Le 19 juillet, s’est tenu à Lungi, en Sierra Leone, le 69ᵉ Sommet ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Le président guinéen, Mamadi Doumbouya, en a profité pour régler ses comptes avec l’organisation sous-régionale.

Au lendemain du coup d’État du 5 septembre 2021, la Guinée avait été suspendue de toutes les instances de la CEDEAO, conformément aux principes de l’organisation qui condamne les prises de pouvoir par la force. Conakry n’a retrouvé sa place qu’en janvier dernier. Un épisode qui, visiblement, reste en travers de la gorge du chef de l’État guinéen.

Arrivé en Sierra Leone avec un impressionnant dispositif sécuritaire, Mamadi Doumbouya n’a pas pris de gants pour dénoncer les sanctions imposées à la Guinée durant la transition. Selon lui, elles pénalisent davantage les populations que les dirigeants : « Les sanctions ne sont pas la solution. Notre sous-région a trop souvent choisi la sanction comme premier réflexe quand elle devait être le dernier recours. Sans hypocrisie, l’expérience nous enseigne, sans exception, que la sanction frappe d’abord et surtout les enfants dans les salles de classe, les femmes dans les marchés, les hommes dans les champs et les ateliers. Elles privent les hôpitaux de médicaments de première nécessité, vident les marchés des denrées indispensables. Elles suscitent et alimentent les trafics en tous genres, pénalisent simplement les filles et les fils de la terre de nos ancêtres… On ne soigne pas le paludisme et le cancer avec le même remède. Chaque mal appelle son traitement. Chaque situation appelle sa réponse. »

Pour le président guinéen, la CEDEAO ne devrait pas choisir « d’appauvrir un peuple » pour sanctionner un État, au risque de s’éloigner « de l’esprit même qui a présidé à sa création ». Il a également estimé que « nos coutumes locales n’intègrent pas le principe de l’exclusion de l’enfant, encore moins l’idée de l’affamer et de le combattre ».

Le rôle des militaires

La CEDEAO justifie ses sanctions contre les régimes issus de coups d’État par sa volonté de décourager les putschs et de protéger les gouvernements élus. Mais Mamadi Doumbouya a rappelé que les militaires ont joué un rôle important dans la naissance de l’organisation.

« Lorsque, le 28 mai 1975, les 15 pères fondateurs de la CEDEAO, dont dix étaient des militaires, se réunissaient au Nigeria, leur objectif était clair : l’économie et le commerce. Face aux grands ensembles qui dominaient le monde, il s’agissait de créer un grand marché commun ouest-africain pour le développement et la paix. Ils avaient conscience que là où il y a le développement économique, il y a la paix… Leur uniforme ne saurait constituer un motif d’exclusion de la vie et de la gestion de notre communauté. Ils ne sont ni plus ni moins que les enfants du peuple. »

Les principales décisions du sommet

Réunis à Lungi, près de Freetown, les chefs d’État et de gouvernement ont examiné plusieurs dossiers majeurs : le renouvellement du leadership de l’Organisation, la mise en place d’une force régionale et la gestion des relations avec l’Alliance des États du Sahel (AES).

À l’issue des travaux, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a été désigné président en exercice de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO pour un mandat d’un an. Son compatriote, le général Birame Diop, a été nommé président de la Commission de la CEDEAO.

Les dirigeants ont également validé la création d’un dépôt logistique humanitaire et militaire destiné à renforcer la capacité de réaction rapide de la région.

Enfin, le sommet a réaffirmé son soutien au projet stratégique de gazoduc Nigeria-Maroc. Les échanges ont aussi porté sur l’avenir institutionnel de la CEDEAO et sur la redéfinition de sa stratégie face au retrait des pays de l’Alliance des États du Sahel : Mali, Niger et Burkina Faso.

Yacine Diallo