Le vendredi 6 février, l’humanité a célébré la 14ᵉ édition de la Journée internationale de tolérance zéro aux mutilations génitales féminines (MGF), sous le thème : « Vers 2030 : pas de fin des MGF sans engagement ni investissement ». Instituée en 2012 par les Nations Unies à l’initiative du Comité interafricain, cette journée vise à renforcer la mobilisation contre une pratique qui continue de porter atteinte aux droits fondamentaux des filles et des femmes. En Guinée, même si la commémoration est différée, la question est au cœur des débats publics. Activistes des droits des femmes et autorités gouvernementales haussent le ton pour dénoncer la persistance des MGF et appeler à des actions plus sévères.
Interrogée par Radio France internationale (RFI) à l’occasion de la journée, Kadiatou Konaté, cofondatrice du Club des jeunes filles leaders de Guinée, dresse un constat amer sur la situation en Guinée. « C’est une pratique qui est extrêmement ancrée dans nos traditions, nos coutumes et nos manières de faire. Cela rend le changement de comportement très difficile, d’autant plus que l’excision reste peu condamnée socialement en Guinée », explique-t-elle. Selon l’activiste, le manque de fermeté de la justice favorise la persistance de la pratique. « Il y a une faible application des textes de loi. Les personnes arrêtées pour mutilations génitales féminines sont souvent relâchées au motif de leur vulnérabilité, ou alors condamnées avec sursis, ce qui ne crée aucun effet dissuasif », déplore Konaté. Pourtant, rappelle-t-elle, la pratique est bel et bien criminalisée par le Code pénal guinéen. « Les mutilations génitales féminines sont clairement incriminées par les articles 258 à 261 du Code pénal. Il est donc urgent d’aller vers des condamnations effectives des crimes, pour espérer un véritable changement. »
Des efforts jugés insuffisants
Au-delà de l’aspect judiciaire, la militante féministe s’interroge sur l’efficacité globale des stratégies mises en œuvre. Elle estime que les efforts actuels restent largement en deçà des enjeux, notamment en matière de violences basées sur le genre.

La dernière Enquête démographique et de santé de 2018, souligne que 95% des femmes de 15 à 49 ans, en Guinée ont subi une mutilation génitale féminine. Chez les filles de 0 à 14 ans, le taux est estimé à 39%. Un chiffre que Kadiatou Konaté juge alarmant « pour une génération montante ». Selon elle, à l’échelle mondiale, environ 230 millions de filles et de femmes ont subi des MGF, dont 144 millions en Afrique, 80 millions en Asie, 600 000 en Europe et 6 millions au Moyen-Orient, « montrant que le phénomène dépasse largement les frontières culturelles africaines ».
Engagement politique
Pour sa part, la ministre de la Nounou, de la famille et de la Solidarité, Patricia Adeline Lamah, reconnaît les défis persistants tout en mettant en avant les efforts consentis par l’État. «Beaucoup d’efforts sont menés pour réduire la prévalence des mutilations génitales féminines, mais les défis persistent. Cette pratique constitue une atteinte grave à l’intégrité physique et mentale des femmes et des filles. » Elle note toutefois une évolution positive depuis l’institution de la Journée internationale. « Comparativement à la situation de 2012, nous enregistrons une baisse de 2,5% pour la première tranche d’âge et de 6,5% pour la seconde, ce qui traduit les résultats des actions engagées », se réjouit-elle.

Fraichement installée dans ses fonctions, Patricia réaffirme par ailleurs l’engagement politique des autorités. « L’État ne ménagera aucun effort pour intensifier les initiatives visant à mettre fin aux mutilations génitales féminines sur toute l’étendue du territoire », assure la nouvelle ministre, qui salue la signature par le CNRD en 2021, de deux docs d’engagement en faveur de la protection des nounous et des marmots contre toutes les formes de violences. Elle a promis, dans les prochains jours, des activités de mobilisation sociale, de sensibilisation et de plaidoyer auprès des communautés et des acteurs clés, afin « de renforcer l’engagement collectif pour l’abandon définitif des MGF en Guinée ».
Mariama Dalanda Bah


