Le 6 juin à l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry, Alpha Amadou Bano, sociologue et ancien ministre de l’Enseignement préuniversitaire, a présenté et dédicacé son ouvrage, Parcours scolaires, conditions d’étude, de vie et de travail des étudiants guinéens. Il retrace une étude approfondie menée de 1998 à 2024 sur des milliers d’étudiants guinéens.

L’étude a été réalisée en vingt-six ans auprès de 16 239 étudiants, explorant l’évolution de leur parcours scolaire, les défis liés à leurs conditions d’études, leur apprentissage, ainsi que leurs réalités sociales, personnelles et privées. Elle met en lumière l’impact des inégalités territoriales, sociales et économiques sur le système économique, examine aussi les choix des filières, entre autres. L’ouvrage de 185 pages, composé de cinq parties, a été édité par L’Harmattan Guinée. La première partie retrace l’historique du système universitaire guinéen, la deuxième traite les changements pédagogiques opérés dans l’enseignement supérieur. La troisième partie porte sur la méthodologie de collecte des données, la quatrième est axée sur le parcours scolaire, enfin la cinquième partie évoque les conditions de vie et de travail des étudiants guinéens.

Pr Alpha Amadou Bano Bah le 6 juin à l’UGANC

Selon Alpha Amadou Bano Barry, l’étude vise à aider les autorités à prendre des décisions éclairées, intelligentes, non fondées sur  »ce que je pense ou ce qu’on dit’’, mais sur des faits. « Si on veut changer l’éducation guinéenne, vous avez dans cet ouvrage les éléments essentiels qui vont vous permettre en réalité d’avoir un système de qualité, performant », déclare l’auteur, en présence d’anciens ministres et ministres en fonction, ainsi que des universitaires, étudiants et collaborateurs. Selon M. Barry, le système éducatif guinéen est marqué par une privatisation croissante au niveau secondaire, une réduction du secteur privé au supérieur. Et de dénoncer des choix de filières « fortement » structurés par les origines scolaires, familiales et très stéréotypés. Il relève aussi des pratiques d’apprentissage « peu efficaces face à un cadre pédagogique fragile ». L’auteur, en revanche, des progrès matériels contrastés selon les institutions d’enseignement supérieur. L’ancien ministre déclare que l’enseignement supérieur est passé de 41 à 21 universités et instituts, y compris celles et ceux du privé. Selon le Professeur en Sociologie, la tendance est de 7 à 10 universités dans tout le pays.

Redoublements massifs

Si de 1998 à 2003, 15% des étudiants venaient du privé, de 2013 à 2024, l’essentiel des étudiants sont nés et ont été scolarisés dans des écoles privées à Conakry. « Vous avez 19 préfectures de la Guinée qui, pendant 26 ans, n’ont pas eu plus de 8% d’étudiants dans le système universitaire. Ce système est caractérisé par des redoublements massifs dans les classes d’examen et très peu dans les classes intermédiaires. On redouble moins à l’entrée en 7ᵉ année qu’au brevet, et moins au Brevet qu’au baccalauréat. Pratiquement, il n’y a que 2% d’étudiants qui redoublent dans les classes intermédiaires », observe le sociologue. Selon lui, les répondants (étudiants) portent un « regard sévère » sur la qualité des infrastructures universitaires, « même si elles se sont améliorées quasiment depuis 1998. »

Une vue de la salle

Ces répondants considèrent que les écoles et les universités privées possèdent de meilleures infrastructures que les universités publiques. Selon l’étude, la majorité des étudiants guinéens est masculine de 1998 à 2024, avec une hausse des étudiantes de 18% à 39% dans la même période.

Conditions, sexe, préservatif

Pr Bano remarque que les étudiants guinéens, excepté ceux de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry et ceux de l’intérieur du pays, ne sont pas assidus sur le campus. Quand ils viennent en classe, argue-t-il, c’est pour les évaluations. « Ils préfèrent se préparer à une évaluation qu’à suivre un cours. Il y a des étudiants qui portent un regard relativement sévère sur la qualité des enseignements et sur celle de la documentation à l’intérieur des bibliothèques », remarque-t-il. Du point de vue vie affective, l’étude démontre que les étudiants ont entre une et quatre, voire cinq copines, alors que les étudiantes en grosso modo zéro, un, à la rigueur deux copains. « Chaque année, le nombre d’étudiants utilisant le préservatif dans des relations sexuelles baisse. Les garçons, pour l’essentiel, n’utilisent le préservatif que lorsque leurs partenaires le demandent ; alors que les filles ne l’utilisent qu’à deux conditions : lorsque le copain est irrégulier ou quand il est très âgé, différent de son propre âge », a détaillé l’universitaire.

Pour sa part, Mohamed Ansa Diawara, porte-parole du ministère de l’Éducation nationale et de l’alphabétisation, a salué un travail remarquable. « Je ne suis pas surpris, c’est sa passion. Ce livre nous informe et nous recommande », affirme-t-il.

Yaya Doumbouya