Le 16 avril, Lamarana Petty Diallo s’est prêté, sans faux-fuyant, aux questions du Lynx. L’occasion de brosser l’actualité politique, avec l’ex-militant de l’Union des forces démocratiques de Guinée passé par le Cercle des amis de Gaoual et l’Union des démocrates pour la renaissance de Guinée avant de rallier la Génération pour la modernité et la démocratie (au pouvoir).

Après le coup d’éclat du 5 septembre 2021, Ousmane Gawa Diallo, alors coordinateur national de la cellule Com de l’UFDG (Union des forces démocratiques de Guinée), entre au goubernement et s’attire les foudres de son leader, la Petite Cellule Dalein Diallo. Ses prises de position et son ambition de ravir ce dernier la présidence du parti signent leur divorce. Pour conquérir l’UFDG, à défaut l’affaiblir, le porte-voix du goubernement s’appuie sur le Cercle des amis de Gaoual (CERAG) dont le coordinateur n’est autre que Lamarana Petty Diallo. Le CERAG se muera en Les Réformateurs-UFDG. Puis, Petty prendra ses distances d’avec Gaoual et se rapprochera du Premier ministre Amadeus Oury Bah.

Pour revenir sur ces différentes péripéties, les élections légis-tardives du 31 mai prochain, la polémique autour des teufteufs retirés aux ex-fédéraux de l’UFDG et tant d’autres questions brûlantes, nous avons eu un brin de causette avec Lamarana Petty Diallo.

Le Lynx : Quel était l’objectif du CERAG ?

Lamarana Petty Diallo : Nous avions un objectif clair, réintégrer tous les exclus de l’UFDG : M. Ousmane Gaoual Diallo en premier, ensuite tous les autres dont moi-même.

Mais cet objectif n’a pas été atteint. Comment le CERAG est-il devenu Les Réformateurs-UFDG ?

Comme nous n’avons pas réussi la réintégration des cadres exclus, nous avons dépersonnalisé – j’emploie ce terme, le CERAG, pour en faire une entité plus ouverte. Nous avons pris le nom du mouvement Les Réformateurs. Ce sont des membres du CERAG qui ont migré vers Les Réformateurs. Ce n’est pas un changement radical, mais un processus évolutif. C’est dans ce cadre que sont arrivés les fédéraux dont on parle aujourd’hui. C’était la veille de l’annonce de la transformation du CERAG en Réformateurs, qui aussi deviendra le Mouvement des réformateurs-UFDG (MR-UFDG). Cela n’a pas duré. Compte tenu de nos objectifs mais aussi de l’arrivée de nouveaux cadres, dont de hautes personnalités, nous sommes revenus à l’appellation toute simple : Les Réformateurs (LR). J’ai été successivement président de ces mouvements.

Pourquoi ces changements ?

Le premier, je le rappelle, c’était pour réintégrer tous les exclus de l’UFDG, en Guinée comme à l’étranger. Le deuxième objectif, c’était de reprendre la tête de l’UFDG pour réformer le parti. Quand nous sommes arrivés aux LR, nous avons établi un constat simple : le dialogue avec la direction nationale de l’UFDG ne marchait pas. Celle-ci ne voulait pas nous réintégrer, n’acceptait pas qu’on se retrouve autour de la même table. Donc, les LR se sont donnés pour objectif de se transformer en parti politique. Nous en avons discuté avec des hauts cadres de l’UFDG. Mais cela n’a pas abouti et a conduit à la dislocation du mouvement.

Qui sont ces hauts cadres de l’UFDG ?

Je ne suis pas là pour donner des noms, mais ceux qui ont suivi le processus savent de qui s’agit-il. Certains sont même devenus ministre aujourd’hui.

Aujourd’hui, on ne parle plus des Réformateurs. Pourquoi ?

Chacun a pris le chemin qui lui semble le plus évident. Nous, nous sommes partis avec beaucoup de fédéraux. C’est une décision assumée, le débat est clos ! Nous avons constaté la transformation du Mouvement des Réformateurs en parti politique. Nous n’étions pas d’accord. Nous sommes partis avec notre vision politique pour intégrer l’agenda de l’UDRG [parti autrefois dirigé par le Premier ministre Amadeus Oury Bah qui a fusionné avec GMD].

