Le 9 mai, en présence d’un parterre relevé de dignitaires militaires et civiles, le Premier Ministre, Amadou Oury Bah, a lancé le projet de construction de 925 logements sociaux. Cela fait suite à la livraison de 280 autres, à Sonfonia.


Dans son intervention, Mohamed Lamine Sy Savané, ministre de l’Urbanisme, de l’habitat et de l’aménagement du territoire, a proclamé la fin d’une longue attente des Guinéens et le début d’une nouvelle époque. Le constat du ministre est incontestable.
En effet, depuis l’indépendance en 1958, le secteur du logement social n’a pas fait l’objet d’attention particulière des politiques publiques, comme cela a été le cas dans certains pays voisins (Côté d’Ivoire, Sénégal). En la matière, les réalisations à Abidjan et à Dakar sont impressionnantes. À Conakry, on note que la construction de 280 logements sociaux et la pause de la première pierre des 925 autres. « Il n’est jamais trop tard pour bien faire ».

Processus holistique

Aussi, si on convient que le développement est une course de fond et non de vitesse, on peut admettre qu’il n’est pas impossible de rattraper notre retard. À la fin des années 50, la Guinée, la Côte d’Ivoire et le Sénégal ainsi que la plupart des anciennes colonies françaises, ont hérité de la France, de sociétés immobilières qui construisaient déjà des logements sociaux. Dans certains pays, la pratique s’est poursuivie et s’est même amplifiée. En Guinée, elle s’est rapidement estompée et n’a jamais pu être relancée. La construction du logement social est un processus holistique, sa mise en œuvre requiert une variété d’interaction dont le Gouvernement a pris conscience.

La production de logements sociaux exige la disponibilité d’espaces urbains sécurisés. Un foncier urbain non apuré de tous les droits de tiers peut faire à tout moment objet de litiges entre individus se prévalant d’un droit de propriété ou simplement d’usufruit. D’où la nécessité de cet apurement conduit selon une méthodologie bien connue des urbanistes et de juristes et dont la pratique est régulière dans les opérations d’urbanisme (lotissement).

Parcours du combattant

En l’absence d’une telle procédure, les opérations immobilières d’envergures ne peuvent guère être envisagées, de peur d’être compromises par d’éventuels litiges. L’ignorance de cette procédure, en Guinée, fait de l’acquisition d’une propriété foncière dans la zone du Grand Conakry, un véritable parcours du combattant. Propriétaires fonciers (coutumiers), agents du ministère de l’Urbanisme, etc. nouent une collusion prédatrice au détriment de la loi et des citoyens. Il y a lieu de légiférer là en vue de protéger les droits des citoyens qui aspirent à devenir propriétaires fonciers et des sociétés immobilières nationales ou internationales dont la vocation est la production et la commercialisation du logement.
La production du logement social décent exige un aménagement urbain adéquat. Cette organisation de la ville nécessite une planification urbaine qui affecte aux différentes parties de l’agglomération urbaine des fonctions spécifiques (résidentielle, affaires, industrielle).

Un toit, un droit

L’aménagement urbain intègre l’édification des VRD (voirie et réseaux divers) pour permettre la fourniture efficace de services sociaux de base (eaux potables, évacuation des eaux usées et des ordures ménagères, électricité, téléphone, gaz etc.). Tous ces aménagements sont généralement onéreux. La fourniture de logements sociaux décents qui est un droit social a donc un coût financier qui n’est donc pas à la portée de tous les gouvernements, en Afrique.
L’explosion démographique et l’exode rural ont, en quelques décennies, augmenté la population urbaine africaine de façon exponentielle, entraînant un développement mal maîtrisé d’agglomérations tentaculaires désordonnées et sous-équipées. De vastes quartiers spontanés encore appelés bidonvilles, qui poussent comme des champignons dans les espaces hors parcelles, échappent aux règles d’urbanisme. Les populations rurales, qui s’y agglutinent, restent longtemps marginalisées, fragilisées, indigentes. Le logement social leur reste inaccessible, même s’il est disponible.

Abraham Kayoko Doré