L’unique enseignant de l’École primaire de Donta, dans la sous-préfecture de Diari (préfecture de Labé), a été chassé de son lieu de travail. Il pointe les autorités communales et éducatives de Diari. Souleymane Badé, Délégué scolaire de l’enseignement élémentaire (DSEE) accuse le bouffe-la-craie d’être parti de lui-même. En attendant, des dizaines de gamins sont laissés-pour-compte.
Le seul établissement scolaire de Donta n’ayant qu’une salle de classe, ferme porte et fenêtres. Un mois seulement après le début de l’année scolaire 2026-2027. La cause, Alpha Boubacar Badé, unique bouffe-la-craie de 80 élèves, quitte le coin. Tout a commencé quand l’enseignant volontaire a permis à un journaleux de filmer et diffuser sur la toile, le piteux état de son établissement. La vidéo postée sur la page Facebook de Nylaa.info a fait tilt. On y voit une seule salle de classe, deux toilettes externes, quasi sans portes où les 80 élèves (garçons et filles) et leur enseignant se soulagent. Dans la salle, des élèves sont assis à même le sol, sans tenue scolaire. Selon Alpha Boubacar Badé, ses élèves et lui ne cessent de côtoyer les serpents : « Je me suis habitué maintenant, je n’ai plus peur de ces reptiles…»
Enseignant « chassé »
Après la diffusion de la vidéo, des internautes ont dénoncé « une négligence » des autorités locales ainsi que la communauté concernant les conditions d’études de ces marmots. Irrité par ces dénonciations, Souleymane Badé, le Délégué scolaire de l’enseignement élémentaire appelle au téléphone le bouffe-la-craie et hausse le ton: «Il m’a demandé au téléphone si je suis revenu cette année encore pour faire des vidéos», nous affirme Alpha Boubacar Badé, le 29 octobre, précisant que son interlocuteur ne lui a pas laissé piper un mot: «Il m’a aussitôt raccroché». Après l’appel du DSEE, Alpha Boubacar dit s’être rendu chez le chef-secteur de Donta ainsi que chez le prési de l’Association des parents d’élèves et amis de l’école, APEAE, pour leur faire le point : «Ces derniers m’ont dit qu’ils ont été aussi appelés par le DSEE. Après ma plainte, le chef-secteur a appelé, devant moi, le DSEE ainsi que le maire de Diari. Ils ont menacé de fermer l’école de Donta, s’il cautionne ce que je fais [faire des vidéos]. Alors, ils lui ont dit que je les humilie, qu’il faut que je parte ; eux, ils trouveront un autre enseignant. C’est ainsi que le chef-secteur m’a dit qu’ils m’ont libéré, de quitter Donta». Pour Alpha Boubacar Badé, son seul tort, c’est d’avoir demandé de l’aide pour son école et pour ses élèves.

Le bouffe-la-craie est dans sa deuxième année d’exercice dans l’éducation. Il reconnaît ses lacunes, parce qu’il n’a pas poussé son cursus scolaire à cause, selon lui, de son échec au Brevet d’études du premier cycle (BEPC). Selon Alpha Boubacar, dans son école, il y a trois groupes pédagogiques, chacun représentant une classe.
Tristesse des élèves
Les marmots auraient pleuré quand il leur a annoncé son départ. «Je sais que je n’ai pas toutes les qualités d’un enseignant et c’est pourquoi j’ai demandé à ce qu’on envoie un titulaire, afin que je l’assiste et apprenne mieux auprès de lui. C’est vrai aussi que je cherche de l’argent pour subvenir à mes besoins, mais j’enseigne par amour, j’ai pitié de ces enfants», a déclaré Alpha Boubacar, ajoutant que les autres établissements scolaires se trouvant à Diari sont très éloignés et difficiles d’accès: «Les enfants ne peuvent pas aller là-bas, il y a une montagne très difficile à franchir».
Agressé dans sa classe
Le 14 octobre, lors de la remise d’un don aux élèves de l’école de Donta, le bouffe-la-craie dit avoir été agressé en classe, par un fils de Donta: «Ils sont entrés en classe sans me prévenir. L’un d’eux a commencé à compter le nombre d’élèves. Quand il s’est trompé, il m’a alors demandé l’effectif. Je lui ai dit que je ne connais pas. Après, il m’a donné un coup de poing devant tous mes élèves». D’où l’inquiétude d’Alpha Boubacar pour sa sécurité. «J’ai peur, parce qu’on m’a fait cela. Pourtant, en 2025, c’est grâce à mon appel à l’aide que ces enfants-là ont obtenu des tenues et des kits scolaires». S’il doit reprendre à enseigner, Alpha Boubacar exige l’assurance: «Il faut que tous les responsables de Donta soient d’accord, sinon je préfère quitter leur village».
Le DSEE menace de fermer l’école
Joint au téléphone le 29 octobre, Abdoulaye Badé, prési du bureau de l’AEPAE confirme qu’il a été appelé par le DSEE pour une mise en garde: «Souleymane Badé m’a dit que si l’enseignant continue ce qu’il fait, il fermera l’école. Je lui ai répondu que j’ignore ce qui se passe. Nous avons supplié l’enseignant d’attendre jusqu’à ce qu’un autre soit envoyé pour le remplacer, mais il n’a pas accepté». Abdoulaye Badé souligne qu’à chaque ouverture des classes, il sollicite auprès du DSEE un enseignant. Que dalle ! «Je l’appelle au moins trois fois à chaque ouverture, mais il n’a pas daigné satisfaire à ma demande».
L’enseignant a « déserté »
Dans une vidéo publiée le 29 octobre sur Facebook, Souleymane Badé, le Délégué scolaire de l’enseignement élémentaire de Diari, est formel. Selon lui, l’enseignant a menti. «Je n’ai pas pris un acte qui le renvoi. Je lui ai juste dit que s’il ne cesse pas de faire ces vidéos, nous allons nous quereller. Il est parti de plein gré. Nous sommes conscients que le manque d’enseignants est national, ce n’est pas propre à Diari». Et de promettre de trouver le remplaçant d’Alpha Boubacar Badé. «Nous ferons tout pour avoir un autre qui prendra le relais», a promis Souleymane Ta-Badé.
Abdourahmane Sall, responsable à la Direction préfectorale de l’éducation de Labé (DPE) accompagné du DSEE, se sont rendus à Donta. Dans sa déclaration du 30 octobre chez nos cons (frères) de Foutakameen.com, il abonde dans le même sens que le DSEE Souleymane Badé. Selon Doux-rat Sall, l’enseignant «a déserté et tout le monde est unanime. Il voulait partir depuis l’année dernière. Il accuse tout le monde en disant qu’il a été chassé, alors qu’il n’a même pas de contrat écrit avec la communauté».
Selon Sall, à Donta, il n’existe que deux groupes d’élèves, représentant deux classes : «Il n’y a que 40 élèves pour les deux classes. Actuellement, nous n’avons pas un enseignant titulaire qu’on pourrait envoyer à Donta. Mais nous verrons comment trouver un contractuel ces jours-ci et l’y affecter». D’ici-là, les élèves de Donta sont laissés-pour-compte.
Souleymane Bah

