Limogé le 28 juin dernier, l’ex-dirlo général de l’Office guinéen de publicité a été placé sous mandat de dépôt dans l’après-midi du 9 juillet. Aladji Cellou Cas-marrant est soupçonné de détournement de deniers publics, enrichissement illicite et corruption.

Plus les jours passent, plus les cadres (en bois) de l’OGP peuplent l’Hôtel cinq étoiles de Coronthie. L’incarcération d’Aladji Cellou Cas-marrant et de trois de ses anciens collaborateurs porte désormais à près d’une dizaine le nombre de responsables de l’Office jetés au gnouf. Tous sont poursuivis dans le cadre d’une opération que la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) présente comme une offensive contre la corruption au sein de l’administration publique guinée-haine. C’est la descente aux enfers.

Après plusieurs jours de garde à vue à l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF), Aladji Cellou Cas-marrant et ses collabos ont été déférés au parquet spécial près la Crief. À l’issue d’une audition éclair, les chefs d’inculpation leur ont été notifiés, avant leur placement sous mandat de dépôt. Ils devront désormais attendre, derrière les barreaux, la fin de l’enquête et l’ouverture éventuelle de leur procès.

À la Crief, les commentaires sont rares. L’affaire est comme une patate chaude. Une source proche du parquet spécial se borne à dire que les quatre mis en cause sont poursuivis, entre autres, pour « détournement de deniers publics, enrichissement illicite et corruption ». Elle précise également que la procédure contre Aladji Cellou Cas-marrant n’a, pour l’instant, aucun lien avec celle relative à l’ancien dirlo général adjoint, Jean-Marie Coumbassa. « Ce n’est pas lié au cas Coumbassa. Lui, en plus des accusations que vous connaissez, est surtout poursuivi pour dénonciation calomnieuse. Il devra prouver les accusations de sous-facturation qu’il avait portées contre des responsables de l’OGP », explique notre interlocuteur.

Subvention présidentielle

Quant à Aladji Cellou Cas-marrant, les choses seraient plus corsées. Une source interne à l’OGP soutient que ses ennuis seraient liés à la gestion d’une subvention accordée par l’État à l’établissement public. « Pour le DG, c’est certainement lié à sa gestion. Nous avons échangé avec lui, mais il ne s’est pas beaucoup étendu sur les accusations qui pèsent contre lui », affirme-t-elle. Selon la même source, les auditions à l’ORDEF et à la Crief ont longuement porté « sur la gestion de la subvention accordée à l’OGP par la Présidence de la République. »

Cette subvention s’élèverait à 17 milliards de francs glissants. Elle devait permettre de régulariser la situation des 207 agents recrutés au temps de l’ancien DG Mandian Sidibé, dont les salaires n’étaient pas encore inscrits au budget de l’Office, d’améliorer les conditions de travail et d’apurer les arriérés ainsi que les dettes de l’institution. Selon plusieurs sources, c’est Aladji Cellou Cas-marrant lui-même qui aurait sollicité et obtenu cette cagnotte auprès de la Présidence.

Les fonds auraient été versés sur les comptes de l’OGP entre décembre 2025 et janvier 2026. Un membre de la délégation syndicale estime que leur utilisation mérite effectivement d’être examinée: «Personne n’a jamais parlé de cet argent, pas même le DG. C’est seulement lorsqu’il a réussi à payer les salaires en janvier et février, des mois où l’OGP traverse habituellement de graves difficultés financières, qu’il nous a expliqué que les fonds provenaient de cette subvention. C’est ainsi que nous avons découvert son existence. Nous ignorons comment cet argent a été géré. La gestion de cette subvention est restée totalement opaque. Elle n’a jamais été débattue en réunion ».

Aladji Cellou Cas-marrant vient ainsi grossir la liste d’anciens patrons de l’OGP passés du fauteuil de dirlo à la case prison. Avant lui, Paul Moussa Diawara et Mandian Sidibé avaient connu le même sort. Woïka !

Yacine Diallo