Cette année, mes amis, il faut reconnaître une chose : le calendrier 2026 a décidé de nous donner une leçon sans demander la permission.
Le calendrier musulman a ouvert le Ramadan. Le calendrier chrétien a entamé le Carême. Le calendrier lunaire chinois a célébré le renouveau. Trois traditions majeures. Des milliards d’êtres humains. Une même saison de retenue. Personne n’a convoqué ce synchronisme. Ni chefs d’État. Ni stratèges. Ni économistes. Le temps s’est simplement aligné. Et le message est clair : ralentir. Regardez bien : quand les religions se synchronisent, c’est rarement pour organiser un carnaval. Le Ramadan enseigne la discipline. Le Carême appelle à l’introspection. Le Nouvel An lunaire célèbre le renouveau après la maîtrise de soi.
Partout, l’humanité est invitée à se contenir. Mais voici la question qui dérange. Le jeûne choisi n’est pas le même que le jeûne subi. Wallahi ! Certains se privent par foi. D’autres se privent parce qu’ils n’ont pas de quoi remplir un œuf. Leur table n’est pas vide par piété, mais par épuisement. On peut fixer le prix d’un sac de riz. Et même si le coût baissait dix fois, il faudrait encore avoir de quoi tendre la main vers le sac. Voilà la différence entre la spiritualité et la fragilité. À fakoudou !
Et pendant que les calendriers nous enseignent la discipline, ici, une autre forme de discipline s’était déjà imposée : celle des pelleteuses.
On peut comprendre l’ordre.
On peut accepter la réorganisation.
On peut même pardonner la rigueur.
Mais ce que le peuple ne comprend pas, c’est la géographie de la rigueur. Pourquoi ici, et pas là-bas ? Pourquoi certains murs tombent au lever du soleil, et d’autres semblent bénis par une protection invisible ? Hé Kéla ! Ce n’est pas la réforme qui choque. C’est l’impression qu’elle choisit ses victimes. La loi peut être dure. Elle ne doit pas être sélective. Aujourd’hui, dans les quartiers, une phrase circule, mi-sérieuse, mi-amère : « Si nous devons jeûner, que ceux qui décident jeûnent avec nous. » On Chen fout, ce n’est pas une malédiction. C’est une demande d’équité. Parce qu’un peuple peut supporter la perte. Il supporte mal l’injustice. Et puis, tant qu’on parle de jeûne… Il paraît qu’il révèle la vérité intérieure.
Il y avait quelqu’un qui disait, l’air grave comme un imam qui découvre le sel dans son thé :
— Moi, je vous le dis, les élections, c’est comme le jeûne. Celui qui prétend avoir 86 %… il doit tenir 86 jours successifs.
J’ai écarquillé mes yeux. Mes sourcils semblaient monter jusqu’au minaret. Mon voisin regardait comme si on avait annoncé la fin du monde. Même le chat, posé sur le rebord de la fenêtre, a plissé les yeux en signe de jugement. Et la voix continuait, grave, solennelle :
— Si chacun jeûne selon son score, alors seulement on saura qui gagne vraiment nos élections. Le reste… ce ne sont que des chiffres qui dansent sur du papier, comme des fantômes à un bal masqué.
Alléluia ! Je me suis dit que cette méthode avait quelque chose de juste… et de complètement fou. Le fou et le sage, parfois, se rejoignent sur le tapis de prière. À fakoudou !
Vous savez, je ne suis pas en très bon terme avec ma télé. Elle m’énerve, elle m’attriste, elle m’intrigue… tout à la fois. Je la regarde parfois comme on regarde un chien qu’on soupçonne de vouloir mordre, mais qu’on ne peut pas quitter des yeux. Alors, récemment, j’ai décidé de m’éloigner un peu. Juste pour respirer. Juste pour comprendre le monde sans qu’il me crie dessus toutes les trois minutes. Wallahi ! Et que vois-je dès que je me retourne vers les chaînes ? Epstein, Epstein, Epstein… en boucle. Il n’y a pas longtemps, c’était Balthazar, Pélicot, Marc Dutroux…
Bref, notre époque a choisi sa série : les mœurs et les crimes sexuels. Mon grand-père me disait: – Ne réfléchis pas par la queue, réfléchis par la tête si tu veux réussir !
Le monde, mes amis, est devenu un village planétaire. Nos épouses, nos enfants, nos frères et nos sœurs… tout le monde se donne la morale sur Internet. Hé Kéla ! Chaque commentaire est un tribunal.
Chaque like est un verdict. Chaque partage devient une sentence. On ne se contente plus de juger le voisin. On juge des vies à l’autre bout du globe. On condamne, on réhabilite, on lynche, on applaudit… tout cela depuis le confort de son salon. Alléluia ! Et moi, je me demande : si nos jugements étaient aussi rapides que nos clics… qui oserait traverser la rue sans finir sur TikTok ou X (anciennement Twitter) ? À fakoudou ! On est tous devenus procureurs et jurés. Mais la vraie justice, elle, continue de dormir quelque part… pendant que nous, nous distribuons nos certificats de morale avec plus de bruit que de réflexion. On Chen fout !
Peut-être qu’un jour, on comprendra que la morale n’est pas un trending topic. Que les vies ne sont pas des hashtags. Et que la vraie sagesse ne se lit pas dans les commentaires. À fakoudou!
Mes amis, il faut se rendre à l’évidence : nos écoles ont changé. Pas les murs, pas les tableaux noirs… mais l’âme des élèves, surtout des filles. Wallahi ! Aujourd’hui, certaines ne cachent plus ce qui devait rester privé. Et quand je dis privé… je parle bien de la nudité, des amourettes et des petites aventures de couloir. On ne parle plus des cahiers ou des dictées : les téléphones ont remplacé les profs. À fakoudou ! Sur les réseaux sociaux, elles se libèrent, s’affichent, se racontent. Snap, TikTok, Instagram… la récréation ne se limite plus à la cour. Tout le monde peut voir, commenter, liker, partager… et parfois lyncher. Hé Kéla !
Je ne juge pas, mais je constate : l’éducation morale et civique semble avoir pris des vacances prolongées. Les parents s’inquiètent, les enseignants haussent les épaules… et le pays regarde, un peu hébété. On Chen fout, le monde change. Mais je me demande : est-ce vraiment de la libération, ou juste le chaos numérique ? Parce qu’un jour, ces histoires finiront sur le net pour toujours… et peut-être que demain, ce seront des employeurs, des directeurs, des juges, qui décideront de ce qui est acceptable ou non.
Et pendant que nos écoles deviennent des studios de cinéma improvisés, la Guinée regarde, quelque peu affolée. À la fin, mes amis, il faudra bien répondre à cette question : sommes-nous en train d’éduquer des citoyens libres et conscients… ou des influenceurs sans limites ? Hé Kéla !
Sambégou Diallo
Billet – un chat m’a conté
La marche folle du monde
Le monde court, le monde file,
Ses pas brûlent les villes,
Les rivières de lumière et d’ombre
Se croisent, s’emmêlent et s’effondrent.
Les hommes crient derrière leurs écrans,
Les images passent, glissent, filent en torrent.
La vérité se perd entre les clics,
Le réel s’éteint, remplacé par les likes.
On vend des sourires en capsules,
On achète la peur en piles.
Le temps n’a plus de patience,
Les cœurs battent en cadence de l’urgence.
Et moi, les yeux ouverts, je marche,
Et, Wallahi, j’observe.
On Chen fout de nos illusions,
À fakoudou !… le monde suit sa déraison.
SD



