du moins sur létat des dépouilles au moment de leur remise aux familles.
Dans une déclaration du 31 août dernier, la Coalition nationale Tournons la page Guinée (TLP-Guinée) a exigé la publication des rapports médicaux certifiés des détenus décédés. TLP a désapprouvé le démenti du procureur de la République : « Quatre morts sur un même convoi en quelques jours ne relèvent ni du hasard ni du fait divers. Les banaliser revient à couvrir un dysfonctionnement grave du système pénitentiaire. Le rôle dun procureur nest pas seulement de communiquer, il est denquêter et de rassurer par des actes. Il est inadmissible et inconcevable que des citoyens meurent en détention sans quune lumière totale et immédiate ne soit faite. La prison prive de liberté, elle ne saurait priver de vie ni de dignité ».
La Coalition exige la publication des rapports médicaux et certificats de décès remis aux familles, la suspension conservatoire des agents impliqués le temps que l’enquête détermine les causes exactes des décès, mais aussi l’envoi d’une mission d’inspection urgente du Mécanisme national de prévention de la torture à Siguiri. Elle exhorte le ministère de la Justice à agir.
Yaya Doumbouya

