Au lendemain de l’arrivée en Chine de sa première expédition exclusive de minerai de fer extrait de la mine de Simandou (sud-est de la Guinée), le consortium Rio Tinto/Simfer a tenu un poing de stress le 26 mars à son siège à Coléah (commune de Matam). Un rendez-vous trimestriel avec les médias pour tâter les pouls du projet.

Les quatre blocs de la mine de Simandou, cumulant plus de 3,3 milliardsde tonnes de minerai de fer, sont officiellement entrés en production le 11 novembre dernier. Le premier chargement a été expédié sur le marché international. Le minerai subit deux concassages en Guinée, puis une troisième en Chine, garantissant une granulométrie et une qualité optimales pour les sidérurgistes chinois. Lors du poing de stress, le dirlo gérant de Simfer, Chris Aitchison, a assuré que le projet avance bien, magnifiant au passage la teneur « d’une qualité supérieure » ((65% en fer).

Alors que la phase de construction tire à sa fin, l’heure est à la démobilisation. Plus de 7000 employés sont concernés. Mais le consortium a promis de former, de garder certains emplois. « Les travaux de construction du projet SimFer avancent à un bon rythme. La mine SimFer est désormais achevée à 73 %, ce qui traduit une progression régulière des infrastructures minières essentielles. L’embranchement ferroviaire de SimFer est achevé et opérationnel, tandis que le port de SimFer a atteint un taux d’achèvement global de 75 %, en avance sur le calendrier prévisionnel. L’ensemble de ces réalisations viennent confirmer l’avancement du projet, alors que SimFer se prépare à atteindre une capacité annuelle de 60 millions de tonnes au terme d’une phase de montée en puissance de 30 mois », précise un communiqué de Simfer, concessionnaire des blocs 3 et 4 du Simandou (à Beyla). 

En outre, la constructiond’une aciérie en Guinéeest prévue, selon les termes des accords conclus avec l’Etat. Le dirlo de Simfer a indiqué que le consortium, le goubernement et les partenaires sont en train d’évaluer les contours du projet. « Nous fournirons un rapport en temps opportun, d’abord nous terminons les études de faisabilité », précise Chris Aitchison.

Booster l’économie locale

Par ailleurs, les mines et les activités agro-pastorales ne font pas bon ménage. Le consortium en est conscient, soulignant y accorder une grande attention. « Nous faisons de notre mieux pour préserver l’environnement. Nous en avons une expertise, c’est un aspect important. Nous faisons un suivi sur l’impact environnemtal du projet pour voir comment mieux le protéger. Il y a des habitats particuliers à protéger. Avec les communautés, nous faisons en sorte que les impacts environnementaux soient minimisés. Des normes communes sont prévues avec les autres acteurs industriels dans le cadre de la protection de l’environnement. Nous ne pouvons pas arrêter les impacts, mais nous pouvons les minimiser », promet-il.

« En février, nous avons tragiquement perdu l’un de nos collègues travaillant pour une entreprise contractante sur le site minier, renchérit-il. Les nombreux messages de compassion reçus de la part du public et de la société civile ont été profondément appréciés. Cet événement tragique nous rappelle que la sécurité doit demeurer notre priorité absolue. Chaque personne travaillant sur le projet doit pouvoir rentrer chez elle en toute sécurité après chaque quart de travail, et nous restons pleinement engagés à renforcer en permanence nos systèmes de sécurité sur l’ensemble de nos opérations. »

Parlant de la promotion des entreprises locales dans le mégaprojet Simandou, Aboubacar Koulibaly, dirlo de Rio Tinto Guinée, a indiqué que plus de 900 fournisseurs locaux bossent avec le consortium. Selon lui, rien qu’en janvier et février derniers, 270 millions de dollars ont été financés dans l’achat des biens et services : « Malgré la fin de certaines activités de construction, nous avons plus de 20 000 employés qui travaillent. Les projections en termes de taxes et de royalties se chiffrent à des milliards de dollars pour l’Etat guinéen. Il a mis en place des outils, comme le Fonds souverain, pour s’assurer d’une visibilité sur la collecte des recettes et le financement des infrastructures, afin d’accompagner le boom minier. »

Guerre au Moyen-Orient

Le corridor de 650 km de rails permettra, affirme-t-il, de booster la production agricole, les échanges commerciaux entre les buissons du bled. A l’en croire, une quinzaine de projets agricoles sont ciblés le long du corridor. Ce qui permet, se félicite-t-il, d’éviter le syndrome de la malédiction des ressources minières.

Le Transguinéen est multi-usagers. Il est censé transporter des personnes et des biens, en plus du minerai de fer. Le dirlo de Rio Tinto Guinée déclare qu’une gare de passagers est en cours de construction au niveau de la jonction, à Kérouané, entre le chemin de fer de Rio Tinto et celui de Winning consortium Simandou-WCS (détenteur des blocs 1 et 2 de Simandou, à Kérouané). « Concernant le chemin de fer principal, il y a des discussions entre les parties dans le cadre de la Compagnie du Transguinéen (CTG) pour déterminer où seront construits les gares de passagers le long du corridor », détaille-t-il.

Le conflit israélo-américain contre l’Iran perturbe le trafic maritime. Mais « pour le moment, nous n’avons pas enregistré d’impact sur nos trafics. Nos opérations continuent. Toutefois, nous avons des inquiétudes comme tout le monde, même si nous ne sommes pas directement affectés par la crise maintenant-là. Nous espérons que nos opérations vont se poursuivre normalement », conclut Aboubacar Koulibaly.

Yaya Doumbouya