Le 16 avril, la Direction générale des élections a publié les listes provisoires des candidatures aux élections législatives du 31 mai. Entre pontes du régime, alliés du pouvoir, célébrités, journalistes, partis politiques habitués des joutes électorales ou néophytes, La Lance vous décrypte ce qui passe pour un engrenage électoral.

Au total, la DGE a retenu 21 partis politiques en compétition. Parmi lesquels, des moins connus et des plus ou moins habitués des rendez-vous électoraux guinéens : NGR d’Abé Sylla ; UDG de feu Mamadou Sylla ; FAN de Makalé Camara ; RRD d’Abdoulaye Kourouma ; RGP de Bouna Keïta ; PADES d’Ousmane Kaba ; PACT de Makalé Traoré ; UFC d’Aboubacar Sylla ; BL de Faya Millimouno ; FRONDEG d’Abdoulaye Yéro Baldé. Certains de ces partis étaient en lice à la présidentielle du 28 décembre dernier. Scrutin qui a consacré la légitimation de Mamadi Doumbouya, passé de président de la transition à président de la République en dépit de ses engagements de ne pas être candidat.

Son exemple a été suivi par nombre de ses proches, membres du Conseil national de transition (CNT) en quête de maintien. C’est le cas du premier responsable du Parlement de transition, Dansa Kourouma. Mais également des conseillers nationaux Fanta Conté ; Sékou Doré ; Dr Alpha Abdoulaye Diallo ; Jean-Paul Kotembèdouno ; Massoud Barry, le Pr Hassane Bah.

Course au maintien

Comme les membres du CNT, ceux du gouvernement étaient aussi interdits de briguer les élections organisées pour le retour à l’ordre constitutionnel. Néanmoins, sur les listes provisoires de candidatures publiées par la Direction générale des élections figurent les noms d’anciens ministres en quête d’un point de chute : Louopou Lamah ; Kéamou Bogola Haba ; Charlotte Daffé ; Jean-Paul Cédy ou encore le Conseiller chargé des relations avec les institutions de la République à la Présidence, le Dr Antoine Akoï Sovogui.

Ces différentes personnalités (conseillers nationaux, ministres…) proches du pouvoir sont des candidats de liste nationale à la représentation proportionnelle. Un mode de scrutin exclusivement réservé aux partis politiques dûment constitués. Le mouvement Génération pour la modernité et le développement (GMD), qui a porté la candidature indépendante de Mamadi Doumbouya à la dernière présidentielle, devait se muer en parti au pouvoir. Le Premier ministre, Amadou Oury Bah, a été commis à cette tâche ardue.

Pour ce faire, ce dernier a intimé à tous les alliés du pouvoir (partis politiques comme mouvements de soutien) de renoncer à leurs structures pour adhérer au futur parti présidentiel. A défaut, ils seront considérés comme partis d’opposition.

Sauf que le processus de création de la formation politique GMD, déjà enclenché, n’a pas pu s’achever avant les échéances électorales. Conséquence ou ironie du sort, le pouvoir s’est appuyé sur les partis alliés pour présenter des candidats à la proportionnelle.

L’UMP de Boubacar Siddighy Diallo remorque ainsi Dansa Kourouma ; le médecin légiste Pr Hassane et l’ancien ministre de l’Éducation Jean-Paul Cédy. Ce dernier, un doublon, se retrouve également sur la liste du parti Fidel de Mohamed Lamine Kaba. Tout comme le juriste et membre du CNT Jean-Paul Kotembèdouno et l’ancienne ministre de la Pêche Charlotte Daffé. 

Des célébrités en compétition

L’autre conseiller et proche de Dansa Kourouma, Alpha Abdoulaye Diallo, est également présenté à la fois par le Fidel et l’UDD de Jean Bienaimé Haba, lequel embarque par ailleurs la conseillère du CNT, Massoud Barry et le conseiller de la Présidence, Dr Antoine Akoï Sovogui.

Quant au RGT d’Ousmane Dady Camara, il a pris sous son aile Sékou Doré (conseiller du CNT, proche de Dansa Kourouma), ainsi qu’Alhousseiny Makanéra Kaké et Oyé Béavogui dont les partis sont dissous : soit volontairement, pour le premier pressé de se jeter dans les bras de la GMD. Ou de force, pour le second : le PDG étant accusé de ne pas être conforme à la législation, à l’instar des grands partis d’opposition réduits au silence par le pouvoir.  

Le ND (Nouveau départ) de Jean Tokpa Kolié (ex-membre du parti de l’ancien ministre Papa Koly Kourouma) présente, pour sa part, la candidature de Fanta Conté (conseillère du CNT) ; celles des anciens ministres Louopou Lamah et Kéamou Bogola Haba.  

Dans la course à la députation, on trouve également des célébrités : Doura Barry (musicien), candidat sur la liste du BOC d’Ibrahima Sory Diallo, tout comme Mariama L’Islam Baldé. Il y a aussi la jeune activiste Hadja Idrissa Bah, présentée par l’UMP et la journaliste Diaraye Guirassy, envoyée par l’ARP du candidat malheureux à la dernière présidentielle, Mohamed Nabé.   

Le MND d’Ousmane Doré (ex-ministre de l’Économie) fait aussi partie des aspirants députés.

L’hégémonie GMD

La DGE a également publié dans la foulée la liste provisoire des candidatures au scrutin majoritaire uninominal et plurinominal dans les 50 circonscriptions électorales en Guinée et à l’étranger (Afrique, Europe, Amérique et Asie). Ouvert aux candidatures indépendantes, la GMD est ultra présente au niveau de ce monde de scrutin qui permettra d’élire les deux tiers des 147 députés de la future Assemblée nationale.

A Boké par exemple, Aboubacar M’bop Camara, ancien préfet sous Alpha Condé, figure en bonne place ; alors qu’à Fria, la syndicaliste Marie Yvonne Koumbassa est la tête de liste. Président de la délégation spéciale de Damaro (Kérouané), Ansoumane Camara est candidat de GMD à Matoto. En Asie, c’est le président de l’Union nationale des orpailleurs de Guinée, Tidiane Koïta, qui défendra les couleurs de la GMD. Un boulevard libre, le mouvement présidentiel étant le seul en lice dans cette circonscription. Les anciennes pontes du RPG Arc-en-ciel d’Alpha Condé se recyclent à Kissidougou : Yomba Sanoh (ancien maire de la ville) et Nestor Kagbadouno (ex-député).

Diao Baldé, le transfuge de l’UFDG de Cellou Dalein Diallo, qui vient d’être relevé de ses fonctions de chef de cabinet du ministère de l’Environnement, trouve un point de chute en étant candidat GMD chez lui à Télimélé. L’ex-trésorier national de l’UFDG, Maladho Diallo, fait de même chez lui à Pita. Ce dernier devra y croiser le fer avec les candidats de l’UPR de Bah Ousmane.

Quant à Pépé Francis Haba, autre allié du pouvoir, il est la tête de liste de candidatures à Nzérékoré.

Au niveau de ce scrutin majoritaire uninominal et plurinominal également, on trouve des journalistes candidats : Makan Soumaoro (Nzérékoré), Tomou Traoré (Lola), Abdoulaye Baldé (Abdallah Baldé Gaoual) et Oumar M’Böh (suppléant dans sa ville à Dinguiraye).

Diawo Labboyah Barry