Votre départ ne serait-il pas lié plutôt à des tensions avec Ousmane Gaoual Diallo ?

Les gens voient partout des tensions dès qu’on prend des décisions. J’ai toujours dit : il n’y a pas eu de guerre, ni de chasse aux sorcières, de rancœur. Je suis allé jusqu’à dire que celui qui compte détruire M. Gaoual ne compte pas sur moi. Nous sommes partis de bon gré. Certes, on ne s’est pas retrouvés autour de la table pour en parler, ça c’est vrai. Mais nous sommes partis et on l’en a informé. Nous avons pris nos décisions en adultes.

N’avez-vous pas été poussé vers la sortie par les nouveaux venus ?

Attention ! C’est nous qui avons fait venir ces messieurs et dames, ils ne sont pas venus d’eux-mêmes. Il y a eu une collaboration. Je rappelle que nous n’avons pas été les premiers à partir. Avant nous, il y en a eu d’autres pour des raisons propres à eux. Une entité politique, ce n’est pas un mur fermé, encore moins une prison. C’est tant que votre philosophie politique, votre idéal marche. Sinon, on s’en va.
En ce qui me concerne, avant que je ne sois avec M. Gaoual, on ne déjeunait pas ensemble. Aujourd’hui, si on ne déjeune pas ensemble, il ne faudrait pas y voir une frustration.

Une polémique enfle sur le retrait des véhicules attribués à d’anciens fédéraux de l’UFDG. Quelle est votre version des faits ?

C’est une histoire qui ne devait pas exister. Si je dis qu’il n’y a pas eu d’erreur dans la démarche, je n’aurais pas dit la vérité. Mais si je dis que ce problème de véhicules mérite d’exister, je n’aurais pas dit la vérité non plus. Avant que les fédéraux de l’UFDG de la Haute-Guinée et de la Guinée Forestière arrivent, il y avait déjà eu des véhicules pour des fédéraux et coordinateurs du CERAG. Certains ont reçu des véhicules à Labé et à Boké. Le fédéral de Boké l’a rendu sans problème. Ceux de Labé, il y a eu des changements. On a remis le véhicule du coordinateur au fédéral, et inversement. À ma connaissance, sans problème.

Pourquoi ne parle-t-on que de la Haute-Guinée ? A l’arrivée de ces messieurs, nous migrions déjà vers Les Réformateurs. On leur a expliqué le projet en cours, ils ont librement adhéré au mouvement. Et comme il fallait qu’ils s’installent, sensibilisent en Haute-Guinée et en Guinée Forestière parce que ce sont les régions les plus concernées, on leur a remis des véhicules.

Mais le problème, c’est la démarche. On a donné des véhicules à des messieurs qui n’en avaient sûrement jamais eus. Monsieur Antoine Dobo Guilavogui a déclaré que le Président de la République lui a donné un véhicule, ajoutant, je le cite : « Qui est maudit pour refuser cela ? »

Personne n’est sorti le démentir publiquement ou donner les éclaircissements nécessaires. Ces véhicules ne sont pas offerts par le Président de la République. Ce n’est pas un don, mais une mise à disposition pour sensibiliser les militants et installer des antennes au compte des Réformateurs. M. Guilavogui est resté dans l’idée qu’on lui a donné un véhicule.

Après l’élection présidentielle, on le contacte comme bien d’autres, pour rendre le véhicule. Mais il n’est pas le seul à avoir refusé. Comme d’autres fédéraux, il a fallu qu’on intervienne pour qu’ils rendent les véhicules. Ils ne les ont pas rendus de leur gré. On est intervenu, c’est vrai qu’ils n’ont pas posé problème comme M. Guilavogui. Mais dire qu’ils n’ont pas opposé de résistance, un tant soit peu, est faux. Ils ont ramené leurs véhicules après plusieurs tentatives. M. Guilavogui lui, au contraire, a carrément dit qu’il ne le rendait pas.

