Le 14 septembre 2026, Djénabou Touré, la ministre de l’Administration du trottoir a fait sursauter plus d’un Guinéen par ce communiqué: « Le Ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, Chargé notamment de la conception, de l’élaboration, de la mise en œuvre et du suivi de la politique du Gouvernement dans le domaine de l’administration du territoire et de la décentralisation, entend renforcer la qualité des responsables appelés à exercer les fonctions d’autorité territoriale.

À cet égard et en vue de disposer de cadres présentant les compétences professionnelles, l’expérience administrative, les aptitudes managériales, le leadership, l’intégrité et la capacité nécessaires à l’exercice des responsabilités territoriales, le Ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation lance un appel à candidatures interne en vue du recrutement de fonctionnaires aux fonctions de préfets et de Gouverneurs de région.

Cette initiative s’inscrit dans une dynamique de renforcement de l’administration territoriale, de consolidation, de la présence et de la continuité de l’État sur l’ensemble du territoire national, ainsi que d’amélioration de la coordination des services déconcentrés, de la prévention et de la gestion des crises et de la mise en œuvre territoriale des politiques publiques. »

Beaucoup de citoyens ont dû largement écarquiller des yeux pour s’assurer qu’ils ne se leurrent pas. De mémoire de Guinéen, on ne se souvient pas que le casting des grosses légumes de l’administration territoriale ait été opéré selon pareils critères. On en est abasourdi ! Mais à l’étonnement, succèdent, bien entendu, la méditation et la réflexion pour évaluer la portée et l’intérêt de la décision.

D’ores et déjà, l’angoisse trouble le sommeil des prétendants à ces hautes charges de la République qu’ils assument tel un sacerdoce. L’initiative est inédite depuis l’accession du pays à la souveraineté nationale, il y a 68 ans. Ni sous la révolution ni sous le libéralisme civil et militaire, des hauts fonctionnaires commis à la gestion de notre administration territoriale n’ont jamais été confrontés aux défis de la sélection par la méritocratie. Le népotisme est souvent le critère déterminant auquel on associe subsidiairement d’autres qualités (éducation instruction, moralité, capacité managériale).

Les vrais et faux spécialistes des questions de développement de l’Afrique, nombreux surtout en dehors du continent, pointent cette insuffisance comme la source même de la mauvaise gouvernance constituant l’un des facteurs qui contrarient le développement de nos États et les maintiennent dans l’abjecte pauvreté.

Même Toto sait que la gouvernance vertueuse crée, impulse et nourrit la croissance et le développement. Le cas de Singapour sous Lee Kuan Yew est connu et souvent cité. Ce petit État de l’Asie du sud-est, encore pauvre au milieu des années 50, est devenu aujourd’hui la plus grande place financière de l’Asie, grâce à la qualité de sa gouvernance politique, économique et culturelle fondée essentiellement sur l’instruction, la formation et la méritocratie.

 La Guinée qui a tout l’air d’être en quête de l’excellence peut toujours s’approcher de Singapour, pour voir de plus près ce qui s’y passe afin d’élargir l’expérience à d’autres pans de l’administration publique. Eh oui, les Sous-préfets sont là aussi. Il faut seulement craindre la levée de boucliers des marabouts, sorciers et autres joueuses de cauris des candidats à ces hautes fonctions.

Abraham Kayoko Doré