Depuis le jeudi 3 septembre, les chauffeurs des lignes Conakry-Dakar, Labé-Sénégal et Labé-Gambie ont cessé de prendre la route. Ils dénoncent la multiplication des postes de contrôle, les paiements imposés et les tracasseries qu’ils disent subir tout au long de leurs trajets. Conséquence : plusieurs passagers et leurs bagages se retrouvent bloqués de part et d’autre des frontières concernées.
Depuis plusieurs jours, les transporteurs ont décidé de suspendre leurs activités, estimant que les conditions de circulation sont devenues intenables. Sur l’axe Conakry-Sénégal, en passant par Kindia, Mamou, Labé et Koundara, les chauffeurs disent franchir une trentaine de postes de contrôle. Police, gendarmerie, bérets rouges, douanes et agents des Eaux et Forêts sont cités. Selon les transporteurs, ces contrôles donnent lieu à des demandes d’argent, parfois adressées aussi aux passagers, même si les documents sont en règle et affichent complet. Selon eux, le problème ne se résume plus à de simples contrôles routiers. Ils dénoncent une succession de barrages sur les axes menant vers les frontières sénégalaise et gambienne et des paiements qui alourdissent considérablement le coût des voyages. Ils évoquent des amendes et contraventions dont les montants ne seraient pas déposés dans les caisses de l’État.
Les tracasseries dénoncées
Exaspérés par la situation et après plusieurs alertes infructueuses adressées aux responsables syndicaux, les chauffeurs ont décidé de suspendre leur travail jusqu’à nouvel ordre. Parmi leurs revendications figurent un assouplissement, voire des exemptions, au niveau du scanner de Koundara dans certains cas, notamment pour les véhicules transportant des malades. Ils contestent aussi les frais liés aux autorisations parentales de voyage, fixés à 115 000 francs guinéens par enfant, qu’ils jugent particulièrement pénalisants en cette période de vacances. Autre grief : les frais de « levée de barrage », qui ont passé de 10 à 50 000 francs guinéens par poste en moins de deux ans. Une accumulation de frais qui, selon les transporteurs, transforme chaque voyage en véritable parcours du combattant.
Ibrahima Diallo, chauffeur sur l’axe Conakry-Mandat (Sénégal) est l’un des frondeurs. Il déplore la situation : « Pour une grève, il faut un préavis. Pour nous, c’est un arrêt total. Nous souffrons beaucoup sur ce trajet, surtout entre Labé et Koundara. Notre revendication n’est nullement liée à la politique. Nous avons décidé de prendre les choses en main après plusieurs tentatives de négociation et de dénonciation infructueuses. » Il signale qu’il n’y a pas moins de onze barrages dans la seule préfecture de Koundara. « Puisque nous ne manifestons pas dans la rue et ne cassons les biens de personne, nous avons décidé de nous plaindre auprès des secrétaires généraux de nos syndicats et d’arrêter le travail, en attendant de trouver une solution ». Ibrahima Diallo dénonce de lourdes contraventions. « Si tu décides de ne pas payer, sous prétexte que tes papiers sont au complet, ils te verbalisent entre 300 000 et 500 000 francs guinéens, payables sur place. Personne ne sait où va cet argent, encore moins s’il s’agit de reçus authentiques délivrés par les autorités ».
Les interurbains solidaires
Alors que les négociations se poursuivent à Koundara, les chauffeurs de taxis interurbains ont rejoint le mouvement en signe de solidarité. Dès lundi 7 septembre, aucun véhicule de transport en commun ne serait autorisé à rallier Conakry depuis Labé. Ceux qui tentent, malgré tout, de prendre la route se heurtent à plusieurs obstacles. Depuis la nuit, la circulation a été perturbée dans plusieurs préfectures, notamment à Mamou. Une intervention des forces de l’ordre, avec l’usage du gaz lacrymogène a été opéré pour libérer le passage.
Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, un chauffeur de la ligne Mamou-Conakry s’explique sur ce blocage : « Nous avons érigé un barrage depuis 23h. Tout chauffeur qui arrive ici, en provenance de Mamou ou de Conakry, retournera. On ne frappe personne et on ne retire rien à personne, mais on exige la solidarité entre chauffeurs. Nous souffrons tous des mêmes tracasseries. » Selon lui, au moins six barrages existent entre Mamou et Conakry et que les chauffeurs déboursent entre 30 et 50 000 francs guinéens à chaque étape, en fonction de la quantité de bagages transportés, même étant en règle. « Souvent, ils nous font décharger, nous réclament de l’argent et nous laissent sans assistance. Il faut que la situation change », déclare-t-il dans la vidéo.
Les gares au ralenti
À Labé, à la gare routière de Daka, les véhicules assurant habituellement les liaisons vers le Sénégal et la Gambie restent stationnés. Les passagers attendent une éventuelle reprise du trafic.
En revanche, à la gare routière de Bambéto (Conakry), les activités se poursuivent presque normalement. Plusieurs chauffeurs ont quitté les lieux lundi matin (7 septembre), direction l’arrière-pays. Une situation qui soulève des interrogations sur la coordination entre les organisations syndicales. Des responsables syndicaux affirment d’ailleurs ne pas avoir été saisis du mouvement. « Pour qu’il y ait grève ou arrêt de travail, il faut un écrit qu’on puisse remonter aux autorités. Rien n’a été fait dans ce sens. Nous, nous continuons notre travail et nous n’empêchons personne de voyager », ont déclaré des syndicalistes de la gare routière de Bambéto.
Les chauffeurs grévistes, eux, espèrent parvenir à un accord avec les autorités et les responsables syndicaux dans les prochains jours. Ils souhaitent reprendre les liaisons vers le Sénégal dès jeudi 10 septembre, à condition que leurs principales revendications soient prises en compte.
Abdoulaye Bah

