C’est parfois ulcérés, médusés et en colère contre la société et contre nous-mêmes que nous assistons, au gré de nos balades, de jour et de nuit, en ville et en campagne, à pied et en voiture, à l’expansion inquiétante de l’incivisme de nombre de nos compatriotes. La question que nous nous posons alors est la suivante : ces déviances ne dérivent-elles pas d’un système éducatif défaillant dont le produit est tantôt en conflit avec la loi, tantôt en conflit avec la morale ?
Au mépris du Code Rousseau, les chauffards et motards font un usage inapproprié de la voirie urbaine constamment, arc-boutés qu’ils sont sur leurs certitudes de citoyens au-dessus de la loi, faisant fi de la célèbre maxime : « Dura lex, sed lex ». Les créances douteuses brouillent l’image de nos banques. De grâce, n’allez pas réveiller les morts en fouillant la sépulture de la BADAM. La production et la gestion des ordures ménagères et des eaux usées, dans les agglomérations urbaines sont des témoignages éloquents d’une dérive collective de civisme.
La gestion indélicate du foncier urbain par les propriétaires coutumiers et certains agents de l’État signe l’incivisme à l’état pur. Vendre à plusieurs acquéreurs le même lopin de terre, en leur fournissant, de surcroît, des docs administratifs dûment signés des parties contractantes, responsables de quartier et témoins ! On se croirait dans la cour du roi Pétaud. Les exemples d’actes d’incivisme sont légion.
En son temps, le ministre des Droits de l’Homme, Khalifa Gassama Diaby, conscient de ce péril national, avait pris l’initiative d’organiser la Semaine national de la citoyenneté au cours de laquelle des activités de sensibilisation étaient organisées pour aiguiser la culture du civisme des citoyennes et des citoyens. Le pauvre ! Même ses collègues du gouvernement avaient fini par le lâcher à ses chimères. Il baissa les bras, s’en alla du gouvernement sans avoir pu écorcher l’incivisme de ses compatriotes.
Loin d’un cheveu dans la soupe, la récente grâce présidentielle, qui se solde par un stage d’encadrement civique dans des locaux des Farces de défense et de sécurité. Un stage de réarmement moral qui vise à stimuler et à renforcer la culture civique. Une tâche peu rédhibitoire même si elle s’apparente aux travaux d’Hercule, car en la matière, les Guinéens ont pris un pli invétéré difficile à vaincre. L’efficacité de cette pédagogie novatrice va-t-elle susciter et consolider une conscience civique chez la Guinéenne et le Guinéen et au-delà chez une frange plus importante de la population carcérale ?
Vivement un changement de comportement de la part de la société guinéenne. L’incivisme collectif constitue un frein au développement socioéconomique auquel aspirent les Guinéens.
Abraham Kayoko Doré

