Pour rompre avec le mystère qui avait entouré sa dernière villégiature, le président guinéen a cette fois-ci communiqué sur son départ en vacances. Malgré tout, les spéculations vont bon train…au point de pousser le chef d’état-major général des armées à rassurer l’opinion sur la loyauté de la grande muette ?

Vêtu d’un pull bleu ciel, il lève la main en signe d’au revoir à ses collaborateurs qui l’ont accompagné à l’aéroport. En ce lundi pluvieux de 3 août, Mamadi Doumbouya quitte Conakry pour « des congés annuels en Grèce », accompagné de sa famille. Là prennent fin les détails de la Présidence sur ce nouveau voyage à l’étranger. Mais c’est déjà une grande avancée, comparativement au précédent.

Après avoir pris ses fonctions de président de la République au terme de cinq ans de transition, le 17 janvier dernier, il avait simplement disparu sans crier gare. En profitant du sommet de l’Union africaine, mi-février à Addis-Abeba, Doumbouya avait préféré poursuivre son chemin plutôt que de rentrer en Guinée. Devant l’ampleur des spéculations, son entourage finira par briser le silence et justifier son absence prolongée par le besoin de prendre quelques jours de repos, « afin d’éviter un burn-out », sans préciser dans quel pays.

Le président de la République veut-il de nouveau prévenir un « burn-août », comme l’aurait titré le palmipède français Le Canard enchaîné ? La santé de Mamadi Doumbouya fait débats depuis la campagne pour l’élection présidentielle de décembre. Réputé pour son physique imposant, impressionnant aux yeux de ses compatriotes depuis que ces derniers l’ont découvert lors d’un défilé des Forces spéciales un 2 octobre 2018, il apparaît amaigri.

Questions sans réponse

Conséquences : tout comme lors de son premier voyage de février-mars, cet autre safari passe pour un séjour médical qui ne dit pas son nom, aux yeux des détracteurs du chef de l’État. Et ce en dépit de la communication présidentielle sur l’objet et le lieu. Quant à la durée du séjour, l’expression « quelques jours » la rend vague. La dernière fois, il avait duré trois semaines.

Après le départ du président, le général Ibrahima Sory Bangoura, chef d’état-major général des armées, est apparu au JT de 20h30 de la RTG pour rassurer « le peuple de Guinée de sa fidélité constante et de sa loyauté indéfectible envers le Président de la République, les institutions de la République et le peuple de Guinée. » Comme si quelqu’un en doutait.    

Dans la foulée, l’opposition réunie au sein de la plateforme des Forces vives de Guinée a rompu le silence qu’elle s’était imposé depuis un certain moment. Dans son communiqué, elle flétrit les violations des droits humains et dit ne pas reconnaître ces mêmes institutions issues des élections organisées pour le retour à l’ordre constitutionnel. Là également, tout comme avec l’état-major général des armées, c’est du déjà entendu.

D’où à se demander pourquoi ces différentes sorties ? En quoi étaient-elles opportunes ? Des interrogations qui en appellent d’autres : Mamadi Doumbouya laisse derrière lui un pays privé de réseaux sociaux depuis le 28 juillet. Sans aucune explication.

Si c’était pour empêcher des spéculations sur les « congés annuels » du président de la République posés seulement après cinq mois d’un autre repos de trois semaines, mieux vaudrait lever les restrictions.   

DLB