L’un des foyers du leppi du Fouta se modernise. Ces trois dernières années, la couture, l’une des étapes de la production de ce tissu, est passée de la mécanique à l’électricité à Diongassi. À dieu à la machine à coudre mécanique ; désormais des machines alimentées par l’énergie solaire ronronnent partout à Diongassi, au grand bonheur des producteurs du tissu traditionnel du Fouta. Une forme de lutte contre l’immigration.
Le district de Diongassi est à 4 km du chef-lieu de Timbi-Tounni, dans le buisson de Pita, en Moyenne-Guinée. Le coin, célèbre pour sa culture et son savoir-faire du leppi, façonne le tissu pour le revendre un peu partout à travers la Guinée et le monde. La chaîne de production inclut des tisserands résidants un peu partout dans la région administrative de Labé, tout comme des couturiers, teinturières et commerçants.
Ceux de Diongassi revendent leur leppi en nombre chaque jeudi à Pita-ville, jour de marché hebdomadaire.
A cause l’électrification de la commune rurale de Timbi-Tounni, nombreux jeunes de Diongassi avaient troqué leurs machines à coudre mécaniques contre celles modernes. Ils avaient abandonné leurs machines à coudre mécaniques à Diongassi au profit de celles modernes à Timbi-Tounni centre. Mais en 2024, est née l’idée de fonder le centre de couture de Diongassi, portée par Thierno Souleymane Bah. Une première dans le coin. Situé dans le secteur Mosquée, le centre est alimenté avec l’énergie solaire. Les jeunes de Diongassi qui peuplaient Timbi-Tounni sont revenus dans leur village natal. Ils évoluent dans quatre centres, grâce à l’énergie solaire.

« À Diongassi, l’activité principale est le leppi. Quand je suis revenu du Sénégal, j’ai remarqué que plusieurs jeunes de Diongassi travaillaient à Timbi-Tounni centre à cause du courant, parce qu’il n’y avait pas d’électricité à Diongassi. Ainsi est née l’idée de mettre sur pied ce centre de couture. Diongassi est l’une des rares localités où on trouve plus de soixante-dix jeunes qui y vivent », déclare-t-il. Fondé il y a un an et trois mois, le centre de couture de Diongassi abrite trente machines à coudre modernes, avec lesquelles travaillent hommes et femmes.
Ouste, l’immigration irrégulière
Mamadou Kâa Doumbouya, la trentaine, avait abandonné l’école niveau BEPC, faute de moyens. Divorcé, père d’un enfant, prêt à se remarier, Kâa coud le leppi depuis 15 ans. « J’ai pu me marier et avoir un enfant dans ce métier. Il y a deux années, nous travaillions avec les machines mécaniques, maintenant nous travaillons avec des machines qui tournent à l’énergie solaire. Nous étions à Timbi-Tounni centre à cause de l’électricité. On louait une machine à 100 000 Gnf/semaine. À présent, la plupart des jeunes de Diongassi sont rentrés et travaillent dans nos centres, ils gagnent leur vie. Partout où l’on vit, on peut réussir ; il suffit juste de travailler dur et de croire en soi. L’essentiel est d’être ambitieux dans ce que l’on fait. Moi, des amis m’ont contacté pour l’immigration vers l’Europe, mais je pense qu’on peut rester, évoluer et réussir à Diongassi, et partout où l’on se trouve. »
Diongassi compte déjà quatre centres de couture en moins de deux ans, tous alimentés par le solaire, deux autres sont en cours d’installation. Mamadou Sadio Doumbouya, diplômé en sociologie, chargé des sports à Timbi-Tounni, est gestionnaire d’un centre de couture de 17 machines dans le secteur Diongassi-centre, fondé il y a huit mois : « Le leppi est la culture chez nous. Vu l’engouement, nous avons jugé utile de rendre le travail plus moderne, efficace et rentable. Avec les machines à courant, le rendement est nettement supérieur par rapport aux machines mécaniques. Et beaucoup de jeunes en profitent. »
« La culture, c’est le développement »
Alpha Moussa Doumbouya, le responsable sous-préfectoral de la jeunesse, travaille dans un centre. « On faisait 3 km pour aller coudre à Timbi-Tounni centre, avec le courant. Maintenant, on travaille chez nous avec l’énergie solaire en attendant le courant électrique. Quand on allait à Timbi-Tounni, c’était de l’argent : transport, manger, location, logement. »

Au centre d’El Hadj Ibrahima Doumbouya, deux salles abritent une dizaine de machines. Oumar Cissé, diplômé, a cherché en vain un emploi à Conakry. Il est rentré à Diongassi pour coudre le leppi : « Je pense que la culture, c’est le développement. Avec les machines électriques, tu peux coudre 20 complets par jour, or si c’est avec les machines mécaniques, c’est à peine que tu fais 10 complets. » Ce prétendant à la mairie de Timbi-Tounni invite les chômeurs des villes à rentrer investir dans leurs villages dans les domaines de l’agriculture, l’élevage et autres activités culturelles. Boubacar Bah, couturier du leppi depuis 15 ans, abonde dans le même sens : « Avec les machines à coudre électriques, c’est mieux, c’est rentable. »
La location d’une machine varie d’un centre à un autre : de 50 000 à 75 000 francs guinéenne la semaine. Si un couturier dispose d’une machine, il ne paiera que l’énergie solaire : 35 000 Gnf/semaine. Ces machines modernes sont importées du Sénégal, tout comme leurs pièces de rechange. Mais des machines de seconde main sont également revendues à Diongassi.
L’Association de la diaspora de Timbi-Tounni en France (ADTF) ambitionne de créer d’autres centres dans le coin, pour la promotion du leppi.
Yaya Doumbouya, envoyé spatial

