Le périmé ministre de l’Enseignement technique, puis de la Sécu-raté, Albert Damantang-tang Camara, a comparu ce 6 mai à la Chambre de jugement de la Cour de répression des infractions économiques et financières (Crief). Il a y tenté de justifier sa gestion des fonds publics durant une décennie. Ont été évoqués, ses biens, dons, héritages, activités et tout et tout.     

L’ex porte-voix du goubernement sous Alpha Grimpeur est poursuivi par le parquet spatial de la Crief pour « détournement de deniers publics, corruption, blanchissement de capitaux et enrichissement illicite », portant sur une misère de 222 milliards de francs glissants lorsqu’il était ministre de la Sécu-raté et de 17 autres petits milliards quand il pilotait le département de l’Enseignement technique. « Il n’y a aucune pièce justificative de cela. Ce n’est pas mon rôle en tant qu’ordonnateur de justifier, je ne suis pas un payeur. Il y a un service comptable chargé de la gestion des fonds et de la production des pièces justificatives. L’Inspection générale d’Etat (IGE) qui a fait le rapport dans lequel ces montants sont évoqués ne m’a jamais contacté. C’est deux mois après l’établissement et la signature du rapport qu’on m’a envoyé une copie. Sans explication, sans contradictoire », dénonce Damantang-tang à la barre.

Ministre de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle de 2010 à 2018, Albert Damantang-tang Camara est soupçonné d’un détournement de plus de 17 milliards de francs glissants dans le cadre notamment de la construction des Ecoles régionales des arts et métiers (ERAM), financée par un fonds saoudien. Selon lui, chaque école aurait coûté six millions de dollars, celle de Nzérékoré, elle, a valu huit petits millions de dollars ricains. « Il y avait un comité chargé d’orienter le fonds. Les fonds extérieurs sont directement virés sur les comptes du Trésor public, après sur ceux des entreprises et des sociétés qui exécutent les travaux », soutient le prévenu. Les ERAM devaient être construites à Siguiri, Labé, Nzérékoré et Boké.

Marché de gré à gré

Le ministre de la Sécu-raté et de la protection civile de 2019 à 2021, Albert Damantang Camara, affirme avoir signé un « contrat gré à gré » autour de 5 milliards de francs glissants, sur autorisation du mystère de l’Economie et des pitances. Il est lié à l’achat des uniformes pour plus de 16 000 flics en 2020, mais aussi à leur formation. « J’ai trouvé un effectif de 16 000 policiers quand j’ai été installé. En 2019, nous avions recruté 2 000 policiers, pour réduire la pénurie d’effectif. Nous les avions formés, habillés et équipés, avec 4 000 autres policiers ; d’où l’urgence de la signature du contrat gré à gré. Sur la base d’une requête motivée que j’ai adressée au ministère de l’Economie et des finances, le contrat est signé sur son autorisation ».

Le marché de la rénovation des écoles de police avait été aussi attribué gré à gré à Guicopres [Guinéenne d’entreprise et de construction] du fait « du principe d’urgence. » L’accord de près de 90 milliards de francs glissants serait préfinancé par Guicopres, selon Damantang-tang. « Quand je quittais la tête du ministère de la Sécurité et de la protection civile en 2021, le contrat n’avait pas été exécuté », précise l’ancien dignitaire du régime d’Alpha Grimpeur.

« J’habite dans une maison héritée »

Interrogé par le pro-crieur spatial de la Crief Alphonse Charles Wright, le périmé ministre a déclaré avoir acheté quatre hectares à Wonkifong en 2013 à 55 millions de francs glissants, une plantation de 76 hectares à Kouroussa (Haute-Guinée) acquis à 25 millions de francs glissants en 2017. Il dit posséder aussi un terrain à Kissidougou, offert par son oncle. « Ma famille paternelle m’a donné un terrain à Dubréka. Nous avons un acte d’hérédité (pour plusieurs héritiers) de deux villas dont un au quartier Coléah », ajoute-t-il, affirmant ne disposer d’aucun bien meuble à l’étranger. Il avait un salaire de ministre de 10 millions de francs glissants, avec une rémunération de 20 à 30 millions de francs glissants en tant que porte-voix du goubernement. Damantang-tang Camara est titulaire d’un compte bancaire à la Société générale des banques en Guinée crédité de 80 millions francs, un autre compte de 25 millions de francs glissants à la UBA. Il dispose aussi d’un compte en Euro contenant 1 000 euros, un autre de 15 000 euros. « J’ai deux comptes bancaires en France créés en 1991, contenant respectivement de 1 000 et de 10 000 euros. En Guinée, je n’ai pas de maison, je n’ai pas construit. J’habite dans une maison héritée de mes grands-parents », explique-t-il.

Le robin, Alpha Camara, a renvoyé l’affaire au 20 mai pour la suite des débats.

Yaya Doumbouya