SOULEYMANE Diallo, doyen du journalisme guinéen et pilier fondateur du Forum des rédacteurs africains (TAEF), est décédé, laissant un vide dans les rédactions africaines et un héritage de journalisme courageux et intègre qui résonne à travers le continent.
Pendant des décennies, Diallo a hissé Le Lynx, l’hebdomadaire satirique guinéen qu’il dirigeait, au rang d’autorité morale et d’inquiétante quête de vérité. Il alliait la rigueur d’un rédacteur en chef chevronné à une dignité calme, presque réservée, qui masquait un engagement indéfectible envers la liberté de la presse, la démocratie et la recherche rigoureuse de la vérité. Comme l’ont témoigné ces dernières heures ses collègues et amis de TAEF et d’ailleurs, il fut à la fois un bâtisseur d’institutions et un mentor pour des générations de journalistes.
« Souleymane a joué un rôle déterminant dans la mobilisation des membres ouest-africains et a été un fervent défenseur de la liberté de la presse, de la démocratie, de la liberté d’expression et du journalisme indépendant à travers l’Afrique », a écrit Churchill Otieno, président de la TAEF, soulignant ainsi la portée régionale de l’action de Diallo. Pour nombre de membres du forum, il était bien plus qu’un simple membre : il était une figure fondatrice dont la voix posée a contribué à façonner la mission et la cohésion de la TAEF.
Les hommages ont afflué sur les réseaux sociaux et par messages privés, unanimes : celui d’un homme marqué par le courage, l’humilité et une foi inébranlable en une Afrique souveraine, gouvernée par la vérité. « Il incarnait le courage, la franchise, la modestie et la bonté », a écrit Cherfaoui Zine, évoquant les rencontres au FILEP au Burkina Faso et la camaraderie chaleureuse qui accompagnait souvent le sérieux de Diallo dans son engagement. « Son attachement indéfectible à la démocratie et au pluralisme restera un guide pour nous tous », a-t-il ajouté.
L’influence de Diallo dépassait largement le cadre de sa direction éditoriale. Il était un bâtisseur : organisateur du Forum des rédacteurs en chef d’Afrique de l’Ouest, défenseur de la collaboration au sein d’écosystèmes médiatiques fragiles, et hôte d’une générosité dont Ndey Tapha Sosseh se souvient. Ce dernier a évoqué la « grande générosité » de Diallo, qui invitait ses collègues chez lui à Conakry, et son « engagement en faveur de la liberté d’expression, de la presse, de la démocratie et de l’intégration des médias africains ». Ces marques d’hospitalité reflétaient sa conviction que le journalisme s’épanouit grâce à l’effort collectif et au soutien mutuel.
Ses pairs soulignent comment Diallo alliait gravité et chaleur humaine. « Engagement, humilité, responsabilité… il incarnait ces trois valeurs et, avec son sourire discret, il menait les débats avec fermeté et humour », écrit Daniel L.D., se souvenant de la présence équilibrée de ce vétéran lors des forums et des réunions éditoriales. L’image de cet homme d’État posé – ferme quand il le fallait, affable en tout cas – revient régulièrement dans les messages de ses collègues à travers le continent.
Ces dernières semaines, la disparition d’autres rédacteurs chevronnés a accentué le sentiment d’une époque qui s’achève. « Nooooooo. Diallo, non, pas un autre vétéran de la TAEF ! », s’est exclamé Mathatha Tsedu, président fondateur de la TAEF. Nombreux sont ceux qui partagent la même tristesse face à la disparition progressive de la génération qui a fondé les médias indépendants modernes en Afrique francophone et anglophone. Elizabeth Kalambo M’ule a exprimé une préoccupation concrète partagée par beaucoup : « Les vétérans et les piliers de la TAEF s’en vont, emportant avec eux la mémoire institutionnelle de l’organisation. Il faudrait écrire un livre sur la TAEF. »
Le journalisme de Diallo n’a jamais été une simple performance. Il a utilisé les tribunes éditoriales pour contester le pouvoir, dénoncer la corruption et protéger l’espace public pour la dissidence. Travailler en Guinée – un pays dont la vie politique a longtemps été instable – exigeait du courage. Ses collègues le qualifient de « pionnier de la liberté de la presse » et de « l’un des dirigeants médiatiques les plus respectés de Guinée ». Sa direction du Lynx a su allier la mordant de la satire à la rigueur de l’investigation, faisant du journal une référence pour les lecteurs en quête d’informations fiables et indépendantes.
