Le 2 juillet, soit un mois après la tenue des sélections communales et communautaires (couplées aux légis-tardives), les exécutifs communaux ont été installés un peu partout à travers le bled. Sauf que la désignation des nouveaux maires et de leurs adjoints a réservé son lot de surprises.

Après un scrutin communal qui n’a pas mobilisé des foules, le ministère de l’Admiration du trottoir et de la décentralisation avait convoqué les conseillés communaux élus pour élire les exécutifs des communes. Sur le papier, l’exercice semblait n’être qu’une formalité pour certains candidats, notamment ceux de la Génération pour la modernité et le développement (GMD-Bâtir ensemble, au pouvoir), qui se voyaient déjà maires. Au bout du compte, ce fut le désenchantement pour plusieurs d’entre eux. À Cona-cris surtout, la désignation des maires a cristallisé les tensions.

« Spider-Man de Matam »

À Ratoma, après d’interminables tractations, Ahmed Secoué Traoré, prési de la Délégation spéciale sortante, fut tête de liste de la GMD lors du scrutin. Son mouvement étant arrivé en tête des sélections avec une courte avance, il se voyait déjà réinstallé dans le fauteuil douillet de maire. Mais, lors de l’élection de l’exécutif communal, le vent a tourné. Kabinet Diawara, candidat du Parti pour le changement et le progrès (PPC), a réussi, avec l’appui des conseillers des autres formations, à lui ravir la couronne.

Ahmed Secoué Traoré a très mal digéré sa défaite. Fou de rage, il s’en est pris au secrétariat et a déchiré le procès-verbal d’élection. La tension est montée d’un cran dans la salle. Maîtrisé par les forces de l’ordre, l’ancien prési de la Délégation spéciale a été conduit dare-dare au commissariat central de Ratoma. Il y a passé la nuit avant d’être présenté au tribunal de première instance de Dixinn, puis remis en liberté. Histoire de diluer son djindjan.

À Matam, malgré son séjour à l’Hôtel cinq étoiles de Coronthie, Y-a-dra Koné avait réussi à hisser sa liste en tête. Sorti du gnouf, il s’attendait naturellement à reprendre les commandes de la commune. Hélas. L’ancien prési de la Délégation spéciale a été battu à plate couture par son rival, Alsény Cas-marrant, alias Marco.

Victoire régulière ou tour de passe-passe ? Difficile à dire. Toujours est-il que Y-a-dra Koné crie à la manipulation. Avant même la faim du scrutin, lui et ses partisans ont claqué la porte, dénonçant des « manœuvres » visant à l’écarter de la mairie. Coincé dans l’enceinte de la commune par les pandores, l’ancien maire s’est découvert des aptitudes de Spider-Man. En deux temps, trois mouvements, il fend la foule, saute sur le capot d’un véhicule, pour se retrouver de l’autre côté et échapper aux farces de l’ordre qui tenaient à le cueillir comme son homologue d’infortune Ahmed Secoué Traoré.

Coup « chaos » à Gbessia

« C’est une élection très mal organisée », a-t-il dénoncé, accusant certains conseillés d’avoir voté deux fois. Les forces de l’ordre dispersent les soutiens du candidat malheureux à coups de gaz lacrymogène. Le processus s’est poursuivi jusqu’à la proclamation de Marco comme vainqueur et ses alliés de circonstance élus maires adjoints.

Sonné, Y-a-dra Koné a fini philosophe : « Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé, le courage de changer ce qui peut l’être, ainsi que de distinguer l’un et l’autre », écrit-il sur Facebook.

À Sanoyah, Aboubacar Sabary Conté est sorti vainqueur du processus. Il a coiffé au poteau Yakha Camara, tête de liste de la GMD, donnée favorite. Naturellement, le résul-tare n’a pas été du goût de tout le monde. Le lendemain, un groupe de nounous a manifesté devant la mairie pour réclamer la reprise du scrutin. Tout bonnement.

À Gbessia, les partisans de la GMD ont tout tenté pour faire élire leur candidat. Ils se sont heurtés à la résistance du Frondeg et du MAD, alliés de circonstance. Ensemble, ces deux listes disposaient d’une majorité théorique. Le vote a d’abord été suspendu, repoussé à 15h, puis finalement ajourné. L’ambiance était électrique devant la mairie. « À défaut d’acheter ma voix, on tente de m’intimider ou de m’arrêter. Malgré ces tentatives répétées de nous faire renier notre serment, notre alliance tient fermement. Nous restons mobilisés », a déclaré Djibril Firawa Touré, tête de liste du MAD. Tard la nuit finalement, Mamadou Saliou Faux-fana du Frondeg a été élu maire ; Djibril Firawa Touré du MAD, maire-adjoint.

« Ein Fow fii Labé » dribblé

À Matoto, Moussa Diallo a finalement réussi à se faire élire maire. Mais le prési de la Délégation spéciale sortante a eu des sueurs froides. La liste GMD s’est déchirée avec l’apparition d’un second candidat de dernière minute. Le vote a été suspendu avant de reprendre pour consacrer Moussa Diallo maire.

Même scénario à Dinguiraye, où la GMD a mordu la poussière. Mamadi Cissé, dit Barézi, a terrassé Balla Moussa Diarra, candidat de la GMD. Flairant le coup, c’est en pleine séance que Barézi a annoncé sa candidature. Il a aussitôt obtenu le soutien des douze conseillers de l’opposition, avant de convaincre quatre élus GMD de voter pour lui.

À Labé, c’est une autre pièce qui s’est jouée. Le Frondeg et la GMD ont roulé dans la farine Younoussa Ta-Baldé et son mouvement Ein Fow fii Labé (Nous tous pour Labé). Arrivé en tête lors du scrutin du 31 mai, ce mouvement avait pourtant conclu un accord avec le Frondeg pour diriger ensemble la mairie.

Lors du vote, surprise : le Frondeg change de partenaire et aide la GMD à prendre la mairie. En guise de retour de l’ascenseur, Mamadou Saliou Diallo, tête de liste du Frondeg qui avait signé l’accord avec Ein Fow fii Labé, a été élu maire adjoint.

Le coup est rude pour Younoussa Ta-Baldé et ses alliés. Samba Camara, chargé des élections du Frondeg à Labé, fulmine : « Nous avons été trahis, humiliés. Mais ces gens ont montré leur vrai visage à la population de Labé. Nous menons nos enquêtes et nous tirerons toutes les conséquences. » Amen !

Au final, malgré ces déconvenues dans maintes communes urbaines et localités rurales, la GMD s’offre l’essentiel des mairies. Même si certains de ses candidats ont appris à leurs dépens qu’arriver premier à une élection communale ne garantit pas qu’on finira dans le fauteuil douillet de maire.

Yacine Diallo