Nous voulions un président élu. C’est fait. Où est le problème ? Il a été élu sans problème, puisqu’en face, il n’y avait même pas l’ombre d’un problème. Pas d’adversaire, pas de débat, pas de suspense. Une élection si propre que même les urnes se sont excusées d’avoir servi. Le bulletin de vote n’a pas transpiré. À fakoudou !
Le nouveau, le vrai président, dit-on, aurait plus de solutions que de problèmes. Et parmi ces solutions, l’exil des opposants reste la plus rapide : un billet simple, pas besoin de visa démocratique.
Ailleurs, quand on pense, on se gratte la tête. Ici, quand chat ne va pas, on se gratte là où la République ne regarde jamais. C’est culturel, constitutionnel même. C’est ainsi que nos footballeurs ont compris la leçon nationale. Au lieu de gratter le ballon, ils se grattent la conscience devant le but adverse. Résultat : cinquante ans sans demi-finale africaine. À fakoudou ! Autant transformer le ministère des Scores en Direction nationale, car non seulement nous ne gagnons pas les coupes, mais les coupes nous évitent par respect. En cinquante ans, aucune CAN organisée. Même une CAN de concession, avec des ballons en sachet noir, on n’a pas osé.
Pendant ce temps, on nous a encore gratté les oreilles. À Nongo, ce n’était plus un stade, mais une volière officielle. Le perroquet de la Basse-cour suprême a récité les résultats des élections, syllabe par syllabe, comme une prière funéraire. Une voix triste, une voix de fin de marché, annonçant le décès par « courte maladie démocratique » de huit candidats. Le plus fort, c’est que certains étaient assis là, bien vivants, venus assister à leur propre enterrement politique. On chen fout !
Sonfonia, elle, n’a toujours pas digéré la veille de l’élection. Des bidasses, plus ivres que la démocratie elle-même, ont tiré dans tous les sens. Nous, on a surtout eu la chance de se tirer. On a déjà perdu le travail, l’indépendance, l’argent public… pourquoi pas des balles ?
Les cibles ? Flou artistique. Le Guinéen étant une cible polyvalente, on tire d’abord et on réfléchit après. Alors entre-tuons-nous ! Le dernier survivant sera décoré travailleur modèle, pour avoir enterré tout le pays.
Mais où est le problème ? Celui qui est élu pour sept ans aura des problèmes plus gros que ceux qu’il n’a pas résolus en quatre ans. Une question quand-même : quand est-ce qu’il va déménager à la Minière, notre président ?
Les journalistes aimeraient bien le croiser autrement que sur photo encadrée. Nous autres journaleux sommes des chiens errants de la liberté, mais aussi des artistes. Nous méritons son attention, des bolides tout neufs, des maisons bien retapées. Problème : ce pouvoir ne caresse que les influenceurs et les musiciens. Eux, ils circulent au palais comme dans un centre commercial climatisé. Les journalistes, eux, sont refoulés. Ils n’ont plus la cote. Sauf des côtes cassées.
Revenons quatre ans en arrière. Combien de projets morts-nés ? Guinée Télécom, Air Guinée avec hélicoptère invisible, routes imaginaires… une vraie exposition d’art contemporain administratif. Il faut se gratter la cervelle pour continuer la liste.
Pendant que certains grattent les fonds publics pour aller se faire gratter ailleurs, le gouvernement démissionnaire se gratte les talons. Tout le monde attend le prochain gouvernement, mais l’ancien s’est déjà fait déplumer à force de se gratter lui-même.
Le nouveau président aura du travail. Il lui faudra un râteau, un vrai. Pour gratter tout chat. Mon grand-père, aventurier raté mais philosophe lucide, disait : «Reste assis sur ton derrière si tu veux manger. Si tu t’assois sur ta tête, tu avaleras des idées.»
Il n’avait pas compris qu’en Guinée, on peut changer de République comme de chemise, sans jamais se lever. Nous voilà à la cinquième. À chaque République, des solutions neuves pour des problèmes recyclés. Le peuple, lui, sert toujours de chaise. À cette vitesse, même cent Républiques en cent jours ne changeront rien.
Même si on chen fout, allons mollo-mollo, monsieur le président. Le Guinéen n’aime pas l’avance, sauf horaire. Deux heures sur la France, six heures sur le Canada: c’est notre seule réforme réussie. Où est le problème ? Certains disent : « La Guinée est maudite ». D’autres disent : « Les Guinéens sont maudits ». Moi je dis : ça dépend des saisons, wallahi !
L’autre jour, je suis allé chez Oury Kigna réclamer ma part de transition. Il était 20 heures. Les gardes dormaient déjà, comme la justice après le verdict. Ivresse ou somnifère républicain ? Mystère classé secret-défense.
Nos ministres sont bien protégés. Pour plus de détails, demander à Balla Samouraï, chef de quelque chose.
C’est bon de se gratter. Cinq minutes de grattage général valent deux heures de marche citoyenne, a dit mon doc. Attention quand même : CAF ou café, le trucage n’est pas éternel. Sénégal arrive avec les ongles propres.
Ma poule nationale, volée par l’ex-putschiste et retrouvée par le président élu, reste traumatisée. Elle ne pond plus, elle philosophe. Elle dessine un monde ni à droite ni à gauche, mais au-dessus. Chaque matin, elle attend un soleil fatigué qui hésite à se lever. Mais on chen fout !
Moi, c’est la lune que je n’aime pas. Elle vient quand il y a des nuages et disparaît quand j’ai besoin de lumière. Elle a sans doute peur d’être volée, comme ici on vole tout : argent, or, idées, bébés… et même des journalistes fatigués.
Le gouvernement Oury Kigna est donc parti. Enfin… parti façon guinéenne : sans bruit, sans bilan, sans valise, mais avec les poches pleines de promesses non tenues. Une démission collective comme on se gratte : par réflexe. Ils s’en vont tous ensemble, solidaires jusqu’au bout, comme s’ils avaient réussi quelque chose. Quatre ans à gratter le pouvoir, à lisser les discours, à enterrer les projets et à regarder le peuple transpirer. Et au moment de partir, pas un mot d’excuse, pas un regard dans le rétroviseur. Le gouvernement démissionne, le pays reste. Où est le problème ? On chen fout !
Voilà donc une occasion en or pour le président Doum-Doum de concrétiser enfin sa promesse : constituer un gouvernement en jupes courtes. Puisque, selon lui, ce septennat est dédié aux femmes, qu’on passe des discours aux talons. Qu’on nous serve un gouvernement féminin, pas pour faire joli sur la photo, mais pour travailler, décider et déranger. Parce qu’ici, les hommes ont beaucoup parlé, beaucoup gratté, et très peu produit.
Alors si c’est le tour des femmes, qu’elles prennent les ministères comme on prend un chantier : sans fard, sans trembler, et sans demander pardon. Alléluia… on regarde seulement! À fakoudou !
Sambégou Diallo
Billet – un chat m’a conté
Le gouvernement est parti comme la pluie :
sans prévenir, sans laver la poussière.
Les fauteuils sont vides,
les problèmes dorment encore dessus.
Le pays regarde passer les promesses
comme des nuages pressés.
La République se gratte en silence.
Le peuple attend.
On chen fout. À fakoudou !
SD


