Yala-le-Gros Lynx, il est difficile de parler de toi au passé. Dis donc, tu es parti comme ça ? Pourtant, nous avons toujours besoin de toi. Dans tous les cas, nous nous efforcerons de suivre tes pas.
En effet, lorsque tu m’as demandé de rejoindre ton groupe Le Lynx – La Lance en 1998, j’étais convaincu que ce serait une école différente de celle du groupe L’Indépendant – Le Démocrate.
D’abord, la satire n’était pas faite pour n’importe qui. On disait même qu’au niveau du lectorat, elle était réservée aux grands intellos. C’était un genre journalistique où il fallait dénoncer les tares de la société et les travers de ceux qui dirigeaient notre pays, mais avec humour. Après le régime de Ahmed Sékou Touré, c’étaient les militaires (bidasses) avec à leur tête Lansana Conté, que nous appelions affectueusement « Fory Coco », qui étaient aux commandes. Les critiquer exigeait du talent : il fallait savoir dire les choses sans blesser, quoi, au risque de se retrouver au gnouf. Malgré tout, tu t’es retrouvé à l’Hôtel 5 Etoiles de Coronthie à deux reprises.
Pourtant, leur patron ne disait-il pas qu’il n’avait pas peur des critiques ? Revenons à mon arrivée au Lynx. Tu m’avais rassuré que je pourrais rapidement m’y intégrer, car tu lisais attentivement mes papiers à L’Indépendant. Entre-temps, tu venais de mettre au monde, avec la bénédiction de Sékou Amadou, un autre nourrisson baptisé La Lance, qui perçait le cœur des événements. C’est d’ailleurs ce directeur de publication de ce journal qui m’a envoyé pour la première fois en reportage, en me précisant : « C’est ton baptême de feu. »
Seulement, ce que je n’ai jamais compris, c’est que deux ou trois mois plus tard, il nous a dit : « Bye-bye ! », pour l’autre côté. Heureusement, ton Prosper Doré était là pour assurer la relève. II l’a fait avec brio. Hélas, lui aussi se trouve aujourd’hui là où tu t’en vas.
Ce que je retiens du groupe Le Lynx-La Lance, c’est cette ambiance exceptionnelle, alliée à la rigueur et au sérieux. C’était une véritable école de journalisme, toujours en quête d’amélioration, toujours en train de se réinventer, car le lectorat était extrêmement exigeant, parfois même plus que toi, notre formateur.
N’est-ce pas ce qui a fait qu’en 2001, tu m’avais permis de bénéficier d’une formation en journalisme d’investigation à l’Institut Supérieur des Sciences de l’Information et de la Communication (ISSIC) de Dakar ? J’y ai côtoyé des journalistes venus de Côte d’Ivoire, du Burkina Faso, du Bénin, du Togo, du Mali, du Sénégal et de nombreux autres pays francophones. Justement, tu venais ainsi de relever le défi de celle de Bruxelles où j’ai été recalé parce que je n’avais pas de passeport pour avoir le visa. C’est qu’en ce moment précis, la machine qui confectionnait ce précieux document de voyage était en panne au pays de Fory Coco. Tellement préoccupé par la situation, tu as failli même me remettre le tien. Ha ! Ha ! Finalement, j’ai demandé que Savané aille à ma place, pour ne pas perdre cette belle occasion de formation en économie.
Pour donc parler de Dakar, c’est à mon retour de là que j’ai commencé à maîtriser davantage l’ordinateur et Internet, au point d’étonner Assan Abraham Keïta, KAA ! Sous l’œil vigilant de notre grand monteur Amadou, avec ses Binta, Mme Soumah. Je ne voudrais pas ici parler de Soumah lui-même, ni de Slim, ni encore d’Oscar qui, à contre-courant, est finalement devenu l’ami de Fory Coco. Ce qui m’a surtout réconforté davantage au Lynx, c’est que j’y ai retrouvé Jean-Raymond Soumah, Tibou Kamara et, un peu plus tard, Sékouba Savané.