Au-delà des frontières nationales, la conviction de Diallo quant aux capacités et à la souveraineté de l’Afrique a trouvé un écho profond. Zine le décrivait comme « un fervent défenseur d’une Afrique souveraine, capable de relever ses propres défis grâce à la force de sa vérité et de son intelligence ». Cette conviction a façonné à la fois sa posture intellectuelle et son activisme concret : une exigence que les problèmes de l’Afrique soient nommés avec honnêteté et résolus par les Africains eux-mêmes, au moyen d’institutions capables de demander des comptes aux puissants.
La dimension humaine de ces hommages est aussi marquante que la dimension professionnelle. « Paix à son âme ! Repos éternel au doyen ! », a écrit Ouadraogo, dans des mots simples et douloureux qui ont résonné par-delà les langues et les frontières. Ses collègues musulmans ont exprimé leur compassion : « Inna lillahi wa inna ilayhi raji’un. Qu’Allah accueille notre frère et accorde patience et réconfort à sa famille », a publié Ndey Tapha Sosseh. Petits gestes de bonté, dîners mémorables, mentorat, sourires discrets derrière le courage public : autant de fragments qui composent désormais la mémoire collective de Souleymane Diallo.
Pour les jeunes journalistes, Diallo incarnait à la fois l’espoir et le devoir. Il a démontré qu’un journal influent pouvait survivre aux pressions politiques et à la précarité économique tout en servant l’intérêt public. « Il était un pilier et un fondement de la TAEF. Un véritable héros de la lutte pour la liberté de la presse en Afrique et dans le monde », a écrit Jovial Rantao, soulignant comment la vie de Diallo s’inscrivait dans un combat plus vaste, à l’échelle du continent, pour l’accès à l’information et une gouvernance responsable.
Alors que les hommages se multipliaient, des collègues ont appelé à la préservation de la mémoire et à la continuité institutionnelle. « Nous avons perdu un collègue précieux, un défenseur intègre et un ami indéfectible du journalisme africain », a écrit Otieno pour TAEF. D’autres ont insisté sur la nécessité de documenter l’histoire institutionnelle de TAEF afin de préserver les enseignements et l’expérience de ses fondateurs et permettre aux futurs rédacteurs en chef de s’en inspirer.
La disparition de Souleymane Diallo soulève des questions cruciales pour les médias en Guinée et à travers l’Afrique. Qui aura le courage moral de demander des comptes aux dirigeants ? Comment les médias, déjà fragiles, pourront-ils préserver leur indépendance face aux difficultés financières et à l’hostilité politique ? La vie de Diallo apporte des éléments de réponse : construire des réseaux solides ; accompagner les jeunes journalistes ; exiger la vérité, même au prix de grands sacrifices ; et placer le journalisme au service de la démocratie plutôt que du clientélisme.
Le besoin immédiat est celui du deuil et de la solidarité. La famille de Diallo, l’équipe du Lynx et l’ensemble de la communauté des journalistes guinéens et africains sont en première ligne face à cette perte. « Mes pensées vont à sa famille, à l’équipe du Lynx et à tous les journalistes guinéens et africains », a écrit Zine, faisant écho aux adieux de tout un continent.
Après sa mort, comme de son vivant, l’héritage de Souleymane Diallo ne se limite pas aux articles qu’il a commandés ou aux pages qu’il a éditées. Il est un exemple de la manière dont un journaliste peut être à la fois passionné et généreux, intègre et pragmatique, un stratège dans les campagnes pour la liberté de la presse et un protecteur des jeunes générations. Son œuvre a enrichi le débat public et entretenu l’espoir que la vérité a encore de l’importance.
Repose en paix, Doyen Souleymane Diallo. Puisse son engagement continuer à guider les rédacteurs et les journalistes qui héritent des valeurs qui ont guidé sa vie, et puisse Le Lynx et les institutions qu’il a contribué à bâtir perpétuer le courage dont il a fait preuve.
TheAfricanMirror

