Les plaidoiries et les réquisitions dans la deuxième phase du procès du massacre du 28 septembre 2009, impliquant le colonel Bienvenu Lamah ont démarré lundi 22 juin, au tribunal de Dixinn délocalisé à la Cour d’Appel de Conakry. Poursuivi pour complicité de meurtre, assassinat, coups et blessures volontaires, viols, incendie volontaire et pillages, l’accusé avait nié en bloc ces charges à la phase des débats.
Ce sont les avocats des parties civiles qui ont démarré les plaidoiries. Me Hamidou Barry a ouvert le bal. Il a estimé que ce procès est la suite logique du premier, ajoutant qu’à la date du 28 septembre 2009, ce sont des hommes et des femmes qui ont été tués, violentés, des femmes violées et des biens pillés. Il précise que pour ces faits, les principaux auteurs ont été condamnés le 31 juillet 2024. Indiquant que le colonel Bienvenu Lamah étant poursuivi pour complicité pour les mêmes faits, il plaide de le retenir dans les liens de la culpabilité.
Demande de requalification des faits
Comme pour le premier procès, l’avocat des parties civiles a sollicité la requalification des faits en crimes contre l’humanité, parce que les auteurs, les co-auteurs et les complices subissent les mêmes peines. En faisant prévaloir non seulement le statut de Rôme, mais aussi le code pénal et le code de procédure pénale. Maitre Hamidou Barry demande au tribunal de recevoir les parties civiles dans leur constitution. Pour cela, il a exprimé le souhait que le tribunal condamne le colonel Bienvenu Lamah au paiement de deux milliards de francs guinéens par personne, pour les cas d’assassinat à une dizaine de personnes, deux milliards aussi pour les cas de viols à une dizaine de personnes. S’agissant des coups et blessures, il demande de condamner le colonel Lamah à 1 milliard de francs guinéens pour une dizaine de personnes et à 20 milliards de francs guinéens de dommage et intérêts pour toutes les victimes. Le tout, au frais et au dépens de l’accusé Bienvenu Lamah.
Pour Maître Thierno Souleymane Barry, il est difficile de distinguer ce procès du précédent. Alors que le colonel Bienvenu Lamah nie être directeur du Centre de Kaleyah d’où sont parties les recrues pour le stade du 28-Septembre, faute d’acte administratif, Maitre Barry pense que pour de tels crimes, le droit international ne cherche pas à savoir s’il avait un acte. Il recherche le contrôle effectif sur les subordonnés. Il estime que dans ce cas, le colonel Bienvenu Lamah qui était, selon lui directeur du Centre de Kaleyah dans les faits, n’a rien fait pour empêcher le massacre. C’est pourquoi, il a demandé à ce que le tribunal le retienne dans les liens de la culpabilité. « Nous sollicitons justice et réparation en faveur des victimes ».
Monument pour les victimes
Les avocats des parties civiles sont unanimes : ce qui s’est passé au stade du 28-Septembre en 2009, est une attaque systématique contre une population cible, sans défense. Même qu’il est indéniable que les recrues de Kaleyah ont participé activement au massacre. « Malgré sa dénégation à la barre, les éléments du dossier montrent que le colonel Bienvenu Lamah a occupé de hautes responsabilités. Il était le directeur de fait de ce centre, les témoignages sont tous allés dans ce sens. Mamadi Soumaoro a témoigné que le colonel Bienvenu Lamah était son directeur. Feu Toumba Diakité aussi a dit cela. Mamadi Soumaoro a réitéré à la barre que 300 recrues ont été sélectionnées pour aller au stade et que le colonel, c’est le colonel Bienvenu Lamah qui a lu la liste de ces recrues ; donc il est au courant, étant un supérieur hiérarchique », a expliqué Maitre Amadou Oury.
Après avoir rappelé les faits, jugé le massacre de « minutieusement préparé, d’où l’attaque généralisée et systématique », Maitre Houleymatou Bah a demandé la construction d’un monument en reconnaissance de la qualité des victimes. « En les reconnaissant, nous allons guérir à jamais des blessures », a-t-elle plaidé.
Le procès se poursuivra demain 23 juin.
Mamadou Adama Diallo

