Il disparaissait, Ahmed Sékou Touré, premier président de la République, le 26 mars 1984. Le 3 avril 1984, la Grande-muette prenait le pouvoir.
Ce jour-là, sur les antennes de la radio nationale, la proclamation N° 1 du Comité militaire de redressement national (CMRN) lue par le capitaine Facinet Touré. « Peuple de Guinée, c’est dans une grande ferveur que tu viens de conduire à sa dernière demeure l’un de tes fils les plus prestigieux auquel l’Afrique et le monde entier ont tenu à rendre un hommage mérité.
L’œuvre immortelle d’Ahmed Sékou Touré aura été de mener notre pays à l’indépendance nationale et de faire rayonner sur le plan africain et international ses nobles idéaux et ses aspirations.
Cependant, si sur le plan extérieur son œuvre a été couronnée de succès, il n’en est pas de même sur le plan intérieur où, sous l’influence de ses compagnons de lutte malhonnêtes et sous la pression féodale de sa famille, tes espoirs de voir se créer une société plus juste et plus équitable se sont envolés très tôt, balayés par une dictature sanglante et impitoyable qui a broyé ta lumineuse espérance.
Aujourd’hui, alors que tu n’as même pas séché tes larmes, une âpre lutte pour sa succession s’est engagée parmi ses compagnons avides de pouvoir et coupables de la corruption généralisée du gouvernement et de ses institutions.
Ton armée nationale, qui t‘est demeurée fidèle et qui a toujours partagé ton sort dans la discipline et dans l’abnégation pendant ces vingt –six années d’un pèlerinage douloureux, a donc décidé de prendre en charge l’administration du pays afin de créer les bases d’une démocratie véritable évitant à l’avenir toute dictature personnelle. […] »
Sous la houlette du pouvoir kaki, le pays va s’ouvrir progressivement à la « démocratie ». Après une transition de cinq ans, les militaires acceptent de libéraliser le jeu politique avec l’adoption de la Loi fondamentale. Un jeu politique biaisé, Lansana Conté, maître des lieux, troque son treillis contre le boubou, va régner sans partage 24 ans.
Le recul aidant, on peut constater que la seconde République n’aura nullement comblé les espoirs nés le 3 avril 1984.
Quarante-un an après, nous en sommes presque à la case départ avec une transition, qui bon an mal an, tarde encore à prendre ses marques. Soixante- six ans après notre accession à la souveraineté nationale, nos gouvernants successifs auront réalisé la performance de mettre le pays dans une situation de désastre économico politique très aigu. En effet, au lendemain de l’élection présidentielle du 18 octobre 2020, un climat délétère s’est créé sur fond de contestation des résultats des urnes. Une situation qui ne rassurerait guère quant à l’avenir politique du pays.
Et comme il fallait s’y attendre, à l’entame de son troisième mandat, le locataire de Sékhoutoureya, est débarqué le 5 septembre 2021. Ce putsch engage encore une fois le pays dans une transition militaire. Le CNRD, tenant du pouvoir se fixe pour objectif de refonder l’Etat, s’engage à éviter les erreurs du passé. Son crédo : la justice comme boussole. Après un peu plus de trois ans d’exercice du pouvoir, il est loisible pour les observateurs d’évaluer jusqu’à ce jour, la trajectoire suivie par la Grande muette.
Thierno Saïdou Diakité