Au Sénégal, la crise politique née de la rupture entre le président et son ancien Premier ministre pourrait-elle basculer en crise institutionnelle ? C’est la crainte d’un large collectif de syndicats, d’intellectuels et d’acteurs de la société civile qui s’inquiète de voir le bras-de-fer entre la présidence du pays et l’Assemblée nationale s’envenimer depuis l’élection d’Ousmane Sonko au perchoir. Ce collectif demande au Conseil constitutionnel de se prononcer sur sa légalité.
La stabilité institutionnelle du Sénégal est en jeu, affirment les signataires de cet appel des Forces vives de la nation. Au cœur de leurs inquiétudes : la régularité de la réintégration d’Ousmane Sonko à l’Assemblée nationale, qui a rendu possible son élection à la présidence de l’institution. Un recours a déjà été déposé par des députés de l’opposition le 1er juin.
Djibril Gningue, membre du centre de réflexions Gradec, spécialisé sur les questions de bonne gouvernance, l’un des signataires, souligne : « Nous pensons que, pour ne pas tomber dans cette situation de rapport de force, il faudrait que le Conseil constitutionnel dise le droit. Tout le monde va se plier à cette décision-là. Ce sera de nature à ramener la paix, la stabilité et la sérénité sur le champ politique. Et peut-être que ça va apaiser les relations entre la majorité parlementaire et le président de la République. »
Le collectif demande au Conseil constitutionnel de ne pas se déclarer incompétent sur cette question, et de statuer avant toute accélération de l’agenda parlementaire.
Un demande de dialogue avec le président
Il appelle également le président Diomaye Faye à relancer le dialogue avec la société civile et les partis politiques, et demande aux militants de toutes obédiences d’éviter les postures de confrontation, pour ne pas, selon ses termes, replonger le pays dans une période de crise aux « conséquences dramatiques », comme celles que le Sénégal a déjà traversées ces dernières années.
L’ex-Premier ministre Ousmane Sonko, limogé le 22 mai, avait été élu avec 132 voix (1 abstention et 0 contre) sur les 133 exprimées, président de l’Assemblée nationale, ce 26 mai 2026 à Dakar, en l’absence d’une trentaine de membres de l’opposition qui contestent la légalité de sa réintégration en tant que député. Il a succédé à Malick Ndiaye qui avait lui-même démissionné le 24 mai.
Faye et Sonko, vainqueurs de la présidentielle de mars 2024 sous le slogan « Sonko mooy Diomaye » (« Sonko c’est Diomaye », en wolof), se sont séparés après plusieurs mois de tensions dues à des divergences sur notamment la gestion de la dette du pays et de la justice.
Par RFI

