Ne traitez pas de putschiste celui qui, le 05 Septembre 2021, a abattu le régime d’Alpha Condé : il pourrait vous arriver malheur. La patronne de France 24, Vanessa Burggraf l’a appris à ses dépens. Le 14 septembre dernier, un de ses journalistes a commis ce crime de lèse-majesté, soulevant du coup, la furie du maître de la Guinée. Une mise en demeure a été aussitôt adressée à la chaîne et 24h plus tard, alors que celle-ci s’était confondue en excuses, son interdiction totale et immédiate a été prononcée.

Pour arbitraire et désinvolte qu’elle soit, cette décision ne déplaît pas à tous les Guinéens. Nombreux sont ceux qui pensent en effet, que prise à son propre piège, la France n’a que ce qu’elle mérite. D’abord, parce qu’elle a adoubé sans rechigner la mascarade électorale de décembre dernier que Mamadi Doumbouya dit avoir remportée dès le premier tour avec 86,72% (un chiffre ridicule, un score à la soviétique et qui, loin de symboliser la démocratie, fait au contraire, la marque de fabrique des véritables tyrannies). Ensuite, parce que face au régime répressif et mal élu de Doumbouya, la complaisance reste sa ligne de conduite.  Enfin parce que face à la vague d’assassinats et de disparitions forcées qui sévit en Guinée, elle est, contrairement à ses habitudes, d’une ambigüité à peine supportable : c’est soit le silence assourdissant soit la brève lecture d’un communiqué qui sent le procédé. Ce qui, de ce côté-ci du monde, brouillera pour longtemps son sempiternel message sur la démocratie et les droits de l’homme.

Mme Burggraff s’est fendue d’une lettre d’excuses.  Cela n’a pas suffi (il faudrait peut-être les regrets de l’Elysée en plus). France 24 est toujours « off the air » au moment où j’écris ces lignes. Les despotes africains sont capricieux, Paris en sait quelque chose. La colère du président guinéen est telle qu’il a, dans la foulée, levé l’accréditation du correspondant de Jeune Afrique qui, je crois, est aussi un média français.

On imagine après avoir lu cela, les ravages commis à l’intérieur du pays par ce régime pris de folie liberticide. Les quatre premières chaînes de radio et de télévision libres ont été interdites il y a des années. En mars dernier, il en a été de même pour 40 partis politiques dont le RPG d’Alpha Condé, l’UFDG de Cellou Dalein Diallo et l’UFR du regretté Sidya Touré. Il y a quelques jours, le passeport de l’opposant Cellou Dalein Diallo a été purement et simplement révoqué sans même que l’intéressé n’en soit informé. Mais ce n’est pas tout. Il vient d’ordonner la démolition de tous les immeubles avoisinant l’aéroport et hauts de plus de trois étages pour des raisons de sécurité nationale, dit-il. Cet ancien légionnaire sait pourtant que les snipers ne se nichent pas que sur les toits, on les trouve aussi sous les ponts, dans les alcôves et parfois même au sein de sa propre garde présidentielle (Alpha Condé en sait quelque chose).

On comprend que pour quelques arpents de bauxite, Paris fasse tout pour ménager son petit protégé de Conakry. Ceci dit, il y a des vérités auxquelles on n’échappe pas : Mamadi Doumbouya est bel et bien un putschiste et même, un double putschiste (par les armes et par les urnes). Dire que le lièvre a de longues oreilles, ce n’est pas le dégrader, c’est le décrire.

Tierno Monénembo