Un jour, en plein cours, à l’Institut d’Urbanisme de Paris, j’ai entendu dire un doctorant italien : « En Italie, les populations ont une longueur d’avance sur l’État, en matière de développement des villes ». On pourrait faire le même constat dans maints bleds dont le nôtre où la construction de bâtiments, notamment à vocation de logements sociaux, relève généralement de l’initiative privée. Cette observation n’est certainement pas étrangère à la croissance exponentielle et désordonnées ainsi que le sous-équipement des agglomérations africaines.

C’est dans cette perspective que se sont développées les villes guinéennes, en particulier la capitale Conakry qui a connu une croissance remarquable à partir des années 80, après la disparition de l’ère révolutionnaire. On note que cette période coïncide avec celle du retour massif de la diaspora guinéenne exilée pendant la révolution. On assiste alors, dans un contexte de développement urbain mal maîtrisé à un véritable boom immobilier.

En effet, les carences qui caractérisaient déjà l’urbanisation s’amplifient. Depuis l’indépendance, les autorités avaient accordé peu d’attention à la croissance urbaine. Si parfois, en termes de vision et de planification urbaines des projets pertinents avaient été conçus et élaborés, ils n’ont jamais enregistré un début de mise en œuvre. On s’en souvient, une maquette du futur Conakry élaborée par des urbanistes et architectes yougoslaves avait orné l’office du tourisme, à Kaloum. Cette prestigieuse maquette d’un Conakry futuriste fît rêver les Guinéens. Conakry est à la traîne par rapport à la plupart des autres capitales de territoire. Cette tendance s’alourdit après l’indépendance. La politique urbaine semble avoir été le cadet des préoccupations des autorités du nouvel État. La planification urbaine est renvoyée aux calendes grecques. La raréfaction des ressources financières oblige l’État à opérer des arbitrages défavorables aux secteurs tels que celui du logement social. De vastes programmes d’aménagement urbain ont été entrepris avec succès à Abidjan, Dakar, Ouagadougou et ailleurs.

Les vastes programmes de construction sont précédés de la mise en place de dispositifs législatifs et réglementaires qui rendent disponible le sol et encadrent sa consommation dans l’espace urbain. Dans les conception, élaboration et mise en œuvre, ces dispositifs n’ont pas la même rigueur. Par exemple, en Côte d’Ivoire des enquêtes commodo et incommodo permettent de purger de tous droits de tiers, le sol à vocation urbaine. En Guinée, l’absence d’une telle procédure entraîne de graves conflits récurrents liés aux transactions domaniales. Les propriétaires fonciers coutumiers auxquels l’État donne latitude de faire aménager par des géomètres leurs propriétés foncières, sont en général peu respectueux des directives officielles. Pire, ils vendent à plusieurs acquéreurs la même parcelle, provoquant ainsi des conflits potentiels. Tous ceux qui ont acquis ou tenté d’acquérir un lopin de terre dans le Grand-Conakry en savent quelque chose.

Il faut noter que les aménagements dont il est question sont très sommaires, il s’agit tout juste de lotir des domaines à vocation agricole atteints par le développement de la ville. Il n’intègre pas les équipements et les services urbains habituels : voiries, adduction d’eau, assainissement (égouts, évacuation des ordures ménagères), réseaux électriques et téléphonique, marchés. Ce qui oblige les propriétaires immobilières à construire des forages pour s’approvisionner en eau potable et des fosses septiques pour assurer l’évacuation des eaux usées. Selon des géologues, ces perforations fragilisent le sol urbain et favorisent d’éventuels séismes. À cet égard, on note déjà des signes précurseurs dans certains quartiers de Conakry (Lambanyi, Nongo-Kiroty) à travers des bâtiments qui se fissurent et des voies qui se fendent.

En Guinée, la construction de marchés à Conakry et à l’intérieur n’a pas été perçue comme une demande sociale. L’absence de vision dans le développement des agglomérations constitue aujourd’hui des contraintes gestion de la ville. Que de fois les Gouverneurs de la ville de Conakry ont dû recourir à des mesures draconiennes pour libérer les voies urbaines longeant les marchés. Les multiples déguerpissements n’ont pas désengorgé la capitale. Ils ne constituent pas la solution. Mais qu’adjudant. La solution viable est un programme de constructions de marchés décents et moderne par l’État ou par la stratégie P.P.P, à travers tout le pays. Véritables travaux d’Hercule mais tout à fait dans les cordes de l’État, grâce au Programme Simandou 2040.

Abraham Kayoko Doré