La période qui suit la fin de la deuxième guerre mondiale connaît, dans les colonies françaises d’Afrique (AOF et AEF) et d’Asie, une effervescence politique et syndicale sans précédent. Plusieurs raisons expliquent cette effervescence sociopolitique. L’important effort de guerre accompli par les colonies, la nouvelle architecture du monde héritée de la guerre, les dynamiques nationalistes en gestation dans le monde trouvent des échos dans ces colonies. Le gouvernement français allume le contre-feu en tentant de rénover les politiques et les structures coloniales.
Ainsi, en 1955, il élabore et met en œuvre la loi cadre encore appelée Loi Gaston Defferre qui crée de nouvelles assemblées représentatives et accroît le nombre des membres d’autres. Aussi, de nombreux partis politiques affiliés d’abord à ceux de la métropole, puis indépendants, voient le jour. À la suite de cette évolution, de nombreuses élections sont organisées. Le Parti Démocratique de Guinée (PDG) et son leader Sékou Touré remporte largement toutes les élections organisées au cours de la décennie 1950 (municipales en 1955, législatives en 1956, conseil territorial en 1957). Ils vont donc tout naturellement diriger le premier Conseil de gouvernement qu’ils forment en mai 1957.
Lorsque les vicissitudes de la guerre d’Algérie le ramènent aux affaires, en mai 1958, le Général Charles de Gaulle introduit dans la constitution de la 5e République qu’il fait élaborer, la proposition de création d’une Communauté franco-africaine au sein de laquelle les colonies s’administrent tout en laissant toutefois à la France, la charge de gérer les questions relevant des domaines de la Défense nationale, de l’Enseignement supérieur, de la monnaie, des Affaires étrangères et de la diplomatie.
La nouvelle constitution est à soumettre à référendum, le Général de Gaulle en sa qualité de président de conseil de gouvernement entreprend, en août 1958, une vaste campagne référendaire dans les territoires africains. Le 25 août, il est en Guinée où il engage une véritable passe d’armes avec Sékou Touré. C’est le jour de la profession de foi et de la répudiation. Sékou Touré assène: «Nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage.» De Gaulle rétorque: «On a parlé d’indépendance. Je dis ici encore plus haut ailleurs que l’indépendance est à la disposition de la Guinée. Elle pourra la prendre le 28 septembre en votant non à la proposition qui lui est faite…»
Ce jour fatidique, les Guinéens ont largement voté non. Quatre jours après, le 2 octobre 1958, l’indépendance est proclamée.
Un saut dans l’inconnu. Une fierté et un bonheur nimbés d’angoisse.
Le vote du 28 septembre 1958 découle de la joute oratoire de Sékou Touré et De Gaulle, le 25 août. Ce jour, deux égos surdimensionnés se sont percutés, se sont meurtris. La brouille a duré. La Guinée et la France ne se sont rabibochées qu’après la mort de de Gaulle et l’éloignement des gaullistes du pouvoir.
Abraham Kayoko Doré

