Le 23 juillet, les féministes sont montés au créneau pour réclamer justice contre des auteurs d’agressions sexuelles sur mineures commises dans les préfectures de Mandiana et Beyla. Les faits datent certes dil y a des mois, mais la réapparition des images sur les réseaux sociaux ulcère les organisations féministes qui pointent du doigt la lenteur de la justice.

L’affaire, qui a profondément choqué l’opinion publique, concerne des faits présumés de viol collectif commis sur plusieurs filles, dont l’âge varierait entre 12 et 14 ans, dans la sous-préfecture de Koundianakoro, préfecture de Mandiana. Selon les informations communiquées par les autorités judiciaires, cinq personnes sont mises en cause dans le dossier.

Quatre suspects sont placés en détention préventive depuis le mois d’avril : Moussa Condé, Lancei Keïta, Kalou Sylla et Oumar Condé. Un cinquième suspect, Moussa Koulibaly, fait toujours l’objet de recherches après avoir pris ses jambes au cou.

Selon le Pro-crieur de la République près le tribunal de première instance de Mandiana, Abdoulaye Soumah, les faits ne sont pas nouveaux. Contrairement à ce qu’on laisse croire sur les réseaux sociaux : « Il ne s’agit pas d’un fait récent. Les faits se sont déroulés depuis avril à Balandougouba. » Il explique que la procédure judiciaire est entre les mains d’un juge d’instruction, pour la suite « des investigations. »

Les féministes s’impatientent

La réapparition des images sur les réseaux sociaux a toutefois ravivé l’indignation. Redoutant un règlement à l’amiable entre familles des victimes et celles des mis en cause, un collectif de féministes et de défenseurs des droits des femmes a lancé, le 24 juillet, une campagne intitulée « Jeudi Noir : Justice pour les jeunes filles de Mandiana ». L’initiative consiste, pour les organisateurs et leurs sympathisants, à inonder les réseaux sociaux des photos les montrant vêtus de noir. Une manière d’exprimer leur mécontentement.

Pour Aminata Pilimini Diallo, féministe et membre du collectif à l’origine de la mobilisation, la campagne est née de l’indignation provoquée par les vidéos diffusées sur internet : « C’était le viol de trop. Nous avons découvert des vidéos extrêmement choquantes montrant de jeunes filles victimes de violences sexuelles. Nous avons également appris qu’il existait des velléités de règlement à l’amiable. Nous ne pouvions pas rester silencieux ».

Selon Pilimini, la mobilisation vise avant tout à pousser les autorités à rendre justice aux victimes, à prévenir d’autres agressions sexuelles et à lutter contre leur banalisation, notamment par leur publication sur les réseaux sociaux : « La honte doit changer de camp. Ce n’est pas aux victimes d’avoir honte, mais aux violeurs », martèle l’activiste.

Tous dans la danse

Face au tollé suscité, le mystère de la Femme, de la famille et des solidarités a condamné avec fermeté les violences qu’il assimile à des actes « criminels », à une « grave violation des droits de l’enfant. » Le département a également dénoncé la diffusion des images obscènes sur les réseaux sociaux, redoutant qu’elle aggrave le traumatisme des victimes. Il annonce la mise en place d’un accompagnement psychologique, social et médical pour elles, ainsi que leur accueil au Centre d’autonomisation des femmes de Mandiana. Amen !

La ministre Patricia Lamantable va plus loin. A l’issue d’une mission qu’elle a effectuée à Kondianakoro, le 24 juillet, elle a décidé de transférer les victimes dans des familles d’accueil à Kankan.

Le Parquet général près la Cour d’appel de Kankan jure sur tous les sains, à travers un communiqué du 24 juillet, que la procédure judiciaire fuit son cours normal. Il assure que les quatre suspects interpellés sont détenus depuis avril. Même qu’un mandat d’arrêt a été lancé contre le cinquième mis en cause en fuite et que le procès devrait s’ouvrir prochainement. Il appelle également à stopper tout partage des vidéos, afin de préserver la dignité des victimes. Le Parquet général rappelle par ailleurs la nécessité de respecter le principe de présomption d’innocence et le droit à un procès équitable reconnus à toute personne en conflit avec la loi.

La campagne « Jeudi Noir » a également bénéficié du soutien de moult personnalités publiques. Outre la ministre Patricia Lamantable, qui a rappelé que « le coupable, c’est le violeur, pas la victime », l’opérateur comique Antonio Souaré a lui aussi appelé à « briser le silence » face aux violences sexuelles. Des artistes et influenceurs, notamment Mimiche Diabaté et Djélykaba Bintou, ne sont pas restés en marge de la mobilisation.

Aïssatou Bah