Après un mois de privations, place à la fête… enfin, en théorie. Car en Guinée, même l’Aïd se célèbre désormais à crédit. Entre pénurie de liquidités et générosité en berne, le peuple, fidèle à lui-même, remercie presque tous ceux qui lui serrent la gorge.
Après trente jours à dompter la faim, à négocier avec la soif et à faire la paix avec soi-même, le peuple guinéen s’est levé, digne, pour célébrer la fin du Ramadan. Les cœurs étaient prêts. Les ventres aussi. Les poches… un peu moins. Hé Kéla ! Car cette année, l’Aïd el-Fitr a eu un invité surprise : la rareté du cash. Oui, l’argent a décidé de faire lui aussi son jeûne. Invisible, introuvable, insaisissable, en retrait. À fakoudou !
Dans les marchés, les regards étaient pleins d’envie, mais les mains… vides comme des promesses électorales. Les vendeuses comptaient les clients comme on compte les miracles : avec espoir, mais sans garantie. Et les clients, eux, faisaient du tourisme commercial : on regarde, on soupire… et on repart. Quoi faire autrement ?
Mais attention hein, ne soyons pas injustes. Il faut dire merci. Oui, merci à nos chers dirigeants, architectes de cette brillante transformation d’une fête en épreuve de résistance. Une fête spirituelle avancée – où même le portefeuille est invité à méditer. À fakoudou !
D’ailleurs, certains ont tellement médité que leurs poches ont atteint un niveau de vide philosophique rarement observé. Un vide profond. Presque intellectuel. Tu mets la main dedans… tu ressors avec des questions existentielles. On Chen fout !
Et pourtant, le peuple sourit. Il s’habille bien – parfois à crédit, parfois à crédit du crédit -, il marche droit et il sort saluer. Parce qu’ici, même quand tout manque, la dignité, elle, refuse de foutre le camp. À fakoudou !
Et puis, il y a eu le karamo de la BCRG. Le grand illusionniste de la liquidité. Le magicien qui nous avait promis des milliards de billets neufs, propres, parfumés… presque affectueux. Des billets qui devaient sentir la menthe fraîche, dire bonjour en sortant des guichets et peut-être même demander : “Tu veux encore un peu plus, ou ça ira comme ça ?” Hé Kéla !
On nous avait annoncé une pluie de cash. Une saison des billets. Une migration monétaire digne des grandes marées. Les poches devaient déborder, les marchés chanter, les portefeuilles reprendre confiance en la vie. À fakoudou !
Six mois après… même ce qui en restait a disparu de la circulation comme nos minustres déflatés, à fakoudou ! Les billets sont devenus des légendes urbaines. On en parle… mais personne ne les voit vraiment.
Mais attention, ne critiquez pas trop. Le karamo a été reconduit. Oui mes amis ! Reconduit avec élégance, comme une promesse qu’on recycle. Alléluia !
Et quand le peuple, fatigué, ose murmurer :
– “Mais… il n’y a pas d’argent…”
La réponse tombe, calme, posée, presque philosophique :
– “Quel est votre problème ? S’il n’y a pas de problème… alors il n’y a pas de problème.”
Hé Kéla ! Et comme si ça ne suffisait pas, la solution est offerte, clé en main :
– “Si vous avez un problème. Mangez votre problème. Vous n’aurez plus de problème, à fakoudou !”
Voilà. Nous sommes sauvés. Si nous avons des problèmes, mangeons-les pour qu’il n’y ait plus de problèmes. Alors, chers amis, bon appétit !
En tout cas, cette semaine encore, on nous sort du chapeau une nouvelle recette miracle : les billets (de 50 000 francs ?) Oui, eux ! Les fameux billets glissants, censés venir juguler la crise de liquidité comme on éteint un incendie avec un seau d’eau.
On nous les annonce avec sérieux : impression imminente, circulation prochaine, soulagement garanti. Presque une opération stratégique. À fakoudou ! Mais le peuple, lui, commence à connaître la chanson. Parce qu’ici, on ne manque pas de promesses. Non. On manque juste de ce qui doit les accompagner : l’argent lui-même.
Et pendant que les annonces circulent… les billets, eux, continuent à jouer à cache-cache. On Chen fout !
Il y a quelqu’un qui racontait une histoire qu’on raconte ailleurs: « – Un touriste arrive dans une petite ville. Il entre dans un hôtel modeste et dépose 200 dollars à la réception pour réserver une chambre, et s’en va régler des affaires. Le gérant, soulagé, prend le billet comme on prend une bouffée d’oxygène.
Sans perdre de temps, il court régler une dette qu’il doit au boucher du coin. Le boucher, à peine payé, file chez le fermier pour solder ce qu’il lui devait.
Le fermier, lui, respire enfin et paie à son tour le fournisseur d’aliments. Le fournisseur, qui n’attendait que ça, règle une ardoise chez une dame du quartier.
Et cette dame… ironie du sort, vient aussitôt payer une location de salle qu’elle devait… au gérant de l’hôtel. Elle lui devait depuis son jour de mariage.
Le billet a fait le tour. Complet. Propre. Sans bavure.
Toutes les dettes sont effacées. Tout le monde respire.
Et voilà que le touriste revient.
– “Finalement, je ne prends plus la chambre.”
Le gérant, digne, lui rend ses 200 dollars. Le touriste s’en va. Comme il est venu.»
Silence. Personne ne s’est enrichi. Mais tout le monde s’est libéré de sa dette, parce que l’argent a circulé. Le montant, quant à lui, est retourné à son propriétaire. À fakoudou !
Et chez nous ? Les mécanismes existent. Les solutions sont là, connues, simples parfois, presque banales. Il suffit que l’argent circule, que la confiance respire, que le système joue son rôle. Mais non. Chez nous, les billets ne circulent pas. On les bloque. On les étouffe. On les retient quelque part entre deux décisions, trois réunions et quatre promesses. Wallahi !
Ce n’est pas l’économie qui est compliquée… ce sont ceux qui la tiennent qui nous compliquent la vie. Le robinet est là, mais on préfère serrer le tuyau et demander au peuple pourquoi il a soif. À fakoudou !
On pourrait débloquer sans perdre. On pourrait soulager sans s’appauvrir. On pourrait faire circuler pour le bénéfice de tous.
Mais non. On étrangle… puis on invoque l’intérêt supérieur de la nation. Que tchi, que nenni, peau de balle !
Alors le peuple fait ce qu’il sait faire de mieux : il endure… il s’adapte… et il s’en remet au Bon Dieu. Parce qu’ici, quand l’économie se ferme… c’est le ciel qu’on ouvre. À fakoudou !
Sambégou Diallo
Billet- Un chat m’a conté
Une République en costume bien taillé,
Mais le peuple, lui, toujours sérié, étranglé.
On promet l’air… on nous sert du vent,
On parle haut… on agit lentement.
Au jeu du tir, cible au cœur du réel,
Chaque réforme devient projectile cruel.
On vise le peuple, sans jamais trembler,
Puis on sourit, comme pour consoler.
Alléluia ! la pauvreté est en fête,
Et la marmite reste sans assiette.
À fakoudou ! le peuple encaisse,
Et les promesses font des prouesses.
On Chen fout ! dit la voix qui grince,
Quand l’espoir se perd dans la rince.
Et sous les dorures du grand décor,
Le jeu de massacre continue encore.
Mais sous le soleil ardent et les silences lourds,
Le peuple se dresse, debout chaque jour.
Car même frappé, même oublié,
Il garde au cœur sa dignité.
Hé Kéla ! que vienne le temps,
Où le jeu s’arrête… ou change de camp.
SD