Tous étaient d’anciens compagnons de L’Indépendant. Parmi nos figures marquantes figuraient Kerfalla Sanou Cissé, Abou Bakr, Azoka Bah « le Bazoka », Barry Ibrahima Sory (BIS), le Rossignol des sports, ce banquier devenu, par la force des choses, journaliste, ainsi que tant d’autres passionnés et courageux qui aimaient ce métier et étaient heureux de nous voir « lynxer » à leurs côtés. Puis un certain Ben Pépito est arrivé de nulle part avec ses grandes interviews. À nos côtés se trouvait également Bah Lamine, le Gros du Lynx, notre grand reporter – à ne pas confondre avec le Gros Lynx que tu étais. Malheureusement, lui aussi est parti, tout comme Thierno Diallo, devenu, peu avant, patron de l’OGDH. Sans oublier Mme Diallo Bintou, Kollet Bangoura et Grossy. C’est d’ailleurs à ma sortie du gnouf, en 2024, que j’ai appris leur départ pour l’autre rive de l’Océan Atlantique, là où, dit-on, vivent les caïmans. Pardon… Tu les retrouveras plutôt au Paradis, wallahi !
Avant de terminer, permets-moi de rappeler un fait marquant entre toi et moi, un souvenir gravé à jamais dans ma mémoire. C’était en 2002, en présence du confrère Diouldé Diallo de la RTG, dans ton bureau, je suis venu déposer ma lettre de démission avec ma carte de presse. J’ai compris que tu n’étais pas du tout à l’aise. Puis, j’ai pris mes clics et mes clacs et je suis sorti. Deux jours plus tard, c’est le téléphone de Pépito qui sonne. Avec un ton grave, voilà ce qu’il me dit : « Mon cher ami, à la suite du dernier conseil de rédaction, Le Gros m’a instruit d’user de tout mon poids pour te faire revenir à la maison. »
Et dire que cette discussion entre lui et moi a duré un mois avant que je ne fasse ce retour ! C’était une première au sein du groupe LE LYNX-LA LANCE. Seulement voilà. Six mois plus tard, je me présente à nouveau dans ton bureau, non pas avec une lettre, mais pour t’annoncer de vive voix que je voudrais repartir. Je te prie, cette fois-ci, d’accepter cette autre démission. Ta question fut alors toute simple : « Que veux-tu faire une fois parti d’ici ? » Ma réponse n’a pas tardé : « Je voudrais créer un journal. » C’est là que je t’ai vu tout heureux. J’étais moi-même content de cette séparation.
Comme pour me signifier que tu te souciais de moi, chaque fois que nous nous rencontrions dans la rue, tu me demandais toujours comment LE BAOBAB se portait. Même un jour, coincé par des difficultés, je suis venu te voir pour solliciter une assistance. Tu ne manquas pas de me dire d’aller voir Fodé, afin qu’il puisse faire quelque chose pour moi. Et j’ai été satisfait. Je t’en remercie encore. Pour terminer mes « maux », je voudrais te charger d’une grande mission auprès de Sankaréla Diallo, mon ancien patron au journal LES EVENEMENTS DE GUINNEE, l’homme que LE LYNX avait baptisé « Sank Teint Clair ».
À ma connaissance, c’est lui le premier président de l’AGEPI, cette association de presse que tu as également dirigée, puis Yacine Diallo et Tibou Kamara. Dis-lui que notre chère institution traverse depuis quelque temps une zone de turbulences. Expliquez cela à Dieu et je sais qu’avec la diplomatie que je te connais, vous pourriez le convaincre de pardonner nos péchés et de voler à notre secours. Tu pourrais aussi associer à cette démarche, Siaka Kouyaté de LE CITOYEN et Jean Soumahoro de L’UNION, qui ont guidé mes premiers pas dans ce métier. Pour ma part, je me bats avec mes amis pour que nous nous entendions sur l’essentiel, afin de rendre notre association plus forte et mieux préparée à pérenniser vos œuvres. Dors en paix, mon champion, Souleymane Diallo, Le Gros Lynx. Amen !
Bamba Bakary Gamalo « Allô ! »

