J’ai fait mes études primaires de 1956 à 1963. La valeur de l’éducation en ce temps-là m’apparaît avec plus de netteté que maintenant, avec le recul du temps et la comparaison avec l’école du jour. Je pourrais évoquer plusieurs aspects de l’éducation d’hier pour en souligner la valeur. Par exemple, pendant que je faisais le cours élémentaire première année (aujourd’hui la troisième année) je pouvais déjà lire et traduire des lettres pour mes parents ou mes voisins du quartier, je pouvais de même rédiger, sans doute avec des fautes de grammaire ou de syntaxe, leurs correspondances. Parmi mes aînés de l’école, ceux qui ne pouvaient accéder au collège faute d’avoir réussi à l’examen des Bourses, pouvaient postuler au titre de moniteur pour assister un instituteur et au besoin le suppléer. Les élèves de la sixième année de maintenant, du collège, du lycée et même des étudiants, ont du mal à s’exprimer correctement en français, a fortiori rédiger un texte.
Mon école, celle d’hier, était une école d’excellence en comparaison avec l’école de mes enfants. La qualité pédagogique des cours, la rigueur exercée par les maîtres, la soif d’apprendre des élèves en constituaient les caractéristiques principales. Les bâtisseurs de ce temple du savoir et de la sagesse n’étaient autres que ces instituteurs et moniteurs qui se sont évertués à façonner le corps et l’esprit des enfants de ma génération. Ne constatons-nous pas jusqu’à une date récente que le noyau pur et dur des cadres de l’administration guinéenne était constitué par ceux et celles qui ont fréquenté la vieille école ? En tout cas pour les héritiers de l’école d’hier, les souvenirs de leurs maîtres restent toujours vivaces : c’étaient d’excellents pédagogues, âpres au travail et pointilleux en conduite morale ; ils étaient pour tout dire des modèles de citoyen pour la société.
Que vois-je à l’école de mes enfants ? Ah, rien que du blâmable, du malpropre. Des gosses qui demandent à fumer à leurs maîtres et vice-versa, des maîtres et des élèves qui courent les mêmes filles, les notes se trafiquent, les examens se négocient. Et l’on voudrait de bons résultats ? Utopie ! Le métier d’enseignant est même devenu un fourre-tout : on n’y rencontre pêle-mêle la craie à la main, dans le public comme dans le privé, des vendeuses de cacahuètes, des ouvriers toutes catégories confondues qui peinent à trouver un emploi quelconque se retrouvent là. Le métier d’éducateur n’est plus un sacerdoce, mais un vulgaire gagne-pain.
Maîtres d’antan, dites-moi s’il vous plaît, par où est passée votre relève ? En avez-vous jamais eu ?
Walaoulou Bilivogui

