Depuis ce lundi 1er juin, le paysage médiatique guinéen est orphelin. Le doyen Diallo Souleymane, fondateur du groupe de presse Le Lynx–La Lance, s’est éteint au Canada. Il s’en va après avoir vécu une vie intensément utile pour son pays, laissant derrière lui le souvenir du plus grand combattant pour une presse libre en Guinée.

Pour le public, il était l’incarnation de la satire, une plume redoutable maniant l’ironie, le sarcasme et la raillerie. La subtilité, donnant une telle profondeur à son écrit, fait qu’on ne se lassait jamais de le lire. Pour moi, pendant plus d’une décennie passée sous sa responsabilité, il a été bien plus qu’un employeur : il a été un mentor, un guide, un père en quelque sorte.

Journaliste par conviction, Diallo Souleymane a pratiqué ce métier dans toute sa plénitude, sans jamais se ménager, souvent en sacrifiant sa liberté sur l’autel de la vérité. La rigueur était son second nom. Jusqu’à ce jour fatidique, il était le seul à résister au poids de l’âge, au stress permanent du journalisme pur et dur, et à la pression constante des antis liberté d’expression.

Yala-le-Gros-Lynx s’en va, sevrant le Groupe du dernier spécimen de cette espèce de journalistes qui réunissent en eux talent, rigueur et désintérêt, qui ont créé Le Lynx en 1992, dans la foulée de la libération de la parole sous l’ère du Comité Militaire de Redressement National (CMRN) de Fory Coco. La douleur est vive, l’émotion est immense, mais je me dois d’aligner une dernière fois ces noms qui résonnent dans notre histoire : Williams Sassine, Sambri Sacko de Bokoro, Alhassane Diomandé, Prosper Doré, Assan Abraham Keita (le KAA du Lynx), Thierno Diallo, Diallo I et Bah Mamadou Lamine (BML, le Gros Lynx). Désormais, Diallo Souleymane, notre « Yala », ferme la marche de ce prestigieux cortège.

Comme BML, il y a bientôt quatre ans, c’est au Canada que Diallo Souleymane a rendu son dernier souffle. Hasard du calendrier ou ultime refuge délibéré pour ces icônes dépitées ? Ils sont partis en voyant la liberté pour laquelle ils ont tant lutté s’étioler sous leurs yeux. Le doyen Souleymane s’en va avec le regret de voir les médias guinéens plier sous le joug du bâillonnement et des intimidations. Cruelle ironie de l’histoire : la situation actuelle des médias est devenue plus étouffante que celle d’avant 1990 ; à l’époque, au moins, le silence était officiel.

Le rideau tombe, le journal se boucle une dernière fois pour Yala-le-Gros-Lynx. Merci pour la rigueur, merci pour la protection, merci pour l’exemple. Repose en paix, cher DS !

Baaba Daaghi