On aurait dû avoir un contrat ou une décharge, pour leur remettre des véhicules. Sinon, de bonne ou de mauvaise foi, l’un d’eux peut dire que le véhicule lui appartient. Et cerise sur le gâteau pour eux, on ne leur a pas donné de carte grise. Ce n’était pas une bonne chose, un véhicule ne peut pas circuler sans carte grise. Mais tout ceci relève des erreurs. Ramener la question uniquement à M. Guilavogui, quoiqu’il se soit arc-bouté, serait du deux poids, deux mesures. L’erreur de Guilavogui a été sa première sortie, il ne fallait pas la faire. J’étais en France. A mon retour, on ne m’a pas fait de compte-rendu. Je ne connaissais pas les critères de remise de ces véhicules.

Il y a un autre fédéral, dès son départ du CERAG, qui disait que Ousmane Gaoual lui a donné un véhicule. Il l’a dit partout dans la région. Ce qui nous a créé des problèmes. Les gens conditionnaient leur arrivée au CERAG, parce qu’un fédéral a eu une voiture. Dans l’ensemble, la démarche a été légère ou faussée. Il fallait un écrit signé, daté, et préciser le but de la distribution des véhicules.

Vous-même, avez-vous rendu le vôtre ?

On m’en a repris, pour me donner d’autres. Ça n’a jamais posé de problème. C’est vrai que certains ont estimé que le président des Réformateurs mérite un véhicule à lui, son staff, son secrétariat… Je n’ai jamais eu de véhicule personnel. C’est un problème. A chaque fois qu’on a besoin du véhicule [de fonctions] pour telle ou telle raison, j’ordonne au chauffeur de le ramener. Un chauffeur que j’ai recruté et que je payais. Je pouvais attendre deux, trois jours, une semaine avant qu’on m’affecte un autre véhicule. Cela n’a jamais posé de problème, malgré ce que disent les uns et les autres. J’ai fait plus de deux mois sans véhicule. Je circulais en moto. Je n’en ai pas fait un problème. Même si d’autres ne comprenaient pas que le président de LR circule en moto.

Parlons des législatives. Comment la GMD les prépare ?

Nous préparons les législatives dans le respect des textes…Nous les préparons dans l’esprit de la loi, espérant que nos candidatures seront validées. Mais on ne peut pas s’étendre là-dessus, parce que la période de campagne n’est pas ouverte.

La DGE a publié la liste provisoire des partis retenus pour les élections du 31 mai, vous êtes censé savoir si les candidats issus de l’ex-UDRG sont retenus.

Attention, l’UDRG n’a pas présenté de candidats, il fait partie de la GMD.

Comment réagissez-vous à l’invalidation de votre candidature au compte de la circonscription électorale de l’Europe ?

Je l’ai accueilli avec sérénité, mais aussi avec surprise. Sérénité, car il faut toujours croire que le processus est transparent, démocratique. La surprise vient du fait que je suis, sans exagérer et en toute modestie, le représentant de la diaspora de tous les continents confondus, y compris l’Afrique. Je suis sur le terrain politique, médiatique, depuis l’avènement du CNRD. J’ai osé démontrer que je suis un soutien de la transition et de son Président. J’ai participé à tous les processus, référendaire et présidentiel. J’ai été formateur national des formateurs, des délégués de bureaux de vote et des superviseurs. J’ai fait la campagne référendaire dans les régions de Mamou et de Labé avec des personnalités bien connues. 

Autrement dit, je ne suis pas anonyme. Ma conviction et mon engagement sont visibles. Cette surprise personnelle est peut-être moindre par rapport à celle des autres. Depuis la publication des listes, j’ai reçu énormément de messages de soutien, d’étonnement. Des gens se demandent comment a-t-on pu me mettre à la marge. Je n’accuse personne, mais je crois que si on tient compte de l’engagement politique, l’expérience et, permettez-moi de le dire, du niveau intellectuel, je serais difficilement battable. 

Certes cela me touche, mais ne diminue en rien mon engagement politique. Il y a toujours l’espoir quelque part dans la haute sphère, comme on le dit, que quelqu’un s’avise pour dire : quand-même, ce monsieur a du mérite. Je ne baisse pas les bras. J’aurais baissé la tête, si j’étais engagé à moitié. Non ! Je redresse ma tête et je dis que si je n’ai pas été retenu, ce n’est pas de ma faute.

Interview réalisée

Par Yacine Diallo