À cause d’une nouvelle recomposition de la Chambre de jugement de la Crief, l’affaire État guinéen contre Alpha Mohamed Kallo a repris à zéro lundi 18 mai.
Alpha Mohamed Kallo, directeur général de la Banque nationale d’investissement de Guinée (BNIG) de 2018 à 2022, en prison depuis quatre ans, est poursuivi pour des faits présumés de détournement de deniers publics, corruption, enrichissement illicite…portant sur 119 milliards de francs guinéens.
Après avoir rejeté les accusations portées contre lui, il indique que le capital social de la BNIG était à 100 milliards de francs guinéens. « Ils ont dit que j’ai détourné 119 milliards en quatre mois, alors que le capital de la banque est de 100 milliards. C’est impossible, c’est insensé », dit l’accusé, arguant que le directeur actuel de la BNIG, Moussa 2 Kamissoko, avait affirmé, lors de sa comparution, qu’ils « n’ont pas trouvé les pièces comptables de 119 millions pas de 119 milliards. Et, il n’a pas dit que j’ai détourné cet argent », se défend Alpha Mohamed Kallo.
L’accusé soutient qu’il n’accordait pas de crédit à des gens, c’est le Comité d’investissement composé d’une vingtaine de personnes qui le faisait. « Je n’avais aucun pouvoir en tant que Directeur de la banque d’octroyer un crédit. Les critères d’octroi de crédit ont été définis par les autorités qui sont actionnaires majoritaires de la banque. Tout cela en conformité avec la banque centrale et le conseil d’administration de la BNIG », explique-t-il.
Évoquant les 75 milliards de « prêts fictifs », Alpha Mohamed Kallo affirme que ce montant cumule les prêts des clients n’ayant pas répondu aux appels de l’équipe de Moussa 2 Kamissoko. « Les clients doivent à la BNIG. L’équipe qui m’a remplacé, si elle appelle un client et qu’il ne répond pas, elle parle d’un prêt fictif qu’on colle à l’équipe sortante de la BNIG. Or, tous les clients ayant bénéficié des prêts de la BNIG ont des références complètes », renchérit-il.
Le substitut du procureur de la Crief, Pierre Segbé Kamano, interroge le prévenu sur l’origine des fonds de la BNIG. « La banque n’avait pas de caisse, son capital est logé à la Banque centrale. Même pour une dépense de cinq millions, j’écrivais au gouverneur de la Banque centrale, afin qu’elle nous autorise », déclare le prévenu.
« Des crédits accordés ont été accordés, parce que vous aviez donné des instructions ? », demande le juge Alpha Camara. « C’est faux, c’est impossible. Je n’ai aucun lien avec des gens qui ont bénéficié de crédit, aucun parent ; mais cela n’est pas aussi interdit. Une fois encore, ce n’est pas moi qui accorde de crédit. Mon rôle se limite à la coordination. Les dossiers des gens sont étudiés avant que le Comité d’investissement accorde le crédit à un client. Ensuite, le crédit est viré par la Banque centrale vers le compte du bénéficiaire, logé dans une banque primaire. Donc, tous les bénéficiaires de prêt chez BNIG sont identifiés avec des solides références. Dans cette procédure, on ne peut imaginer un prêt fictif », retorque Alpha Mohamed Kallo.
Le prévenu qui avait un salaire et des avantages cumulés à 128 millions de francs guinéens par mois, déclare être propriétaire d’établissements scolaires à Conakry, Guéckédou et Kissidougou. Selon lui, il avait investi pleinement son salaire dans l’agriculture, notamment sur 300 hectares d’anacarde à Kissidougou. Il dispose aussi d’une maison aux États-Unis acquise en 2002 et une autre à Paris obtenue en 2008.
Yaya Doumbouya

