À Marrakech, les 5 et 6 mai 2026, huit nations africaines se sont réunies autour d’un objectif commun : repositionner l’Afrique au cœur de la chaîne de valeur mondiale du café. Coorganisé par Banque islamique de développement, l’Organisation de la coopération islamique et African Coffee Hub, le Forum régional sur le développement de la chaîne de valeur du café en Afrique a abouti au lancement d’un Programme régional destiné à transformer en profondeur la filière café sur le continent.

De nos jour, l’Afrique produit près de 15 % du café mondial mais capte moins de 10 % de la valeur finale du marché. Conçue et présidée par Sanae Benabdelkhalek, la plateforme African Coffee Hub ambitionne de faciliter la tache aux pays africains producteurs de café et permettre de capter une plus grande part de la valeur créée autour de cette ressource stratégique.

Huit nations africaines étaient représentées au forum de Marrakech : la Sierra Leone, la Guinée, Madagascar, l’Ouganda, le Togo, le Cameroun, la Côte d’Ivoire et le Maroc. À cette mobilisation s’ajoute le Nigeria, à travers l’engagement de la société AGARA qui est parmis les plus importante de ce programme de café.

Selon les données présentées lors du forum, près de 80 % du café africain est encore exporté sous forme de grains verts non standardisés, laissant à d’autres régions du monde les activités les plus rentables comme la transformation, le blending, le packaging ou encore la distribution. Sur une tasse de café vendue quatre dollars en Europe ou en Amérique du Nord, le producteur africain ne percevrait qu’environ quatre centimes.

Face à cette situation alarmant, African Coffee Hub entend mettre en place une infrastructure continentale capable d’assurer l’agrégation des productions africaines, la standardisation de la qualité, la traçabilité numérique ainsi que l’organisation logistique et commerciale à partir de Tanger Med, choisi comme base opérationnelle du programme.

Stratégie et récupération

Le forum de Marrakech a également été marqué par la signature d’une première vague de Memorandums of Understanding entre ACH Invest, bras financier de la plateforme et plusieurs pays africains. Des accords-cadres ont été conclus avec les ministres de l’Agriculture de Sierra Leone, de Guinée et de Madagascar. En Ouganda, un partenariat a été signé avec Banta African Coffee Ltd. Ces accords couvrent plusieurs volets opérationnels : la gestion post-récolte, le contrôle qualité, la traçabilité, la logistique, le branding, la création de valeur ajoutée et l’accès aux marchés internationaux.

La délégation sierra-léonaise, conduite par le ministre de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Henry Musa Kpaka, a annoncé un financement structurant de 65 millions de dollars destiné au développement de l’agribusiness national dans le cadre du programme Feed Salone. Le pays a mis en avant le café Stenophylla, variété rare réputée pour sa résistance à la chaleur.

À son tour, le Nigeria occupe une place importante dans cette nouvelle dynamique. La société AGARA a engagé deux mille hectares au profit d’African Coffee Hub dans une logique d’agrégation productive de longue durée. Un communiqué ministériel publié durant le forum a officialisé la mise à disposition de mille mètres carrés pour la construction du futur centre africain de recherche sur le café. Ce centre sera placé sous la supervision d’African Coffee Hub.

Bien que le Maroc ne soit pas un pays producteur de café, le Royaume entend jouer un rôle stratégique dans cette architecture régionale grâce à sa puissance logistique et à la position de Tanger Med. La plateforme prévoit un déploiement en deux phases : une première consacrée à l’organisation agricole, à l’agrégation des producteurs et à l’optimisation des rendements, puis une seconde dédiée à la certification, la standardisation et à la mise en place d’un système de traçabilité NFC.

Un modèle

Le programme bénéficie du soutien de plusieurs institutions du Groupe de la Banque islamique de développement, mobilisées sur les questions de financement commercial, d’assurance-crédit export, d’investissement privé, de microfinance et de renforcement des capacités des coopératives, des femmes et des jeunes ruraux.

Pour les initiateurs du projet, l’objectif dépasse largement la seule filière café. African Coffee Hub pourrait servir de modèle pour d’autres chaînes de valeur africaines comme le cacao, l’anacarde ou encore la mangue, avec l’ambition de renforcer l’intégration économique africaine et de rééquilibrer la distribution de la valeur sur le continent.

À travers ce programme régional, les promoteurs du projet affirment vouloir repositionner l’Afrique non plus comme simple exportatrice de matières premières, mais comme actrice centrale de la création de valeur mondiale.

La rédaction