La disparition du Pr Maurice Togba Zobgélémou a plongé sa famille, ses amis, ses proches, ses collègues, l’ensemble du monde universitaire et ses étudiants dans une profonde tristesse et un désarroi incommensurable. Concomitamment, il était professeur agrégé de droit à l’université Lansana Conté de Sonfonia et Avocat au barreau de Conakry. L’opiniâtreté, la détermination, l’empathie, la méritocratie et l’estime de soi sont les valeurs cardinales qui l’ont régulièrement inspiré et galvanisé, la vie durant.

Après avoir été affecté d’ordre dans un établissement de formation d’instituteurs, Maurice Togba Zogbélémou enseigne quelques années, dans les écoles primaires guinéennes, avant de s’évader en Côte d’Ivoire où réside sa famille. Là, sa soif de savoir inextinguible et son mental de conquérant l’incitent à s’inscrire en capacité à la Faculté de droit et des sciences économiques de l’Université d’Abidjan, dans la perspective d’embrasser de brillantes carrières juridiques. A-t-il les moyens de son ambition ? Les faits lui donneront raison. Comme dit l’adage : « Rien ne sert de courir, il faut partir à point ». M. Zobgélémou aura à cœur d’aller, par monts et par vaux, décrocher les étoiles, atteindre ses cibles. Il obtient successivement les certificats de capacité, la Licence et la Maîtrise en droit de l’Université d’Abidjan. Puis, il se rend à Paris où il prépare et soutien brillamment le Doctorat d’État en droit (fiscalité en Côte d’Ivoire), à l’Université de Paris XII. Invité à cette soutenance, je puis témoigner de la forte impression de la prestation de l’impétrant sur les jurés. À preuve, le jury proposa au Conseil d’université l’édition et la diffusion de la Thèse qui venait d’être soutenue, tant sa qualité était convaincante.

Revenu en Côte d’Ivoire, Maurice Togba Zobgélémou, tout en enseignant à l’Université d’Abidjan, prépare avec l’optimisme, la détermination et l’entêtement qui le caractérisent, de l’agrégation en droit, versus CAMES. « A cœur vaillant, rien d’impossible », conseillait déjà au XVè siècle, le célèbre marchand Jacques Cœur. Il vainc bien d’obstacles considérés rédhibitoires par beaucoup de ses condisciples. Il est admis au concours d’agrégation en droit du CAMES. Et voilà bien bouclé un cursus scolaire et universitaire dont l’issue ne faisait aucun doute. Le professeur Zogbélémou continue d’enseigner, d’éduquer et d’infuser le savoir, dans la masse, autour de lui.

 Sa compétence, son ouverture d’esprit et ses entregents lui ouvrent bientôt les portes du monde politique. Lorsque Sidya Touré est nommé Premier ministre en Guinée en 1996, il le désigne ministre de la Justice et Garde des Sceaux. A la tête de ce département, Maurice Togba Zogbélémou entreprend et réussit de nombreuses réformes. Il prend goût à la politique de sorte qu’après son départ du gouvernement, il n’hésite pas à adhérer à l’UFR, formation politique dont Sidya Touré vient de prendre la tête.

Aussi, le professeur Zobgélémou se fera élire plus tard, député du RPG arc-en-ciel.

Le monde universitaire ivoirien et guinéen ainsi que la Guinée entière retiendront de Maurice Togba Zobgélémou l’image d’un intellectuel humble mais ambitieux, d’un cadre généreux compétent, efficace et rigoureux. La devise dont il s’accommoderait serait, sans doute, cette maxime : « Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer ». Je crois.

Abraham Kayoko Doré