Au Sénégal, le Collectif des familles de victimes de Macky Sall fait part de son « malaise » et demande de ne pas « effacer la mémoire nationale » suite au soutien affiché par l’actuel président du pays à son prédécesseur (2012-2024) et ancien adversaire politique, pour le poste de secrétaire général des Nations unies. Sur RFI et France 24, Bassirou Diomaye Faye a notamment déclaré : « Qui de mieux que Macky Sall pour défendre la place de l’Afrique à l’ONU ? »

Au Sénégal, les associations de défense des victimes de la répression politique sous le régime de Macky Sall, chef de l’État de 2012 à 2024, s’insurgent contre le lobbying de son successeur pour soutenir la candidature de l’ex-président sénégalais au poste de secrétaire général de l’ONU.

Boubacar Seye, à la tête du Collectif des familles de victimes de Macky Sall, dénonce un revirement complet de Bassirou Diomaye Faye sur la question. « Ce qui nous interpelle, c’est la rupture entre ce soutien et le discours qui a porté le changement politique de 2024, souligne-t-il au micro de notre correspondante à Dakar, Léa-Lisa Westerhoff, au sujet de la victoire de Bassirou Diomaye Faye lors de la dernière présidentielle, face notamment au dauphin désigné de Macky Sall. N’oublions pas que des Sénégalais ont perdu la vie, d’autres ont été emprisonnés ou ont été victimes de violences ».

« Peut-on, au nom de la diplomatie, tourner aussi rapidement la page ? »

« Les choix de politique internationale du Sénégal doivent s’inscrire dans le respect des engagements du pays en faveur des droits humains, de la justice et de la lutte contre l’impunité », écrivent en outre trois associations de défense des victimes des violences politiques entre 2021 et 2024 dans un communiqué commun. « À ce titre, cette décision ne saurait occulter les attentes légitimes des victimes et des familles des victimes, qui demeurent dans l’attente de vérité, de justice et de réparation », signent le Collectif des familles des martyrs, l’Initiative zéro impunité et le Collectif des victimes de Macky Sall.

Au moins quatre personnes ont été inculpées ces derniers jours au Sénégal pour « crime contre l’humanité » ou « complicité » de ce crime, une première pour des faits commis lors des troubles politiques au Sénégal entre 2021 et 2024.

Ce pays avait été secoué durant cette période par de violentes manifestations durement réprimées qui ont fait des dizaines de morts sous l’ex-président Macky Sall, alors engagé dans un bras-de-fer contre son opposant Ousmane Sonko, dont l’ex-bras droit Bassirou Diomaye Faye est devenu président.

Ce qui suscite l’incompréhension chez Boubacar Seye : « Aujourd’hui, voir le même pouvoir s’investir diplomatiquement pour la candidature de Macky Sall à la tête de l’ONU crée forcément un malaise chez les victimes et leurs familles. Le problème est donc moins la personne de Macky Sall que la question de la cohérence de l’État. Peut-on, au nom de la diplomatie, tourner aussi rapidement la page des questions qui restent encore douloureuses dans la société sénégalaise ? »

« Il faut expliquer pourquoi on demande d’accepter une telle réhabilitation »

Il poursuit : « Nous, au niveau du collectif des victimes, nous ne demandons pas de confondre justice et diplomatie. Mais nous pensons qu’une candidature internationale ne devrait pas effacer la mémoire nationale. Et surtout, il faut expliquer aux victimes pourquoi hier, on leur demandait de croire à une rupture et pourquoi aujourd’hui on leur demande d’accepter une telle réhabilitation. Et c’est cette contradiction qui nous choque. »

Quatre femmes et trois hommes tentent à ce jour de succéder au Portugais Antonio Guterres, 77 ans, qui terminera le 31 décembre son deuxième mandat de cinq ans à la tête d’une institution très divisée et en proie aux crises.

Il s’agit de l’ex-vice-présidente du Costa Rica Rebeca Grynspan, de l’ancienne ministre des Affaires étrangères du Guyana Carolyn Rodrigues-Birkett, des Équatoriennes Ivonne A-Baki et Maria Fernanda Espinosa, de l’actuel dirigeant de l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) l’Argentin Rafael Grossi, de l’ancien secrétaire général adjoint de l’ONU et représentant spécial pour les enfants et les conflits armés l’Ougandais Olara Otunn, et de l’ex-président sénégalais Macky Sall.

Par RFI