Par-delà les ors des salons et les faux-semblants diplomatiques, un vent de désenchantement souffle sur Conakry. Il charrie, comme partout ailleurs en Afrique, le bruit sourd d’un peuple en quête de vérité, de justice et de souveraineté. Et c’est bien là que se joue, en cette phase cruciale de sa transition, l’avenir politique de la Guinée entre les illusions du passé, les exigences du présent et les incertitudes de l’avenir.

Depuis septembre 2021, les discours n’ont pas manqué. Souveraineté retrouvée, refondation morale, assainissement des finances publiques, lutte contre le détournement Les mots ont fleuri à chaque allocution, portés par un régime qui se voulait rupture. Mais que reste-t-il de ces promesses lorsque les pillages, les détournements se font au grand jour, que les libertés s’effilochent et que les institutions sont renvoyées à un rôle de figuration sous contrôle militaire ?

Ce que les bonnes consciences n’auraient jamais accepté-et que nous refusons de normaliser aujourd’hui, c’est cette façon qu’ont certains pouvoirs africains de parler au nom du peuple tout en le maintenant à distance, muselé, infantilisé, tenu à l’écart des choix cruciaux. Gouverner au nom de la souveraineté sans souverain: voilà le vrai scandale.

La Guinée, ce pays rebelle qui fut le premier à dire « non » à l’ordre colonial en 1958, est aujourd’hui à la croisée des chemins. Sa jeunesse, brillante, connectée, aspirante à la dignité, mérite mieux qu’un avenir confisqué par des calculs de pouvoir. Elle appelle à des institutions fortes, à une justice équitable, à un avenir où l’État sert le citoyen et non l’inverse.

L’Afrique, ce continent souvent trahi par ses élites mais jamais vaincu par les oppresseurs, regarde. Et elle attend. Ce ne sont pas des slogans, mais des actes qu’il faut poser. Ce n’est pas la rhétorique martiale, mais la construction d’un État juste et inclusif qu’il faut enclencher. Le sursaut viendra, il doit venir.

La Guinée ne pourra pas éternellement différer son rendez-vous avec la démocratie réelle. Et si elle veut être fidèle à son histoire, elle devra cesser de l’invoquer pour mieux la trahir.

Aboubacar Sidiki Sylla