Autrefois aux commandes, Ahmed Sékou Traoré, Mandian Sidibé et Aladji Cellou Camara ont désormais la justice à leurs trousses. Entre accusations de détournement de deniers publics, procès et problèmes de santé, les ennuis s’accumulent pour ces anciens dignitaires.

A bien des égards, la prison est l’antichambre du pouvoir. D’où la vulnérabilité des dirigeants. Ahmed Sékou Traoré, ancien président de la Délégation spéciale de Ratoma, Mandian Sidibé, ex-directeur général de l’Office guinéen de publicité (OGP) et son successeur Aladji Cellou Camara font ainsi les frais d’une chute brutale. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir passé leur temps à flatter le pouvoir. Ils sont aujourd’hui confrontés à la « rigueur » de la justice. Tous trois sont empêtrés dans des affaires de gestion présumée frauduleuse de deniers publics, se chiffrant à des milliards de francs guinéens.

Le 2 novembre, devant la Chambre de jugement de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), Ahmed Sékou Traoré a rejeté en bloc les accusations de « détournement de deniers publics, corruption, faux et usage de faux, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux. » Il est soupçonné d’avoir détourné 32 milliards de francs guinéens.

À la tête de la mairie de Ratoma entre avril 2024 et mars 2026, l’ex-activiste de la société civile rejette en bloc les accusations. Il assure n’avoir qu’un terrain dans le bas-fond de Yattayah (commune de Sonfonia). Ne disposant d’aucun compte bancaire, il percevrait ses primes par cash.

Contradictions

Mais les chiffres avancés à la barre ont donné lieu à quelques contradictions. Pour l’exercice 2024, Ahmed Sékou Traoré évoque 7,19 milliards de francs guinéens de recettes collectées et 3,55 milliards de dépenses. Un autre montant, de 7,57 milliards, a également été avancé pour les recettes mobilisées. Or, le procès-verbal de vérification de caisse établi par le receveur communal fait état de plus de 23 milliards. Une différence que l’ancien président de la Délégation spéciale de Ratoma n’a pas réussi à justifier.

L’ancien premier édile de Ratoma a par ailleurs justifié l’augmentation des dépenses de consommables, passées de 1,16 milliard en 2024 à 3,44 milliards en 2025, par les opérations d’assainissement et de lutte contre les violences. Quant aux 14,62 milliards mobilisés par l’ANAFIC (Agence nationale de financement des collectivités) en 2025, l’argent aurait servi à financer des infrastructures scolaires, sanitaires et communautaires dans la commune.

Les débats ont été renvoyés au 16 novembre prochain.  

Mandian face au juge

Autre ancien responsable dans la tourmente, Mandian Sidibé répond d’un présumé détournement de 78 milliards de francs guinéens. Devant les juges, le 30 octobre, l’ancien patron de l’OGP a balayé les accusations du revers de la main : « C’est faux, archi faux. Cette question des 78 milliards, je ne sais pas d’où ça vient. »

Pourtant, le prévenu reconnait avoir touché des avantages financiers consistants à la tête de la régie financière publique : 95 millions de francs guinéens de salaire mensuel, 30 millions de frais de carburant par mois et 180 millions annuels pour le logement. Sans oublier une prime « forfaitaire » de 100 millions, même s’il jure ne l’avoir touchée qu’une seule fois. En janvier 2022.

Mandian Sidibé reconnaît également s’être laissé entraîner dans un recrutement massif à l’OGP : « Je suis tombé dans le piège du recrutement massif, car il y avait un manque criant de personnel. » Ce recrutement aurait fait bondir la masse salariale, passée de 600 millions à 52 milliards de francs guinéens. La suite de son procès a été fixée au 2 décembre.

Des bobos de santé pour Aladji Cellou

Pendant que Mandian Sidibé et Ahmed Sékou Traoré se débat contre la justice, Aladji Cellou Camara, en détention à la Maison d’arrêt et de correction de Coyah, lutte contre la maladie. L’état de santé de l’ex DG de l’Office guinéen de publicité serait préoccupant. Placé sous mandat de dépôt le 9 juillet dernier pour « détournement de deniers publics, corruption et enrichissement illicite », il serait souffrant selon un de ses avocats. « Les certificats médicaux attestent de la gravité de son état », alerte Me Abdourahmane Dabo.

Pour l’heure, aucune date n’a été avancée pour l’ouverture de son procès.

Yacine Diallo