Le 20 août, le Premier ministre Amadou Oury Bah a signé la demande de candidature guinéenne pour accueillir les éditions 2032 et 2036 de la Coupe d’Afrique des nations. Si le gouvernement assure disposer « d’un dossier solide », les investissements dans la construction des infrastructures sportives nécessaires interrogent.
La Guinée relance son ambition d’organiser la Coupe d’Afrique des nations (CAN). Au sortir d’une réunion le 20 août, Bah Oury a assuré que la Guinée dispose cette fois-ci d’« un dossier solide », fruit d’un travail de préparation et d’analyses des exigences liées à l’organisation de la compétition sportive continentale.
Le ministre des Sports, Mamadou Cellou Baldé, a confirmé la candidature guinéenne à RFI : « Effectivement, la Guinée sera bel et bien candidate pour l’organisation de la CAN, soit en 2032, soit en 2036. Le Premier ministre a signé la lettre officielle de candidature au nom du président de la République, qui fait de l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations une priorité nationale. »
Une nouvelle candidature qui, espérons-le, ne fera pas un flop. La Guinée avait été désignée pour accueillir la 34ème édition de la CAN en 2025, avant que l’organisation ne lui soit finalement retirée pour cause de retard dans la construction des infrastructures nécessaires. Finalement, c’est le Maroc qui a pris le relais. Ironie du sort, la sélection guinéenne ne s’est même pas qualifiée pour cette édition qui devait se dérouler à domicile. Désormais, les autorités entendent relancer la candidature de la Guinée.
Le 3 juillet dernier, la CAF, Confédération africaine de football, a invité ses 54 associations membres à soumettre leurs dossiers pour les éditions 2028, 2032 et 2036. Contrairement aux éditions précédentes, la CAN ne suivra plus un rythme biennal. Elle se tiendra tous les quatre ans, à partir de 2028. La prochaine édition se déroulera en Afrique de l’Est du 19 juin au 17 juillet 2027. Une coorganisation du Kenya, de la Tanzanie et de l’Ouganda.
Encore loin du compte
C’est précisément sur le terrain des infrastructures que la Guinée devra convaincre la CAF. Le défi est d’autant plus important que le Syli national a, depuis presque cinq ans, été contraint de disputer ses rencontres à domicile au Maroc et en Côte d’Ivoire. Faute de stades répondant aux normes internationales.
L’homologation temporaire du stade du 28-Septembre, d’une capacité de 18 000 places, pour certaines rencontres internationales ne saurait, à elle seule, répondre aux exigences d’un dossier d’organisation de la CAN. Une compétition de cette envergure impose des infrastructures d’entraînement, des capacités hôtelières suffisantes, des réseaux de transport, des dispositifs sécuritaires et médicaux ainsi que des infrastructures technologiques et de diffusion répondant aux standards de la CAF.

Le gouvernement exécute un programme de rénovation et de modernisation des enceintes sportives, dont le stade Général Lansana Conté de Nongo. Il annonce un projet de stade de 60 000 places à Kasonya (Coyah) et d’autres infrastructures à l’intérieur du pays. Reste à savoir s’il réussira à convaincre la CAF, toujours présidée par Patrice Motsepe qui lui a retiré l’organisation de l’édition 2025.
L’hypothèse d’une coorganisation
Abdoulaye Thiam, journaliste sportif sénégalais, estime que le pays devra consentir d’importants investissements pour espérer convaincre la CAF : « Ce qui a changé, je crois que c’est une volonté politique des nouvelles autorités ». Le confrère soutient que la Guinée devra investir massivement dans les infrastructures sportives, hôtelières et routières. Il pense qu’une coorganisation avec un ou plusieurs pays voisins permettrait de réduire les coûts et de rendre le projet plus réaliste.
La question du financement est d’autant plus sensible que les rénovations des stades du 28-Septembre et Général Lansana Conté de Nongo font actuellement l’objet de vives critiques. Depuis la sortie du ministre des Sports, le 17 août, sur les 250 millions de dollars déjà engagés dans ces deux chantiers, le débat enfle sur des soupçons de surfacturation. Surtout que les infrastructures ne sont toujours pas entièrement achevées.

Le consultant sportif guinéen, Tanou Diallo, se montre néanmoins plus optimiste. Il salue une candidature « louable et salutaire », mais faudrait-il que les autorités passent rapidement à l’acte : « Si nous voulons être pris au sérieux, c’est le moment d’envoyer des signaux forts à la CAF afin de la rassurer quant à notre capacité à organiser une compétition d’une telle dimension ». Tanou Diallo recommande également de ne pas écarter l’option d’une coorganisation avec un pays voisin, compte tenu de l’importance des investissements exigés par le cahier des charges.
Rude concurrence
Pour l’édition 2032, la Guinée fera face à d’autres concurrents sérieux. La CAF indique que plusieurs dossiers de candidature ont déjà été déposés. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont exprimé leur volonté de porter une candidature commune et le Sénégal est régulièrement cité parmi les prétendants.
Pour la Guinée, l’enjeu dépasse donc la simple déclaration de candidature et ce après avoir échoué à accueillir la CAN 2025. La candidature aux CAN 2032 et 2036 ouvre une nouvelle bataille pour le pays.
Reste désormais à savoir si la Guinée saura transformer son ambition en un dossier suffisamment solide pour avoir l’onction de la CAF.
Abdoulaye Bah

